À 48 ans, Benoit Wunschel est une figure bien connue des nuits lyonnaises. Ancien tenancier de bistrots et créateur de brasseries, ce « pur gone » de la Croix-Rousse vit sa première campagne électorale. Cinquième sur la liste Lyon Avec Vous dans le 1er arrondissement, il a troqué son tablier pour les tracts fuchsias du mouvement porté par Nathalie Perrin-Gilbert. Entre deux examens médicaux pour un dos fragile et ses moments de reconnexion avec ses filles, il épaule son ami Christian Sapet. Pour l’Écornifleur, il livre une vision sans fard d’une campagne menée à la force des bras.

Benoît Winschel, installé à une table du Broc’Bar (Lyon 1er), le 4 mars.
Photo : Collin SCTRICK
Vous avez passé 25 ans à Lyon. Pourquoi avoir choisi, en 2026, de passer de l’autre côté de la barricade politique ?
« C’est une question de tempo de vie. En tant que commerçant avec pignon sur rue, je m’étais toujours refusé à m’engager ou à afficher mes idées. J’ai une obligation de sécurité envers mes salariés. Dans l’un de mes établissements, on s’est fait attaquer par les identitaires lyonnais… Dans ces cas-là, il vaut mieux rester en retrait. Aujourd’hui, je n’ai plus ce poids sur les épaules. Après la fermeture de mes activités liées au Covid et à des choix stratégiques qui n’ont pas été les bons, je suis en reconversion. J’ai enfin ce luxe rare : du temps. C’était le bon moment pour transformer mon engagement associatif en engagement politique. »
On vous retrouve en 5e position dans le 1er arrondissement. Quel est votre rôle spécifique au sein de ce consortium mené par Nathalie Perrin-Gilbert ?
« Je suis là pour faire bouger les lignes. Mes terrains, ce sont ceux sur lesquels je suis formé : la vie nocturne, forcément, mais aussi le monde associatif et l’accompagnement des jeunes entrepreneurs. Il y a aussi un sujet qui me tient à cœur, l’aide aux mineurs défavorisés, ceux qui n’ont pas de toit ou pas assez à manger. Sur la liste, on fonctionne à l’amitié. Christian [Sapet], c’est mon ami depuis longtemps, on est en phase sur 99 % des sujets. Je ne me considère pas comme un “militant”, je n’ai pas de paroisse. Je suis un citoyen engagé qui apporte sa force vive. »
Dans votre quotidien, à quoi ressemble cette campagne “artisanale” ?
« Ce n’est pas la mine, mais c’est physiquement lourd. On n’est pas une grosse machine. Mon quotidien, c’est de jongler entre des examens médicaux pour mon dos et le terrain. Je m’occupe aussi de mes deux filles de 12 et 15 ans. Mais dès qu’on peut, on est dehors. On a déjà distribué 10 000 tracts. Si les outils restent sous blister, ça n’a aucun intérêt. »
Comment rivalise-t-on médiatiquement quand on n’est pas invité aux grands débats et qu’on n’a pas le budget publicitaire des partis d’envergure nationale ?
« On ne rivalise pas, on survit. On ne joue pas dans la même cour que les gros partis. C’est un combat de poids plume contre un poids lourd. Pour rivaliser sur les réseaux sociaux, il faut des budgets énormes ou un génie du web, ce qu’on n’a pas. On ne peut pas non plus louer l’Auditorium ou des salles de 3 000 places. Un gars comme Aulas, il a les moyens de regrouper énormément de monde très vite. Nous, on mise sur la curiosité citoyenne. On espère que les gens, en voyant la tête de Christian [Sapet] sur un panneau, iront fouiller. Le seul moyen, c’est d’être devant les bureaux de vote, sur les marchés, et de sourire. Peut-être que c’est futile, un coup d’épée dans l’eau, mais on le fait. S’il y a des choses qui ne se réalisent pas, tant pis, il faut accepter que tout ne soit pas comme on l’a imaginé. On fait avec nos bonnes volontés. »
Justement, cette survie dépend aussi d’un aspect très concret : le financement de votre campagne et vos ambitions pour le soir du premier tour.
« Ce que j’ambitionne, c’est que la voix du groupe de Nathalie [Perrin-Gilbert], via Christian [Sapet] et Lauriane [Khelfane, candidate métropolitaine Lyon Avec Vous de la circonscription Lyon-Centre ; ndlr] soit entendue. Il faut déjà montrer que ça existe. Mais il y a aussi la réalité économique : le pourcentage atteint doit être suffisant pour rembourser la campagne. Si on n’y est pas, ça peut vite créer des soucis pour ceux qui ont mis leur temps et leur argent. Après, être au deuxième tour, ce serait super. Avoir les 10 % pour pouvoir être autour de la table entre les deux tours, parce que les gens de notre groupe ont le droit d’être partie prenante. Ce serait déjà une grosse victoire en soi. J’y crois, même si ce n’est pas gagné. »
Au-delà de ses moyens financiers, qu’est-ce qui vous inquiète dans la candidature de Jean-Michel Aulas ? Et comment convaincre l’électorat de gauche de choisir votre bulletin plutôt qu’un vote “utile” pour les Verts ou LFI ?
« Pour moi, Jean-Michel, c’est juste une image. Il est là pour donner son nom, mais derrière, ce sont des “jeunes loups” qui vont arriver, ce serait dommage pour Lyon. Pour la gauche, il faut faire comprendre aux gens qu’il y a une mécanique : les Verts feront leurs 10 ou 20 % quoi qu’il arrive, ils seront déjà au deuxième tour. Par contre, notre bulletin est plus intéressant à “mettre dans la moulure” pour assurer une pluralité et une table ronde possible entre les divers candidats. C’est de la négociation vertueuse. On fait partie du même bloc, il faut aller vers les compromis pour ne pas laisser un boulevard à une droite qui va se durcir. »
Quel est votre projet pour “l’après-mars 2026” ?
« Plusieurs trucs me trottent dans la tête. Après la campagne, je vais voir ce qui se passe, et ce sera pour début 2027. J’ai pris un travail salarié, mais je ne suis pas trop fait pour, je pense. Alors je fais ce projet-là, la campagne, et après je me remets sur mes projets personnels. Mon quotidien aujourd’hui, c’est aussi beaucoup d’examens médicaux pour mon dos, parce que je ne suis pas très en forme physiquement. Mais surtout, je m’occupe de mes deux filles. J’ai passé pas mal de temps à ne pas les voir avec mon métier d’avant, alors c’est l’occasion de reconnecter avec mes proches. »
