REPORTAGE. Ce jeudi 15 octobre, le Festival Lumière s’est invité dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées et dépendantes (Ehpad) à Vaulx-en-Velin. Au programme, la projection du film Nous les gosses, sorti pendant la Seconde Guerre mondiale en 1941 et réalisé par Louis Daquin. L’Écornifleur s’est glissé dans la salle.

Les résident.es regardent attentivement le film, dans une salle plongée dans le noir. Photo : Yseult Roturier

« C’est où le cinéma ? » s’impatiente une résidente assise à côté de son amie dans le couloir. « C’est à 14 h 40 et il faut aller à l’accueil de l’établissement », lui répond un homme. Il n’est que 13 h 30, les deux amies devront prendre leur mal en patience. 

L’entrée de l’EHPAD Paul-Henri-Chapuy situé à Vaulx-en-Velin a été transformée en véritable salle de cinéma : une soixantaine de sièges sont disposés en rangées, parfois interrompues par des fauteuils roulants et des déambulateurs, seuls indices que nous ne sommes pas au cinéma Pathé mais bien dans une maison de retraite. 

Faire venir le cinéma aux résidents

Tout est fait pour que les résident.es vivent une expérience comme au cinéma. Les fenêtres qui d’habitude font du hall d’entrée un espace lumineux sont calfeutrées par des rideaux et de grandes bâches noires. L’écran est presque aussi grand que dans une salle de cinéma. Les animateurs ont donné aux résidents de faux tickets avant la séance pour les mettre dans l’ambiance à défaut de pouvoir les emmener au cinéma. « Ça leur fait travailler un peu la mémoire, de ne pas oublier le ticket », plaisante Anis Toumi, animateur de l’Ehpad.

« Tout ce qui est de l’extérieur, tout ce qu’on peut, on essaye de le recréer comme s’il venait à se déplacer, sauf que du coup, on fait l’inverse, on se déplace pour venir à eux », explique Mylène Pons, la directrice adjointe de l’établissement. 

Nadine Gay, la seconde animatrice de l’Ehpad, est aussi très enthousiaste par rapport au projet : « C’est bien d’avoir quand même de l’extérieur qui puisse venir dans les Ehpad pour donner la chance à tout le monde. Il y a des résidents qui ne peuvent pas se déplacer et qui vont pouvoir en bénéficier. »

De gauche à droite: Nadine Gay, Mylène Pons et Anis Toumi qui montrent fièrement les tickets qu’ils ont imprimés spécialement pour cette projection. Photo : Yseult Roturier

Un film qui ravive des souvenirs d’enfance

« Je pense qu’il y aura des souvenirs d’école qui vont revenir. Il y en a qui ont connu cette époque », anticipe Nadine Gay avant le début du film.

« C’est nous les gosses !  », s’exclame une résidente enjouée quand le titre du film, Nous les gosses, apparaît à l’écran. Pendant 1 h 30, une soixantaine de résident.es âgés, entre 60 et 90 ans pour la plupart, vont suivre les aventures d’un groupe d’écoliers. Ceux-ci ont décidé d’aider tous ensemble leur camarade Nicolas à rassembler la somme d’argent nécessaire pour les réparations de la grande verrière que celui-ci a cassée. Mais les enfants se retrouvent vite à mener l’enquête pour démasquer le voleur de leur cagnotte durement gagnée. 

Les spectateur.ices retombent dans l’enfance, comme peuvent l’attester les nombreux rires qui parcourent la salle quand un des camarades de Nicolas qui se cachait pendant une bagarre, sort craintivement la tête d’une poubelle. Même si quelques-uns désapprouvent : « Oh ben dis-donc ! » s’indigne une résidente à la vue de deux garçons se donnant des coups. Les résident.es sont immergé.es dans l’histoire. 

« Ça m’a rappelé mon jeune temps », affirme Jean Charvet, 98 ans. Celui-ci a dû quitter Lyon  à 12 ans pour se réfugier dans la campagne quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté. Le film lui a rappelé des souvenirs d’enfance amers. Il raconte que les enfants de son village n’ont pas été accueillants à son arrivée. « On m’appelait “le lyonnais” », se rappelle-t-il avant de rapidement ajouter que ça s’est mieux passé par la suite. « C’était une autre vie », conclut-il. 

Ce qui a marqué Vincent Lazare, 78 ans, dans le film : « C’est la solidarité des enfants ». Il rejoint l’opinion d’une des résidentes qui, lors de l’échange après la projection du film, a estimé que « la solidarité d’avant était plus profonde que la solidarité d’aujourd’hui. » Robert Morin, 88 ans, quant à lui, a beaucoup aimé que le film soit en noir et blanc : « le noir et blanc, ça fait mieux ressortir la vérité. »

Christiane, 77 ans, aimerait bien qu’un film sur la jeunesse actuelle soit réalisé et projeté pour qu’ils puissent, après s’être remémoré ensemble la leur, découvrir celle d’aujourd’hui.

  • Yseult Roturier

    Le documentaire de National Geographic sur l’effondrement de la population d’orangs-outans causé par l’exploitation palmière, découvert à seulement 13 ans, elle ne risque pas de l’oublier. Elle découvre alors les conséquences dévastatrices du réchauffement climatique, qui deviendront son cheval de bataille dans le journalisme. 

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