Inflation du prix des joueurs, panics-buy hivernaux et salaires pharaoniques. Trouver son numéro 9 performant s’avère rarement facile pour les directions sportives des grands clubs du top 5 Européen.

222 millions d’euros. Non, on ne parle pas ici du prix d’un avion, d’une salle de bal ou encore du PIB de la ville de Lyon, mais bien du transfert de Neymar Jr au PSG. En 2017, celui-ci a fait exploser le plafond du marché et marqué le début d’une nouvelle ère. Huit ans plus tard, si cette somme n’a plus jamais été atteinte, l’inflation du marché des transferts est permanente. Acheter un attaquant de pointe pour plus de 25 millions d’euros n’a aujourd’hui plus rien d’exceptionnel, alors qu’il y a 20 ans, c’était une somme réservée aux plus gros transferts de la saison chez les 9 (Michael Owen à Newcastle en 2006 par exemple). Mais derrière ces chiffres délirants, une question simple se pose pour les directions sportives qui cherchent toujours plus de rentabilité : combien coûte réellement un but ? Pour y répondre, l’équipe data de l’Écornifleur s’est plongé dans l’analyse d’une base de données des transferts des attaquants (numéros 9) entre 2021 et 2025, dans les cinq grands championnats européens (Premier League, Liga, Serie A, Bundesliga, Ligue 1). Prix du transfert, âge, salaire, buts inscrits, pénaltys, tous les éléments sont bons pour dégoter la star qui fera trembler les filets pour le moins de millions possibles.

 

Tous les millions ne se valent pas

Malgré des prix de transfert et des salaires très élevés, les plus grandes stars européennes comme Robert Lewandowski ou Erling Haaland affichent un rendement statistique exceptionnel. Sur la période observée, ils coûtent moins d’un million d’euros par but inscrit, quand d’autres recrues très prestigieuses et coûteuses dépassent largement les 5 millions. C’est le cas de l’attaquant belge Romelu Lukaku, celui qui incarne le mieux cette dérive avec des transferts cumulés atteignant des centaines de millions d’euros. Recruté pour 113 millions d’euros par Chelsea en 2021, il n’inscrit que 15 buts sur ses saisons au club. Bilan : un prix du but à plus de 7 millions, sans compter des émoluments annuels à plus de 20 millions. À ce niveau là, difficile de parler d’un bon investissement. En tout cas, on ne laisserait pas le club londonien gérer notre argent…

Les panic-buy hivernaux : payer plus pour marquer moins

Deuxième tendance observée : les transferts réalisés pendant le mercato hivernal sont en moyenne moins rentables. Ils sont souvent réalisés dans l’urgence pour « sauver la saison », comme le souligne le journaliste de l’Équipe Simon Bolle, mais aussi « en cours d’exercice et donc avec moins de temps d’adaptation » reprend l’expert du marché des transferts. Résultat : un coût moyen du but de 6,2 millions pour les transferts hivernaux contre 3,9 pour ceux réalisés lors de la fenêtre estivale.

L’inflation du prix du but est de 60% pour cette période, car même si les performances suivent lors de ces transferts, ils sont souvent les plus surévalués et surpayés en termes de salaires. En témoigne l’exemple récent d’Omar Marmoush, transféré à Manchester City depuis Francfort à l’hiver 2025. Malgré de bonnes performances au vu des circonstances (8 buts, aucun pénalty), son prix d’achat de 75M et son salaire à 18M aboutissent à une rentabilité exécrable sur la deuxième partie de l’exercice 2024/2025. À 11M d’€ par but (sur seulement une demi-saison), il va devoir produire beaucoup dans les années à venir pour équilibrer la balance.  

La Premier League domine ainsi le classement des dépenses sur le marché des transferts, notamment car elle a un coût du but plus élevé que les autres championnats. Il faut en moyenne compter deux fois plus d’argent pour s’offrir un but en Angleterre (5,9 millions en moyenne) qu’en Allemagne (2,9 millions). Outre-Rhin, les paris sur de jeunes buteurs à fort potentiel s’avèrent souvent payants : le prodige Benjamin Šeško n’a coûté à Leipzig que 1,04 million par but sur ses deux saisons au club.

Nuancer les chiffres bruts : les facteurs âge et pénalty

Le Slovène est aussi à l’origine d’un des enseignements de notre enquête : miser sur la jeunesse est une stratégie payante. Les attaquants recrutés avant leurs 24 ans présentent en moyenne un bien meilleur ratio coût/but que les joueurs expérimentés achetés à prix d’or pour un rendement immédiat… Qui n’est pas toujours au rendez-vous. Les premiers coûtent en moyenne 38 millions quand les seconds émargent à plus de 61 millions. Et le prix moyen du but reflète cette logique, il coûte presque deux fois plus cher chez les joueurs les plus âgés (5,6 millions chez les plus de 24 ans contre 2,9).

