Si pop-corn et cinéma sont indissociables dans la tête de certains spectateurs, ces derniers ne trouveront pas leur snack favori dans toutes les salles obscures lyonnaises. L’Écornifleur a mené l’enquête.

Bien installés dans leur fauteuil rouge, mains qui s’agitent dans la boîte en carton, beaucoup ne se voient pas profiter d’un bon film sans pop-corn. Pourtant, dans la ville de Lyon, huit cinémas sur quatorze ne proposent pas ce snack à leurs clients : les quatre cinémas Lumière, le Comoedia, CinéDuchère, le cinéma Saint-Denis, et le cinéma Bellecombe.
« C’est extrêmement dérangeant »
« Nous sommes un tout petit cinéma de quartier associatif, donc nous n’avons pas les moyens de proposer du pop-corn », explique-t-on au CinéDuchère, basé dans le 9e arrondissement. C’est loin d’être la seule raison invoquée par les temples du 7e art qui ne laissent pas les spectateurs manger dans les salles. « Nous ne proposons pas de pop-corn car c’est extrêmement dérangeant d’entendre quelqu’un qui mâche pendant un film, développe le personnel du Comoedia, aucune nourriture n’est donc autorisée en salle, ça les salit et les dégrade ». Même son de cloche du côté des cinémas Lumière : « le pop-corn est très odorant, cela fait des miettes et du bruit… Nous proposons seulement à la vente des boissons incolores : elles ne tâchent pas les sièges ».
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Dans son livre Popped culture : a social history of pop-corn in America, le chercheur américain en sciences de la nourriture, Andrew Smith, explique que les cinémas d’art et d’essai cherchent avant tout à préserver l’intégrité artistique des films présentés. Ne pas proposer de snack comme du pop-corn leur permet aussi de s’adapter à leur clientèle pour qui voir un film relève plus de l’expérience sensible que du divertissement. Être distrait par un voisin gourmand peut alors être très gênant.

Au-delà des dimensions pratiques, les cinémas d’art et d’essai se distinguent des multiplexes en évitant d’associer cinéma et consommation de masse, symbolisée par le pop-corn, détaille encore le chercheur. Ils peuvent alors revendiquer une programmation singulière et de qualité, sur laquelle ils concentrent tous leurs moyens. « Ne pas proposer de pop-corn nous permet de proposer des places moins chères que les grands groupes », assure le vendeur du cinéma Lumière Terreaux, montrant de la main les tarifs : 9,30€ au maximum.
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Du maïs, mais de quelle origine ?
En plus d’être bruyant, odorant et salissant, le pop-corn a tout faux en termes de durabilité pour les cinémas d’art et d’essai. « Il faut le faire chauffer toute la journée, et il est souvent importé, donc ce n’est pas très écologique », avance une employée du Comoedia.
Qu’en est-il des cinémas lyonnais qui proposent ce mets croustillant ? Les quatre établissements de l’enseigne UGC et les deux du groupe Pathé sont les seuls sur le coup. Si les différents goûts, tailles de contenants et gobelets collectors sont facilement identifiables pour le consommateur, l’origichauffne des produits l’est beaucoup moins.
« Il faut le faire chauffer toute la journée, et il est souvent importé, donc ce n’est pas très écologique »
Une employée du Comoedia
Chez UGC, rien à signaler. On fait même face à un bon élève. Leur fournisseur, Benoît Production, ne travaille que du maïs venant du Gers, et utilise de l’huile de tournesol, moins dégradée à la chaleur. Cerise sur le gâteau, l’usine de production se situe à Saint-Pierre-de-Chandieu, à une vingtaine de kilomètres de Lyon.
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Pour les cinémas Pathé, l’origine du pop-corn est plus mystérieuse. Rien sur le site internet. Rien dans les cinémas. Pas de réponse du directeur du Pathé Bellecour. Pas de réponse du siège national de Pathé. Au détour d’une conversation, il semble se dessiner un lieu de production : Rotterdam, aux Pays-Bas. Une usine de pop-corn y existe bel et bien, celle de Jimmy Product BV. On découvre sur leur site internet qu’ils fournissent en effet les cinémas français Pathé, que l’huile utilisée est soit de palme ou de colza… Mais pas plus d’éclairage sur l’origine des produits.
Ce qui est certain, c’est le coût plus élevé de la séance. Chez UGC, les tarifs du pop-corn vont de 3,80€ pour un gobelet de 75 cL à 6,50€ les 350 cL. Prix auquel il faut ajouter celui d’une place, en général plus important qu’ailleurs : 14,90€ chez UGC et 16,40€ dans les cinémas Pathé lyonnais pour un plein tarif. Soutenir les cinémas indépendants, c’est aussi soulager son porte-monnaie… mais il faudra se passer de pop-corn.
Agathe Mourey
