Entre 2013 et 2023, 15 % des maternités françaises ont fermé leurs portes. Derrière ces disparitions, justifiées par la baisse de la natalité et la recherche de sécurité médicale, se dessinent de fortes inégalités territoriales et une réorganisation profonde de l’offre de soins, dont les conséquences pèsent directement sur les femmes et les professionnels de santé.

Le 28 novembre 2025, la commune de Saint-Amand-Montrond (Cher) a proposé une « prime à l’accouchement » de 1000 euros à chaque mère venant accoucher dans sa maternité. L’objectif principal : éviter la fermeture. Pour cause, elle n’atteint pas le seuil des 300 accouchements par an, tout comme une vingtaine d’autres maternités en France, qui menacent elles aussi de fermer. Entre 2013 et 2023, pas moins de 75 maternités ont fermé et près de 3300 lits obstétriques ont été supprimés en France.

Les lits en maternité se font de plus en plus rares, accompagnant la baisse de la natalité dans l’hexagone. Mais toutes les femmes françaises ne sont pas logées à la même enseigne. En 2023, à nombre égal d’habitantes en âge de procréer, celles du Rhône (69) avaient accès à deux fois plus de lits en maternité que celles de l’Ain (01). Dans ce dernier département, le nombre de lits par femme en âge de procréer s’est vu réduit de près de 40 % entre 2013 et 2023. Mais pour la Nièvre (58), l’Ardèche (07) ou le Jura (39), les diminutions sont encore plus drastiques, avec plus de la moitié du nombre de lits par habitante supprimés en dix ans.

Certains départements peuvent bénéficier des infrastructures de leurs voisins, parfois mieux dotés. C’est ce que permet la création d’un nouveau centre hospitalier dans le Territoire de Belfort (90) en 2017 avec 58 lits obstétriques. D’autres ne peuvent pas compter sur les territoires alentours également touchés par la suppression de lits et la fermeture de maternités.

Cette désertification se traduit par des temps de trajets en voiture vers la maternité la plus proche supérieurs à 30 minutes. En Charente-Maritime (17) par exemple, la fermeture de trois maternités au cours de la dernière décennie a considérablement allongé les temps de trajet : il faut compter 51 minutes depuis Saint-Pierre-d’Oléron et 40 minutes depuis Royan pour se rendre à la maternité la plus proche. « Aujourd’hui, les pompiers font beaucoup d’accouchements en urgence sur le chemin entre le domicile et la maternité qui est de plus en plus loin », raconte Olivier Lacoste, géographe de la santé.

L’expertise plutôt que le nombre

L’éloignement croissant de certaines femmes d’une maternité augmente les risques lors de l’accouchement, d’autant plus en cas de grossesse difficile pour laquelle « il faut un accès rapide à un haut niveau de spécialisation de soins ». Mais ce problème n’est pas nouveau car la quasi-totalité des maternités ayant fermé entre 2013 et 2023 n’étaient, dans tous les cas, pas équipées pour prendre en charge les grossesses à risque. L’éloignement touche donc principalement les grossesses sans complications.

« Les obstétriciens disent qu’on ferme les maternités où c’est dangereux pour les femmes d’aller accoucher », explique le géographe de la santé, « mais ça ne tient pas compte de l’impact sur la vie locale ». Pour lui, le principal problème est le suivi de grossesse : lorsqu’une maternité ferme, le personnel de santé s’éloigne, altérant l’accès des femmes à l’information sur l’état de leur grossesse. « La réponse des territoires serait de faire venir ou de former des professionnels pouvant assurer les suivis de grossesse », estime Olivier Lacoste. La solution : une prise de relais par les médecins généralistes ou par des sages-femmes libérales installées dans les zones éloignées des maternités.

En Charente-Maritime, l’adaptation fragile du territoire

Face à la fermeture de trois maternités en dix ans, l’offre de soins a été réorganisée de manière à maintenir une prise en charge des femmes enceintes. Valérie Zafra, sage-femme à l’hôpital de Saintes depuis plus de trente ans, assure que : « Dans tous les secteurs où une maternité a fermé, une activité de consultation a été maintenue. » Des centres périnataux de proximité ont été conservés sur le territoire, assurant notamment le suivi de grossesse hors des maternités.

En parallèle, l’installation de sages-femmes libérales permet d’assurer la continuité des soins après des sorties de maternité plus rapides. Un dispositif d’hébergement temporaire non médicalisé, pris en charge par l’Assurance maladie, peut également être mobilisé pour les femmes vivant loin du lieu d’accouchement.

Un équilibre toutefois fragile, étroitement dépendant des effectifs médicaux dans les maternités restantes, notamment en pédiatrie et en néonatologie. « Il suffit que deux professionnels partent pour que l’équilibre soit beaucoup plus difficile à maintenir », souligne Valérie Zafra. Et ce, d’autant plus avec le manque de médecins généralistes et la précarisation des patientes dans le département.

Vers une décentralisation des décisions ?

Bien qu’en marche, cette adaptation des territoires est loin d’être achevée. Pour Olivier Lacoste, le système de prise de décisions est à repenser : « Aujourd’hui ce sont les agences régionales de santé (ARS) qui décident de fermer, sans connaître la réalité de terrain des personnes concernées. » Une annonce récente pourrait faire bouger les lignes en ce sens. En novembre 2025, Sébastien Lecornu a affirmé sa volonté de réformer les ARS, en confiant aux préfets et aux départements une partie de leurs missions. Un transfert qui, selon le géographe de la santé, pourrait entraîner une « décentralisation » des décisions au sujet des maternités.