Historiquement très genré, le milieu de la médecine avance petit à petit vers la parité, mais toutes les spécialités ne sont pas logées à la même enseigne. L’écornifleur a étudié des bases de données pour mettre en lumière la part de femmes dans chacune de ces professions médicales. 

Notre analyse concerne les genres féminins et masculins, selon les données du système national des données de santé.

Sur 33 spécialisations médicales, 20 voient l’écart entre pratiquants hommes et pratiquantes femmes se réduire.

Pour la première fois depuis 2010, les rhumatologues, une profession médicale historiquement à majorité masculine, comptent autant de femmes que d’hommes dans leurs rangs. 

Ce phénomène de parité tend à se démocratiser dans de nombreuses professions de santé. Sur 33 spécialisations médicales, 20 voient l’écart entre pratiquants hommes et pratiquantes femmes se réduire. Le cas des pneumologues est parlant lorsqu’il s’agit de se rapprocher de l’équité. En 2010, trois quarts des spécialistes des poumons étaient des hommes. En 2024 les hommes ne représentaient plus que 59% de la profession. L’écart diminue significativement.

Il en va de même pour les radiologues, les neurologues et même les chirurgiens-dentistes. Toutes ces professions restent dominées par des hommes mais les femmes ont de plus en plus de place. 

Près de deux tiers des médecins spécialistes sont des hommes

En 2024, 86% des chirurgiens sont des hommes. En 2010, ils étaient 95%. L’écart diminue mais reste important. 

Amandine, étudiante en quatrième année de médecine à Rennes, prépare les concours de spécialités, les ECN. Son objectif : devenir chirurgienne. Et ces inégalités de genre jouent un rôle dans son parcours. “En tant que femme c’est une fierté d’être chirurgienne parce qu’il y en a pas beaucoup. Donc ce serait une fierté d’y arriver,” confie Amandine. Pour elle, les préjugés de genre expliquent en partie pourquoi si peu de femmes sont chirurgiennes. “C’est vraiment des rythmes qui sont très élevés. Et c’est plus accepté dans la société un homme qui travaille dur et qui est beaucoup moins présent dans la maison qu’une femme” expose-t-elle. Le rôle, encore ancré, des femmes qui s’occupent du foyer et des enfants influencent donc ce choix. 

Mais ces stéréotypes évoluent, comme Amandine le pointe du doigt. “Les nouveaux médecins sont vraiment beaucoup plus ouverts. Il y a cette tendance à ouvrir les choses et à arrêter de sacraliser et de vouloir vraiment faire quelque chose à la dure.” Selon elle, les nouvelles générations de médecins rendent la profession plus accessible. 

Sur l’ensemble des spécialités médicales, la majorité est dominée par des professionnels de genre masculin. Plus de 50% des médecins sont des hommes et près de deux tiers des médecins spécialistes (hors généralistes) sont également des hommes. 

Plusieurs professions comme les orthophonistes, sage-femmes, infirmiers, orthoptistes et chirurgiens comportent des écarts de genres très importants.  

Certaines spécialités sont toutefois égalitaires ou presque. Masseurs-kinésithérapeutes et rhumatologues représentent cette parité hommes-femmes.  

Les professions historiquement très genrées le restent 

Cette tendance à la parité ne se constate pas dans toutes les branches de la médecine. Certaines d’entre elles, historiquement féminines, le restent. Les infirmières, sage-femmes et orthophonistes sont toujours à plus de 80% des femmes. 

Nicky Le Feuvre, professeure de sociologie du travail à l’Université de Lausanne, a travaillé sur la question de la féminisation des professions médicales. Elle confirme : “les professions qui, historiquement, ont été très féminisées, le restent. ” L’experte affirme néanmoins qu’une “féminisation majeure” s’opère dans le monde médical depuis une vingtaine d’années, mais qu’à “l’intérieur de la profession médicale, la féminisation est inégale selon les spécialités”. Les femmes s’orientent moins dans des métiers qui vont leur imposer un emploi du temps peu malléable et soumis aux urgences. Les professions historiquement masculines, comme la chirurgie, conservent alors une suprématie conséquente des hommes. 

L’universitaire explique cette scission genrée de la même façon qu’Amandine. 

Selon elle, les femmes “ont tendance à privilégier les spécialités qui leur permettent de planifier et de prévoir leur horaire de travail.” Pourquoi ces préférences féminines ? Car les femmes portent encore beaucoup de charge mentale et domestique. Elles doivent donc être plus présentes et disponibles pour leurs foyers. Il a été constaté que les femmes médecins étaient plus souvent en couple avec un homme médecin dont l’emploi du temps est possiblement imprévisible. L’inverse n’est en revanche pas vrai. “Elles s’adaptent alors aux contraintes de leurs conjoints”.