REPORTAGE. Jeudi 15 octobre, les places du ciné-concert de Metropolis organisé à l’auditorium de Lyon sont parties en un éclair. Devant l’entrée, des dizaines de spectateur.rices sans billet ont attendu dans l’espoir de décrocher un siège, l’Écornifleur était en immersion dans la file.

File d’attente “sans billet” devant l’auditorium de Lyon. Photo : Clément Kleesiek
« J’ai récemment vu le plus idiot des films », phrase écrite par Herbert George Wells, écrivain britannique dans le New York Times au moment de la sortie en salle de Metropolis réalisé par Fritz Lang en 1927. « C’est la première fois que je vois autant de monde », s’exclame Françoise au vu du nombre de personnes dans la queue. Au fur et à mesure que le temps passe, « le plus idiot des films » est ce jeudi devenu l’événement phare de la soirée. L’année de son arrivée sur grand écran, la réception par les critiques fut mitigée. Des décennies après, il est considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma muet et un incontournable à voir pour les plus grand.es cinéphiles. Le Festival Lumière a décidé, pour préparer le 100e anniversaire du long-métrage, d’organiser un ciné-concert avec l’Orchestre national de Lyon dirigé par Don Davis qui a réalisé la musique de la célèbre trilogie The Matrix.
Hors de la salle, le muet du bruit
Environ 1 750 places ont été mises en vente pour cet événement, mais elles sont toutes parties en un instant selon le personnel de l’accueil de l’auditorium qui est lui-même surpris du succès du ciné-concert. Un membre de l’équipe de l’accueil explique que l’affluence et la rapidité de l’achat des places varient en fonction de l’œuvre mise en avant lors d’un événement de ce type.
« Généralement l’histoire de l’enveloppe fonctionne bien », confie Françoise dans la file d’attente tenant une enveloppe avec la mention « j’achète une place » écrite dessus. Elle regarde avec espoir une personne qui pourrait se désister et lui vendre sa place, d’une valeur de 25 € sans accréditation.
Pour quelques personnes, ce ciné-concert est l’opportunité d’établir un premier contact avec le cinéma muet. C’est le cas de Chloé et Théo qui, par « manque d’occasion », n’ont jamais visionné un film muet. « Avec tout ce qui existe aujourd’hui c’est moins glamour », complète Chloé en parlant du cinéma muet. Un événement qui mêle un classique du cinéma muet porté par un orchestre est un argument qui a suffi à convaincre certaines personnes de faire le déplacement comme Nathalie qui affirme « Je suis venue pour le ciné-concert ».
A contrario, Rachel un peu plus avancée dans la file d’attente ne veut pas passer à côté de cette aventure à la fois visuelle et sonore. « Je l’attends avec impatience, c’est un film mythique, un film d’enfance pour ma part », dit-elle en gardant espoir de pouvoir assister à la projection.
Tic-Tac l’heure tourne, sans que la file n’ai bougé d’un pouce
19 h 30. L’impatience commence à être visible sur les visages du public en attente. Certaines personnes s’abandonnent à des danses pour tuer l’ennui, valsent au son des enceintes posées sur la place par des jeunes venu.es répéter leurs chorégraphies. De temps à autre, une ou un membre du personnel vient compter les personnes présentes dans file, un signe d’espoir pour certain.es. Un jeune homme lisait son livre sur un fond de va-et-vient de personnes impatientes regardant si tout le monde était entré et évaluant leurs chances d’avoir une place.
19 h 50, après que les conversations dans la queue commencent à s’essouffler, un bénévole portant un t-shirt rouge prend la parole, la foule attend le verdict. « Il ne reste plus que 5 places », s’exclame-t-il. Ses paroles tombent comme un coup de massue pour certain.es qui partent en laissant un soupir comme trace de leur passage. Quelques personnes en profitent pour grappiller des places dans la file malgré l’annonce comme Rachel qui « croit en un miracle ». Théo lui, glisse à Chloé « Il y a un cinéma à côté ».
