REPORTAGE. Le dimanche 11 octobre, le salon du DVD réunissait collectionneuses, collectionneurs et public occasionnel autour d’une passion commune pour les supports vidéo. Malgré un marché en difficulté, ces supports sont au centre d’enjeux cruciaux face à la généralisation des services de vidéo à la demande.

Il est 10 h 30 lorsque, dans le cloître du Grand Hôtel-Dieu, la file d’attente est finalement autorisée à grimper les quelques marches qui la séparent de la 8e édition du salon du DVD du Festival Lumière. La foule amassée devant les stands manipule avec précaution les coffrets DVD, les Blu-ray et les autres supports proposés par les maisons d’édition. « C’est l’occasion de faire des bonnes affaires », confie Hervé, 56 ans, un sac rempli d’une dizaine de supports à la main. « Une bonne partie de mon salaire y passe tous les mois », explique quant à lui Rémi, tout sourire devant la sortie, son édition collector de La Leçon de piano bien au chaud dans son sac.
Les collectionneuses et collectionneurs ne sont pas les seuls à fréquenter le salon. Clément, éditeur indépendant, observe que si les lieux sont davantage occupés par un public cinéphile averti durant la matinée, c’est un public plus diversifié qui arpente ensuite les stands. D’après lui, il y a autant de jeunes qui achètent des DVD pour voir des films qui ne sont pas accessibles autrement que de personnes plus âgées en quête de supports 4K et d’éditions spéciales.

Un marché en recul, mais qui se maintient
Mais cette foule d’amateur.ices de supports vidéo ne reflète pas toute la réalité du secteur. « On va pas dire qu’on est sur un marché vidéo physique florissant », ironise Tiphaine Pirlot, chargée de mission vidéo au sein du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Elle précise que ses propos n’engage pas la position du CNC. D’après le baromètre du CNC-GfK, en 2025, sur les 3 milliards d’euros de revenus dégagés par le marché de la vidéo, 2,5 milliards provenaient des services de vidéo à la demande (VOD) par abonnement. « On n’aime pas comparer la VOD par abonnement à la vidéo physique ou à la VOD à l’acte. C’est un rapport très différent à l’œuvre », nuance-t-elle. Elle explique : « La VOD par abonnement est plutôt de l’ordre d’un service qu’on va chercher, alors qu’en vidéo physique, l’acheteur s’intéresse vraiment à l’usage ». Et de ce point de vue, les revenus réalisés à l’achat par les supports physiques génèrent le double des revenus dégagés par les achats de VOD.
Le marché des supports vidéo sait se démarquer de celui des VOD. Là où sur les plateformes un contenu peut disparaître, acheter un support c’est s’assurer de sa pérennité. « Les bonus, la qualité de l’image, le côté posséder l’objet quand on aime quelque chose » sont autant d’autres raisons d’acheter des supports physiques selon Hervé.
Pour Chloé, étudiante en master de lettres, le DVD est aussi un moyen de regarder des films absents des plateformes de VOD sans se ruiner. En braderie, elle achète ses DVD d’occasion entre deux et cinq euros, là où il faut compter en moyenne cinq euros pour l’achat ou la location d’une vidéo dématérialisée. « C’est bien quand t’as pas trop de thunes », confie-t-elle. Les 25-34 ans constituent la première tranche d’âge parmi les personnes les acheteurs de supports vidéo, devant les 15-24 ans.
« Une exception française »
Ce maintien des supports vidéo physiques est une dynamique particulière à la France, troisième marché mondial de supports physiques. « En France, on est très militant, il y a une exception française, je dirais », déclare Corisande Bonnin, directrice adjointe d’Ateliers Diffusion Audiovisuelle (ADAV). Cette centrale d’achat s’adresse au secteur institutionnel. Elle fournit principalement les médiathèques et les établissements scolaires. Ainsi, elle participe grandement à la survie de certains genres. Les supports de films documentaires, notamment, réalisent 70 % de leur chiffre d’affaires dans le secteur institutionnel.
Cette exception culturelle, les supports la doivent aussi au CNC. L’organisme indépendant est financé par le cinéma, via des taxes, et soutient près de 40 % du marché audiovisuel français grâce à ses aides sélectives. Il accompagne aussi 65 maisons d’édition de supports vidéo chaque année. « Notre soutien, qui n’a pas d’égal, permet d’avoir ce marché aussi vivant, dynamique et divers », résume Tiphaine Pirlot.
Il n’en reste pas moins menacé : « C’est une période touchy, le CNC a été attaqué de toutes parts », déplore-t-elle. En mai 2026, le député du Rassemblement national, Thomas Ménagé, annonçait qu’en cas d’arrivée de son parti au pouvoir, « le CNC ne sera pas conservé. »
Il est 17 h 30 au salon du DVD. Kévin, qui a créé sa propre maison d’édition, réalise ses dernières ventes. Malgré les contractions du marché, ce passionné continue de faire redécouvrir des films oubliés à travers ses éditions. Il est catégorique : « J’ai démarré il y a cinq ans, je ne me vois pas faire autre chose. » À l’image de Kévin, nombreux sont les interrogé.es convaincu.es de l’avenir du support physique. Une conviction que résume Tiphaine Pirlot : « On pense que le support restera toujours, car le cinéma continuera d’être essentiel et l’attachement fera qu’on aura envie de garder les films ».
