Peinture, menuiserie, aide à domicile, bénévolat : Touatia Mechta n’a peur de rien. En 2022, elle a apporté son aide au Festival Lumière en devenant bénévole dans le cadre de la Semaine de l’insertion. Pour L’Écornifleur, elle revient sur son expérience.

« Tu me demandes de faire la star ! », sourit Touatia.

« Salut ma fille ! Comment vas-tu ? » Chaleureuse, Touatia Mechta s’installe à la terrasse d’un café du 7e arrondissement lyonnais. À 63 ans, elle ne s’arrête jamais : elle est aide à domicile en semaine, bénévole et « enquêteuse » pour le site Street Reporters le reste du temps. 

En 2022, elle est opérée de la main et se retrouve en arrêt maladie. Lorsque son médecin lui propose de faire appel à un auxiliaire de vie pendant quelques temps, elle rétorque : « Hein ? Mais pour quoi faire ? Mon café ? Pas question, je peux le faire seule ! » Elle s’accorde enfin du temps et va rendre visite à l’un de ses frères à Montpellier. Elle raconte : « On est dix frères et soeurs, je suis la cinquième. Nos parents sont venus d’Algérie en 1963. J’avais seulement dix mois ». 

En rentrant de son voyage, pour ne pas rester « sans rien faire »,  elle rejoint l’équipe des bénévoles pour la 14e édition du Festival Lumière. 

Avec la Préfecture du Rhône, la Région Auvergne-Rhône Alpes et de nombreuses associations, le Festival Lumière participe à la Semaine de l’intégration. Une semaine ayant pour objectif « l’insertion professionnelle d’étudiants, de réfugiés, de jeunes déscolarisés et de personnes en situation de précarité ». 

« 115 de Lyon, patientez » 

Elle est accompagnée par l’association Alynea – Samu Social 69, venant en aide aux personnes en situation de précarité et d’isolement. C’est par l’intermédiaire de celle-ci qu’elle a emménagé dans un de leurs studios à Villeurbanne en 2021. « Nous sommes logés dans une ancienne maison de retraite », explique-t-elle. Avant d’avoir cet appartement individuel, elle partageait un logement avec trois autres femmes. 

Un soir, lors d’une réunion des locataires, « l’association nous a proposé de faire du bénévolat pour le Festival Lumière », se souvient-elle. Quatre personnes ont proposé leur aide, mais elle a été la seule à aller au bout des démarches. « D’autres associations étaient engagées, la Croix-Rouge et Forum Réfugiés », complète-t-elle, avant d’ajouter : « Il y avait principalement des papis, des mamies et des étudiants étrangers dans les bénévoles que j’ai rencontrés ».  

Avant d’être aidée par l’association, « il y a une période où j’étais dans la galère. J’appelais le 115 pour dormir ». À chaque appel, c’étaient de longues minutes à devoir supporter en boucle le répondeur, « 115 de Lyon, patientez ». « Jusqu’au jour où j’ai entendu : “Vous ne me répondez pas ?” Je n’avais même pas compris qu’ils avaient décroché ! », s’exclame-t-elle. Les nuits passées étaient éprouvantes : « C’est compliqué de dormir là-bas avec le bruit incessant des ronflements. Un soir, un homme a même fait pipi au milieu de la pièce ! »

« Nous ne nous connaissions pas, mais nous avons beaucoup ri ! »

Les bénévoles reçoivent un emploi du temps : minimum deux heures, maximum cinq à six heures par jour sur le site. Touatia avait plusieurs missions tout au long de la semaine : « J’ai commencé par distribuer des piles de journaux avec des caddies. Je suis allée en donner à la Métropole par exemple ». 

Elle a également participé à l’accueil des festivaliers au Pathé Bellecour, sur le village du festival et à la galerie photos. « Un soir, je faisais entrer des spectateurs qui allaient voir Dracula, il y avait même la ministre de la Culture. Je n’ai pas pu y aller car le film finissait trop tard, et les bus ne passaient plus », précise-t-elle. Accompagnée de deux autres bénévoles, Touatia était également présente au restaurant pour annoncer les menus, prévenir des allergènes, couper le pain et nettoyer les tables. 

Les bénévoles peuvent profiter de chèques services pour manger le midi, de places pour aller voir des films et d’entrées gratuites pour le musée. « Avant, je ne savais même pas que les frères Lumière avaient travaillé à Lyon ! », rit-elle. Si cette semaine de bénévolat ne restera qu’une expérience éphémère, Touatia en garde un bon souvenir. « On a bien rigolé, alors même qu’on ne se connaissait pas. J’ai beaucoup aimé, c’était une fierté », conclut-elle avant d’ajouter le sourire aux lèvres : « Oh j’ai même rencontré José Garcia ! Il m’a demandé si je voulais du rosé, je lui ai répondu que je préférais un selfie ». 

« Je n’ai jamais eu le temps de retourner au Festival Lumière »

Touatia est aide à domicile depuis cinq ans. Elle se lève à cinq heures, monte dans les transports à six heures et rentre à Villeurbanne à 21 heures. « J’aime ce que je fais, mais certaines personnes nous prennent vraiment pour des domestiques ! », s’indigne-t-elle. Elle continue : « Avant l’aide à domicile, j’ai fait de la peinture et de la menuiserie aussi ». Avec l’association Alynea, elle a travaillé dans différents secteurs. « J’étais la seule femme sur la rénovation d’un bâtiment à Saint-Genis-Laval. Un jour, un homme m’a dit “rentre faire la vaisselle”. Mon responsable l’a repris et lui a dit que je faisais le travail aussi bien que les hommes ! », sourit-elle, fièrement. 

David, un de ses amis, confirme : « Elle a une détermination sans faille ! » Les deux se sont rencontrés chez Street Reporters, une initiative de la Fondation pour le logement permettant aux personnes ayant connu la rue de prendre la parole. Ensemble, ils réalisent des podcasts. Ils vont à la rencontre de structures d’aides, donnent la parole à leurs bénéficiaires ou mettent en valeur des initiatives comme celle de Martin, médecin, qui propose gratuitement des soins. 

« C’est Michael Mann cette année ? » Avec un emploi du temps qui occupe la quasi-totalité de ses heures, Touatia ne s’est pas penchée sur la programmation de la 17e édition. « Il faut du temps pour y aller, avec le travail, je n’en ai pas. Je n’y suis jamais retournée depuis », regrette-elle. « Je dois aller travailler mais je pourrais encore raconter beaucoup d’anecdotes de toutes ces expériences ! », sourit-elle avant de quitter la terrasse pour prendre le bus. 

  • Clémence Boissier

    En 2014, Clémence écrivait dans son journal intime qu’elle voulait être journaliste reporter d’images. Aujourd’hui, appareil photo en bandoulière et carnet en main, elle capture l’actualité avec un regard engagé. Qu’il s’agisse de couvrir une manifestation ou de faire les photos de la promo, elle sera toujours prête à illustrer le site de l’Écornifleur.