Connu sous le nom d’El Padre, Nicolas Royer est un catcheur semi-professionnel. À l’été 2024, il a fondé la Lyon Wrestling Association (LWA), une structure qui souhaite rendre les rings plus inclusifs.

Deux bises et un café allongé, Nicolas Royer n’a pas de temps à perdre. Employé de l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry en semaine et d’une grande surface les samedis, le catcheur a fondé sa propre structure en juillet 2024 : la Lyon Wrestling Association (LWA).
Nicolas mène ce collectif avec Priscilla Saint-Clair, chargée de la direction artistique. Les deux compères se sont associés après la fermeture de l’AYA Catch, l’ancienne référence du catch rhodanien qui a cessé son activité au printemps 2024.
La parité de mise au bureau l’est moins lors des matchs. Le 1er mars dernier, sur douze participants, la lutteuse JGU est la seule femme à avoir combattu. Associée à André Gruet sur le ring, elle s’est inclinée face à deux hommes lutteurs.
Le fondateur de la LWA, qui concourt sous le masque d’El Padre, « le père » en espagnol, concède que son milieu « reste très masculin », voire « viril ». Pour se détacher de cette image, il mise sur l’inclusivité. « Hommes, femmes, enfants, personnes en situation de handicap… : chacun et chacune peut trouver sa place à la mesure de ses capacités et de ses envies », indique le site de son association.
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« Je suis rentré en larmes avec des bleus partout »
Âgée d’une vingtaine d’années, Maëlys, est souvent aux côtés de son padre lors des compétitions. « Ma fille, c’est la première à qui je fais voir les nouvelles prises », explique Nicolas. L’étudiante en biologie est fière de l’engagement de son père contre le sexisme, l’âgisme et le validisme : « Parfois, il m’impressionne. Il est très compréhensif sur ces questions. »
Cette reconnaissance est un atout précieux pour un compétiteur en manque de confiance.
« J’avais peur que ma fille ait honte, dû à mon passé de moqueries », confie Nicolas. Le Rhodanien a 8 ans lorsqu’il découvre le catch à la télévision. À l’école, les autres enfants rient de son surpoids.
Il trouve refuge dans le personnage de Bret Hart : « Ce gars est devenu mon héros. » Cheveux longs et frisés, legging moulant rose fluo, flanqué de quatre cœurs sur la hanche, la star états-unienne détonne. Le garçon demande même à se faire appeler Bret : « Je portais un collier avec son nom. »
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Après des années passées à s’entraîner à la salle de musculation et dans sa chambre, il s’inscrit à son premier stage de catch à 22 ans : « Je me suis rétamé. Je suis rentré en larmes avec des bleus partout. » Il persévère, se représente l’année suivante et remporte la compétition.
La lutte de padre en fille ?
Son ascension s’arrête lorsqu’il est diagnostiqué du syndrome des jambes sans repos : « C’est comme quand tu es dans ton lit et que tu sens que la crampe arrive. Moi, c’est tout le temps. » La trentaine tout juste fêtée, Nicolas envisage alors d’arrêter les combats : « J’ai dit à Maëlys que c’était mort. »
La réponse de sa fille agit comme un électrochoc : « Pourquoi ? Tu m’as toujours dit que tout était possible. » Ce n’est qu’à 40 ans que Nicolas remonte finalement sur le ring. « Je me suis fracturé l’épaule au deuxième entraînement. J’ai été arrêté pendant huit mois », se désole-t-il.
Fin 2022, totalement remis, Nicolas crée son nouvel alter ego, El Padre, en référence au film d’Éric Duret, L’homme au masque d’or. « C’est l’histoire d’un prêtre qui se met au catch pour nourrir des enfants abandonnés », raconte le sportif.
La retraite sportive approchant, Nicolas adorerait que sa fille reprenne le flambeau. Maëlys
« pourrait envisager » de suivre le chemin de son père mais elle n’a encore jamais combattu.
En attendant, Nicolas évoque sa dernière apprentie lutteuse : « Dans d’autres structures, elle se serait faite rabaissée parce que c’est une nana. » Et de compléter : « Quand elle est venue chez nous, elle a dit “ça se voit que t’es un papa”. Quand tu as des enfants, tu n’as pas la même approche. »
