Le Dernier souffle, le nouveau long-métrage du Franco-grec Costa-Gavras sort en salle au mois de janvier 2025. Le film a été présenté en avant-première au Festival Lumière : L’Écornifleur était présent dans la salle. Critique.

« C’est un film que j’ai réalisé pour moi », confie Costa-Gavras à l’issue de la projection devant une salle émue.
Réalisateur engagé et prolifique depuis les années 1960, il a été récompensé, le soir de la cérémonie d’ouverture, du Prix Lumière spécial. La distinction créée pour l’occasion par l’Institut Lumière honore l’ensemble de sa carrière. Dès le lendemain, le Pathé Bellecour vibre avec lui pour découvrir son nouveau film, s’attelant au sujet difficile de la fin de vie, à la croisée de l’intime et du politique.
Le long-métrage est adapté de l’ouvrage éponyme du philosophe Régis Debray et d’Olivier Grange, chef de service d’une unité de soins palliatifs. Compte-rendu d’expérience de ce médecin qui a côtoyé la mort pendant près de vingt-cinq ans, le récit est narré et nourri par les réflexions de Régis Debray.
Le docteur et le philosophe
À 91 ans, Costa-Gavras met en scène Fabrice Toussaint (Denis Podalydès), philosophe soixantenaire angoissé à l’idée de sa propre mort, et le Dr Augustin Masset (Kad Merad), chef du service des soins palliatifs. Après ses examens médicaux de contrôle dont les résultats semblent bons, le philosophe rencontre un peu par hasard le médecin.
Au fur et à mesure du film, se noue un dialogue profond entre les deux hommes sur la vie et sa fin inévitable. S’enchaînent ainsi à l’écran les anecdotes contées par la voix rassurante du Dr. Masset, dont le métier est de rendre la fin de vie plus douce.
« la fin de vie, c’est encore la vie »
Gavras fait le pari de réaliser un film sur la mort qui se veut léger, qui aide à appréhender la fin de la vie et surtout qui rappelle, dans les mots du personnage interprété par Kad Merad, « que la fin de vie, c’est encore la vie ».
Le Dernier Souffle doit beaucoup aux performances remarquables de ses acteurs, quelle que soit l’importance de leur rôle. Si Denis Podalydès est plutôt attendu dans la peau du philosophe torturé, qu’il exécute à merveille, Kad Merad étonne par sa justesse dans un rôle dans lequel on a moins l’habitude de le voir. Force tranquille et apaisante, le Dr. Masset guide les mourants, et les spectateurs, au travers du film avec une aisance déconcertante.
Du bouleversement au pathos
Du côté des personnages secondaires, même avec de courtes apparitions, Charlotte Rampling et Ángela Molina rayonnent dans leurs rôles respectifs. Regardant la mort en face, l’une convainc par sa détermination, et l’autre pétille. La qualité de ces performances nourrit beaucoup le reste du film et permet d’apprécier l’enchaînement des différentes saynètes les unes après les autres.
Le scénario fait apparaître une succession d’histoires, mais l’issue reste la même pour tous. Puisqu’en soin palliatif, on apprend vite que le décès final est le dénouement nécessaire de chaque récit. Si le dispositif a l’intérêt de faire progresser l’intrigue par l’évolution du regard et de l’aisance du philosophe face à la mort, il devient répétitif au bout de deux heures de film.

Le schéma est quasi identique à chaque reprise : découverte de la situation personnelle du mourant – interrogation du patient sur ce qui l’attend après sa mort – refus de s’y laisser aller sans les conditions choisies – acceptation et deuil de ses proches.
Bien que, pour sûr, il s’agisse du quotidien des soignants en unité palliative, à l’échelle du scénario, cela prend plutôt la forme de couches de pathos successivement ajoutées les unes sur les autres, qui assomment le spectateur d’émotion jusqu’à saturation.
Un récit en demi-teinte
Face à un tel sujet, difficile donc d’éviter le tragique, même dans un film qui souhaite rendre le sujet plus léger. Ce pari est-il réussi ? Pas tout à fait. Certaines scènes sont vraiment empreintes de poésie, aidées par une réalisation tout en mouvement qui suit le ballet des visites dans la chambre d’hôpital. Mais d’autres tirent plus vers le cliché (bien que les auteurs du livre affirment que tout est vrai) et font trop souvent voir le stratagème de dédramatisation pour qu’il soit convaincant.
Avec ce nouveau long-métrage, Costa-Gavras signe un récit touchant, où les angoissés de la fin inévitable sauront apprécier les perspectives de réflexion qui rendent la fatalité plus douce. Les plus sceptiques (et les plus cyniques ?) y verront le fruit des doutes personnels du réalisateur, manquant d’un peu de réalisme, surtout pour lui qui en a fait le cœur de son art depuis plus de 60 ans.
Le Dernier souffle, disponible en salle le 29 janvier 2025
Rosa-Lou Boccard-Seltzer