Autre tendance, le rôle des pénaltys. S’il est normal qu’un joueur performant à cet exercice les tire régulièrement, dans la pratique, ils peuvent parfois servir de cache-misère. Évidemment, les meilleurs avant-centres sont souvent d’excellents tireurs, et le fait de tirer (et donc d’inscrire) beaucoup de pénaltys n’est pas une mauvaise chose en soi. Cela dit, les pénaltys sont l’une des limites du nombre de buts marqués en tant que statistique de mesure de la performance.

Dans les meilleurs cas, un grand nombre de pénaltys marqués conduit juste de grands attaquants à avoir une production encore plus haute (23 pour Erling Haaland en 3 saisons, portant son total à 124 !). Chez certains, ils soulignent plutôt le manque de réalisme dans le jeu, lorsque les pénaltys prennent une place trop importante dans le total de buts : transféré à Brighton à l’été 2023, Joao Pedro a inscrit en deux saisons la moitié (15/30) de ses buts sur pénalty. Sur la totalité des joueurs, si on exclut les pénaltys du calcul, le coût moyen du but augmente de près de 20%, révélant un écart entre les vrais finisseurs et les joueurs surpayés auxquels on fait tirer les pénaltys, pour éviter un casse statistique et économique.

Un outil d’analyse de la rentabilité économique des numéros 9

L’étude statistique des bases de données des sites Transfermarket et FBref a conduit à l’élaboration d’un indicateur pour guider les directeurs sportifs à trouver la perle rare ou du moins à éviter « le flop ».  

Le pire ratio comprend quatre joueurs dont le prix du but est infini (en théorie) ! Puisque pour plusieurs millions engloutis, ils n’ont jamais fait trembler les filets. Pour les talents français, les deux jeunes Elye Wahi (Francfort, hiver 2025) et Hugo Ekitike (PSG, été 2023) n’ont pas débloqué leur compteur et sont en tête du ratio à fuir (26 et 28,5 millions d’indemnités de transfert avec des salaires de 3,4 et 4 millions d’euros).

Moins catastrophique, mais avec des niveaux de rentabilité très faibles, la zone rouge comprend les joueurs dont chaque but coûte plus de 10 millions d’euros. Randal Kolo Muani (PSG, été 2023), Jhon Duran (Al-Nassr, hiver 2025) et Niclas Füllkrug (West Ham, été 2024) illustrent ces cas où panic-buy, pression du transfert et concurrence interne forment le mauvais mélange qui conduit à des performances décevantes.

La surprise Amine Gouiri

A contrario, les meilleurs élèves du marché sont ceux qui affichent un prix du but proche du million d’euros. À côté de grosses stars comme Haaland ou Lewandowski c’est bien un joueur évoluant en Ligue 1 qui a tiré son épingle du jeu dans notre analyse. Avec un transfert de 28 millions et un salaire annuel de 1,2 million, il tire le prix du but vers le bas avec une moyenne à 1,02 million. C’est la performance exceptionnelle réalisée par l’ex-Rennais et désormais Marseillais Amine Gouiri qui malgré « seulement » 31 buts en deux saisons profite d’un prix de transfert moins excessif et d’un salaire 20 fois moins important que les plus grands attaquants européens pour se hisser au sommet de notre classement.  

Cette rentabilité reste à nuancer, car dans un football toujours plus financiarisé, le transfert d’un attaquant de pointe reste l’investissement le plus risqué. La data montre qu’au-delà du seuil des 25 millions d’euros, le rendement chute drastiquement. Et pour les directeurs sportifs en herbe qui se cacheraient parmi nos lecteurs, Simon Bolle dresse une leçon : « Mieux vaut un jeune attaquant bien scouté, qu’une superstar surpayée dans l’urgence ».

  • Emilien Scano

    Des confins du beaujolais à l’avenue Berthelot, Emilien est un pur lyonnais. D’ailleurs, en semaine, il est correspondant local pour Le Progrès, où il s’entraîne pour son grand rêve : devenir le nouveau Romain Molina. Les week-ends, il ne quitte pas les travées du Groupama Stadium : il lui est même arrivé de se glisser dans la loge du capitaine de l’OL, dont il prétend toujours être le cousin…

  • Guillaume Vial