Ancien, en noir et blanc, “culte”… Difficile de définir ce qu’est un “film classique”, une notion mise à l’honneur par le label “Lumière Classics” pendant le Festival Lumière. L’Écornifleur est allé au salon du DVD, à la rencontre des professionnel·les du cinéma pour tenter d’y voir plus clair.

Chaque année, le Festival Lumière appose le label “Lumiere Classics” à une sélection de plusieurs dizaines de films. Cette année, c’est Vivement Dimanche ! de François Truffaut qui l’a obtenu. Montage : Alex Talandier, Crédit image : MK2 Films.

Charlie Chaplin, Claire Denis, Wim Wenders, ou encore Takeshi Kitano. Les noms de cinéastes fusent de la bouche des dizaines de cinéphiles réuni·es dimanche 15 octobre au salon du DVD pour participer à un grand quiz. Parcourant les allées et les stands d’éditeurs, toustes espèrent y trouver la même chose : un film « classique» .

Mais que se cache-t-il derrière cette appellation ? La question se pose alors que le Festival Lumière récompense, cette année encore, les nouvelles restaurations en leur attribuant le label « Lumière Classics ». 

« C’est la mémoire du cinéma »

Dire que cette notion est floue tient de l’euphémisme, à l’image des hésitations des exploitant·es que l’on a interrogé à ce sujet sous la tente du marché du film. « Ça veut tout et rien dire. On considère un film de “patrimoine” à partir de 10 ans, mais cette définition n’a pas vraiment de prise », explique Clément Delpech, chef de produit d’ESC distribution.

Sur le stand voisin, Sidonis partage une vision assez proche de la notion de film classique. « Par définition, il y a tout un catalogue historique de films de patrimoine considéré par la profession comme composé de films qui ont plus de 20 ans. C’est la mémoire du cinéma », développe Jean-Michel Guillot, chef de produit chez l’éditeur phare de westerns et de films fantastiques.

« Il n’y a pas de vieux films. Ça n’existe pas les vieux films. C’est un mot absurde. Est-ce que, quand vous prenez un livre de Stendhal, vous vous dites “je suis en train de lire un vieux livre ? »

– Bertrand Tavernier

Côté public, d’autres facteurs entrent en ligne de compte. Pour un·e français·e sur deux, le film classique doit être un film considéré comme « culte » (Sondage CNC, 2021). Les critères de nationalité française, puis d’âge, arrivent ensuite : 10 ans, 20 ans ou 40 ans… tout dépend souvent de la génération de la personne interrogée. « Un film de patrimoine c’est à partir d’une date », définit Claire Barachet, responsable des éditions vidéo chez Arte éditions. « Pendant longtemps c’était jusqu’aux années 70, maintenant c’est 80-90, dans dix ans ce sera 2000. »

La notion de “vieux film” est un argument qui revient aussi mais qui fait face à des hostilités, à l’instar de Bertrand Tavernier, réalisateur, qui s’est insurgé contre l’expression lors du Festival Lumière en 2011. « Il n’y a pas de vieux films. Ça n’existe pas les vieux films. C’est un mot absurde. Est-ce que, quand vous prenez un livre de Stendhal, vous vous dites “je suis en train de lire un vieux livre ? »

Cinéma, DVD, TV : « rendre Justice » au film classique

L’attachement aux films de patrimoine en France est particulier. Quand les films sortent de nouveau au cinéma, le public reste au rendez-vous. L’an dernier, plus de 1,3 millions de spectateur·ices ont (re)vu un film de patrimoine au cinéma, selon le CNC.

Des chiffres qui poussent les distributeur·ices à proposer de nouvelles versions restaurées. « On propose [le film] au cinéma d’abord, car on est très attaché à la salle. En parallèle, on travaille à la télévision et en DVD pour lui donner une nouvelle modernité. On essaye de lui rendre justice », expose Guillaume de Castro, responsable des éditions chez l’éditeur spécialisé dans le cinéma asiatique The Jokers Films ; lequel possède également des chefs-d’œuvre américains (Lettre d’une inconnue de Max Ophüls) et australiens.

Au salon du DVD qui s’est tenu le dimanche 15 octobre 2023 sous la tente du Marché International du Film Classique, les cinéphiles étaient nombreux au rendez-vous du quiz. Photo : Alex Talandier

Certains films vont même avoir une seconde vie. C’est le cas de In the Mood For Love, réalisé par le Coréen Wong Kar-wai et édité par The Joker, qui est ressorti en 2021.  Le film a dès lors enregistré une présence cumulée record dans les salles, avec 111 semaines consécutives à l’affiche et 60 000 spectateur·ices au total.

D’après le CNC, 1 858 films de patrimoine sont ressortis en salles en 2021 ; année au cours de laquelle les films d’animation, mais aussi les films muets de Buster Keaton et Charlie Chaplin ont dominé le box-office classique. Mon Voisin Totoro, réalisé par Hayao Miyazaki, se trouvait en tête des classement, avec les 78 723 personnes qu’il a attiré en salles.

Des objets de collection

En plus de la salle, les éditeurs mettent le paquet pour toucher cinéphiles et curieux·ses avec des éditions physiques DVD des films classiques qu’ils ont restauré. Alors que le secteur du DVD est en crise, il est aujourd’hui plus intéressant de rééditer un vieux film qu’une sortie récente. Mais les techniques ont changé : l’objet doit maintenant devenir un objet de collection, un événement. « Il faut faire la meilleure édition du monde. Il faut y aller ! », souligne Clément Delpech. Visuel inédit, livrets, goodies… les éditeurs embellissent le film classique.

Être sorti il y a plus de 20 ans, et faire partie de la mémoire cinématographique : voilà les critères les plus récurrents pour définir le film classique. Mais plus que de définir cette notion, il est nécessaire de préserver et de faire découvrir les films à la télévision, par DVD, sur les plateformes, ou dans le lieu qui rend tout le prestige aux films : la salle de cinéma.

Alex Talandier

Retrouvez l’ensemble de la sélection de films restaurés recevant cette année le label “Lumière Classics” sur le site du Festival Lumière.

Rédigé par

Alex Talandier

Journaliste économie, data et investigation en formation au CFJ Paris et à Sciences Po Lyon.