À une semaine des élections municipales, 47 000 personnes sont venues assister au quart de finale de Coupe de France Lyon-Lens. Alors que l’ancien président et figure tutélaire du club, Jean-Michel Aulas, fait la course en tête dans les sondages, les supporters sont partagés.

Pas de banderoles au sujet des élections dans les travées du Groupama Stadium ce soir. Photo Emilien Scano

« Ce n’est pas un sujet à aborder, c’est un point de discorde dans la famille. » Dans les navettes menant d’Eurexpo au Groupama Stadium ce jeudi soir, les discussions concernent plus la composition des équipes que les élections municipales qui approchent. Une demi-douzaine de supporters partagent un rire, un peu gênés à l’évocation des municipales. À gauche, un homme avoue tout de même, d’un air entendu « Non mais on est pour Aulas, allez Aulas ».

Duel Aulas/écolos

20h15. H-1 avant le coup d’envoi du quart de finale de Coupe de France entre l’Olympique Lyonnais et le Racing Club de Lens, respectivement troisième et deuxième de Ligue 1. Mais un autre match se joue dans le cœur de certains supporters sur le parvis du stade. Celui qui sera mené par l’ancien président emblématique du club, Jean-Michel Aulas, les dimanche 15 et 22 mars. Il est le grand favori des élections à la mairie centrale de Lyon avec 43 % d’intention de vote pour le premier tour, selon un sondage Elabe pour BFM. 

Les allées autour du virage sud sont noires de monde, la musique se mêle aux odeurs de frites et de bière. Trois amis, la trentaine, sont accoudés à la porte M, écharpes de l’OL autour du cou : « On n’est pas de Lyon. Si j’avais pu voter, j’aurais voté pour Aulas, pour l’honneur, pour l’OL ! » Des propos qui contrastent avec ceux d’un homme assis plus loin. Seul, la cinquantaine, bière en main, il n’arbore aucun signe distinctif du club.  Il dit : « Je vais voter Écologistes. La politique est différente du foot, même si j’aime bien ce qu’Aulas a fait. »

Dans la queue du stand de hot-dog, l’humeur n’est pas à la politique. Un homme s’agace : « Ça nous fait chier (de parler des élections), je suis en conflit d’intérêt, je travaille à la Ville, je peux pas dire pour qui je vais voter ». À l’entrée de la porte VIP, un père de famille fume une cigarette, « Je ne vote pas à Lyon mais mes filles oui, heureusement elles ont les mêmes idées que moi. » Quand il aborde ses convictions politiques, c’est en silence : d’un air complice, il se saisit d’une écharpe et pointe le blason du club.

« Je ne voterai plus jamais les Verts » 

20h45. « Je ne vote pas à Lyon mais je suis plus écolo que Aulas », martèle ce cinquantenaire devant le virage Nord. C’est là que le 5 mai 2025, Pierre Oliver, maire Les Républicains du 2e qui s’est rangé derrière la candidature Cœur Lyonnais, a été invité au stade par le groupe des Bad Gones. Maillot de l’OL sous le costume, il avait glissé un tacle aux écologistes :  « Vous comme moi, on a un adversaire commun, c’est les Verts ! » Le tout sous les applaudissements du groupe de supporters, qui se revendiquent pourtant apolitiques. Ce soir pas de banderole en tribune, l’humeur est à la tension de la rencontre, les chants et drapeaux traditionnels sont déployés.

Deux jeunes filles contrastent avec la sociologie du public du soir, majoritairement masculin, blanc et trentenaire : elles veulent surtout « ne pas rater le début du match ». Une des deux vote à Lyon et loue celui qui a été président du club pendant 36 ans. « C’est un vrai Lyonnais, il est resté vivre ici, il paie ses impôts, même s’il y a eu des histoires avec le grand stade. » Elle assène : « Je ne voterai plus jamais les Verts. J’habite dans le 2e, la piétonnisation, les travaux h24, il n’y a plus de place… Et je ne parle pas des vélos.  Aulas va gagner donc c’est un vote utile. » 

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« Le foot et la politique ça n’a rien à voir » 

21h00. Une dame, qui vit dans la métropole, hors de Lyon, mange des frites : « J’ai le sang rouge et or ». Pour les Métropolitaines, « Je sais pour qui je ne vais pas voter, les extrêmes. » Ce ne sera pas non plus pour Véronique Sarselli, la candidate Cœur Lyonnais. Quant à ce qu’elle pense de JMA : « Le foot et la politique ça n’a rien à voir, il a été très bien pour le foot, mais bon le débat où il s’endort, le projet de tunnel… C’est un candidat avec un programme d’un autre temps. »

Les supporters du soir pressent le pas. Un adolescent tire son père par le bras, « Je te dis de te dépêcher tu marches ! » Côté Virage Nord, au sujet de potentielles banderoles politiques déployées en tribune, un agent de sécurité précise : « Il y a des consignes à chaque match. C’est l’OL qui décide sauf s’il y a un arrêté préfectoral. Ça change en fonction des rencontres, on doit vérifier les maillots, les drapeaux et les banderoles ». Côté virage sud, un membre des Virage Sud Lyon 1950, un des deux groupes majeurs  de supporters, confirme : « Les dirigeants des groupes ils ne parlent pas trop [des élections], c’est dur d’avoir un numéro pour qu’ils s’expriment. »

23h15. Scénario cruel pour les Lyonnais qui sont défaits aux tirs au but par les Lensois après un retournement de situation (0-2, 2-2), qui a fait chavirer le Groupama Stadium. Les supporters fulminent sur le pénalty raté, l’humeur n’est pas à la politique. Vraiment pas.

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  • Guillaume Vial
  • Emilien Scano

    Des confins du beaujolais à l’avenue Berthelot, Emilien est un pur lyonnais. D’ailleurs, en semaine, il est correspondant local pour Le Progrès, où il s’entraîne pour son grand rêve : devenir le nouveau Romain Molina. Les week-ends, il ne quitte pas les travées du Groupama Stadium : il lui est même arrivé de se glisser dans la loge du capitaine de l’OL, dont il prétend toujours être le cousin…