Dans le 8e arrondissement lyonnais, la librairie du Premier-Film accueille depuis 2018 les amatrices et amateurs de cinéma en face de l’Institut Lumière. L’Ecornifleur est allé à la rencontre de ce lieu et de ses visiteurs.

En 2018, lors de son ouverture, Cécile Bourgeat, administratrice de l’Institut Lumière, voulait en faire « une librairie de référence en France ». Six ans plus tard, le pari semble réussi. La librairie du Premier-Film est aujourd’hui la « plus grande librairie dédiée au cinéma de France » selon l’Institut Lumière.

Située rue du Premier-Film, en face du Hangar et du musée du même nom, elle se cache au fond de la cour du café Lumière. À l’intérieur, ça sent bon le livre neuf. La dizaine de personnes qui s’y trouvent, parlent bas entre des étagères bien remplies. Ambiance feutrée et tamisée, mélange du 5e et 7e art.

Guillaume, 28 ans, y vient « tous les ans depuis trois ou quatre ans ». Lorsque L’Écornifleur le rencontre entre les DVD de western et les vinyles de musique de films, il dit ne pas venir pour acheter quelque chose. « J’aime bien l’ambiance », détaille-t-il.
Si les puristes trouveront à la librairie du Premier-film un essai sur les rapports entre l’asile psychiatrique et le cinéma (vu en rayon), les amateurs verront un lieu qui se visite. Tel un (petit) musée, le lieu se découvre, lentement.
Des vinyles de musique de films à la philosophie de Yoda
Des très classiques DVD – Blu-ray, ou non, parfois d’occasion – on passe aux trente-trois tours d’Ennio Morricone, aux livres sur l’histoire du cinéma, ou aux BD. Une pièce isolée est presque entièrement consacrée à la littérature du cinéma jeunesse, où la saga Harry Potter se décline en des dizaines d’ouvrages. En face d’albums de Michel Ocelot, des livres proposent d’apprendre à Agir et penser comme James Bond, Maître Yoda ou Arsène Lupin. Affiches, cartes postales, ou revues de cinéma viennent parfaire cette librairie bien remplie. Le nouveau livre du directeur de l’Institut Lumière, Thierry Frémaux, Rue du Premier-Film, paru en septembre dernier, y est présenté à grands renforts de pub.

Bref, pour qui veut trouver n’importe quoi en rapport avec le cinéma, c’est l’endroit. Émeline, une lyonnaise de 27 ans, ne s’y « connait pas trop » dans le milieu. Mais pour l’anniversaire de son copain cinéphile, la librairie apporte quelques idées bien appréciées.
« Le cinéma, c’est la vie »
Matis et Térence, étudiants en première année d’école de cinéma à Villeurbanne, prennent leur pied. Censés se rendre à la projection de Chacal de Fred Zinnemann à la villa Lumière, les deux amis pour qui « le cinéma, c’est la vie » ont préféré faire un saut entre les livres. Depuis une trentaine de minutes, ils déambulent dans les rayons, et chaque nouvelle étagère est prétexte à une petite pause. « C’est vachement cool », répète Matis, qui avoue être « tombé dans la littérature » grâce aux romans adaptés au cinéma.

Philippe, 52 ans, restaurateur, distributeur, producteur, et prestataire dans le monde du cinéma, a édité quelques DVD et BD présents dans les rayons. Chaque année, en se rendant au Marché International du Film Classique, il prend plaisir à revenir dans une librairie « fort bien achalandée » au « choix éditorial intéressant » pour découvrir des choses qu’il n’aurait « pas découvertes ailleurs ».

À l’occasion du Festival Lumière, la librairie est ouverte tous les jours, sur des horaires étendus (10h-20h, contre 11h-19h habituellement) pour accueillir l’afflux d’amatrices et amateurs de cinéma. Jonathan, bénévole du festival et chargé du comptage des visiteurs, estimait une fréquentation maximale de 200 personnes aux alentours de 12h le dimanche 13 octobre.
Petits et « gros consommateurs »
Hugues, 59 ans, vient au Festival Lumière depuis « qu’il peut se le permettre » – comprendre depuis la retraite, il y a cinq ans – pour « l’amour du cinéma ». Chaque année, il fait un bond à la librairie entre les « trois à quatre films » visionnés par jour. Lui qui est « tombé en cinéphilie » grâce à Bertrand Tavernier, cinéaste et écrivain lyonnais, ex-président de l’Institut Lumière de 1982 (année de sa création) à sa mort en 2021, se ravit d’être de retour à Lyon. Plutôt que d’acheter des livres, il est ici pour les DVD, dont il est un « gros consommateur ». Dans ses mains, Ed Wood de Tim Burton, et 12 Hommes en colère de Sidney Lumet. Des disques qui trouveront leur place dans le cinéma qu’il a aménagé chez lui, à Compiègne dans l’Oise.
À la librairie, il est donc un peu comme chez lui. Il se plaît à y rencontrer « des gens passionnés », dans un festival « formidable », dont il rappelle le slogan : « un festival pour tous ». « Ce que j’apprécie beaucoup, c’est qu’on aborde tous les genres. Ce n’est pas élitiste, c’est ça qui est super », se réjouit-il.
Paul Poirot
