Ma mère, grande chanteuse de karaoké, a réussi le casting de l’émission « N’oubliez pas les paroles ». Convoquée à Paris début mars, j’ai décidé de l’accompagner pour tout vous raconter.

Ma mère a le droit au triptyque habillage-maquillage-coiffure. Elle doit être prête à tout instant si on l’appelle pour chanter en plateau. © Photo Air Productions

Évaluation de la voix, vidéo de présentation, tests de paroles : pendant des semaines, Émilie, ma mère, m’a fait suivre chaque étape de son casting en ligne pour « N’oubliez pas les paroles ».

« J’ai attendu un an entre le premier appel et la première convocation », souffle-t-elle. Ma maman est attendue sur le plateau de l’émission de France 2, présentée par Nagui dans une semaine. Mais elle est déçue.

Elle sera candidate spare, un joker en cas de désistement de dernière minute. Bien qu’elle ne soit pas sûre de jouer, l’auxiliaire de puériculture doit quand même poser des congés et organiser son voyage d’Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain, à Paris.

Si aucun candidat ne se défile le jour J, le directeur de casting lui a assuré qu’elle participera à l’émission lors d’un prochain tournage.

Jeudi 6 mars 2025 – 10h30 : L’arrivée au studio

À La Plaine Saint-Denis, au nord-ouest de la capitale, il y a des studios de télévision à perte de vue. J’abandonne ma maman devant les portes du studio 107. La production m’en a interdit l’accès pour des questions de confidentialité.

Les premières nouvelles arrivent deux heures plus tard. « La styliste a adoré la première tenue que je lui ai proposée », me raconte ma mère au téléphone. Elle n’a pas l’air stressée.

Sa cigarette finie, elle raccroche pour aller déguster les repas préparés par un traiteur. Au menu, « chili sin carne végan et crumble aux pommes pour le dessert », se réjouit-elle.

Jeudi 6 mars 2025 – 13h00 : Sur le plateau

Derrière le studio, familles, retraités et étudiantes attendent sur un parking avant de rejoindre le public. Au vestiaire, on me demande de laisser ma veste et mon portable.

À peine entré dans le studio, je repère ma star au loin, en train de visiter le plateau avec d’autres candidats.

Jeudi 6 mars – 14h30 : Action !

« J’ai fait deux phrases alors que tout le monde faisait les chansons en entier », complexe ma mère. Elle m’explique après le tournage que les futurs challengers ont un retour vidéo du plateau pendant que les émissions sont filmées.

En coulisse, ils jouent comme s’ils étaient déjà aux côtés de Nagui. Certains se vantent. Ma mère les chambre : « Un ou deux étaient sûrs de connaître 1 200 chansons mais ils se sont plantés. »

Jeudi 6 mars – 17h00 : les émissions quatre à quatre

Après quatre émissions, le public est renouvelé. De mon côté, je me suis bien amusé depuis les bancs des accompagnants. Situé bien en face de l’écran géant où défilent les paroles, j’étais comme dans un super karaoké.

Aucun des grands classiques de ma maman n’a été proposé. Elle aura peut-être la chance de chanter Céline Dion, Jean-Jacques Goldman ou un titre des Dix commandements.

Pendant la pause, elle s’accorde une nouvelle balade avec cinq autres candidats. « Oh, c’est mon bébé ! », s’exclame ma mère en m’apercevant.

Jeudi 6 mars 2025 – 19h40 : Coupez !

Sur le parking, il fait nuit. Ma mère n’a pas pu jouer. Nous nous dirigeons vers la gare de Bercy pour six heures de bus, direction Lyon. Demain, elle est attendue au travail à 7h30. Elle devra annoncer à ses collègues qu’elle ne passera, hélas, pas tout de suite à la télé.

  • Erwann Thuot

    Erwann voulait devenir secrétaire, comme sa grand-mère. Désormais, c’est pour L’Écornifleur qu’il cultive son goût pour la police… d’écriture Arial Narrow et les stylos de couleurs. Depuis qu’il a découvert l’intermittence et l’Eurovision, il consacre son énergie à l’écriture de chansons, de podcast ou d’interviews pour la télévision.