À une semaine des municipales, Dimitri Charreyre Deslorieux, 16 ans, membre des Jeunes Écologistes depuis un an, est très présent sur le terrain d’une campagne éprouvante, même s’il ne peut ni voter, ni briguer une place sur une liste.

À deux semaines des élections, croyez-vous à la victoire de Doucet à Lyon ?
« Au fond de moi, je n’y crois pas forcément. Les sondages sont mauvais, mais je les regarde avec parcimonie. C’est tellement d’engagement que l’échéance qui arrive crée un stress interne mais l’état d’esprit entre nous reste très bon. En revanche, les militants commencent à être fatigués de cette campagne. »
L’avez-vous déjà rencontré ?
« Je l’ai rencontré dans le sens où je vais à ses meetings. Après, je sais qu’il est assez humain, à l’écoute. »
Quelle est votre implication dans les municipales ?
« Dans le cadre de la préparation des programmes, j’avais fait une petite synthèse sur la thématique de la culture, du sport et du tourisme. Le terrain a commencé début décembre avec du tractage sur les marchés et du porte-à-porte. Depuis janvier, c’est un ou deux marchés les week-ends. Sans compter, le porte-à-porte : cette semaine j’ai fait six jours sur sept. »
Est-ce votre première campagne ?
« J’ai 16 ans ! Donc oui. C’est très riche dans les échanges. J’ai ressenti une progression concernant la façon de parler du programme. Humainement, c’est une aventure difficile mais résiliente, avec énormément de moments, joyeux comme plus compliqués. »
À quoi faites-vous allusion ?
« Après la mort de Quentin Deranque, on a eu quatre jours extrêmement difficiles. Le siège des écologistes a fait l’objet d’une menace à la bombe. Sur le terrain, on ne pouvait plus faire d’actions à moins de cinq pour des raisons de sécurité. Beaucoup ont été annulées. Quant aux interactions entre nous, les visages étaient un peu moins joyeux.»
Êtes-vous en contact direct avec les candidats?
« Oui, parce qu’ils sont militants. Sur le marché de la Croix-Rousse, on milite avec le maire du 4e, Rémi Zinck. On apprend mutuellement. Les élus sont contents de ne pas être tout seuls en première ligne, et nous sommes contents d’avoir les élus sur le terrain pour apprendre avec eux. »
Pourquoi militer chez les Jeunes Écologistes et chez les écologistes en général ?
« Quand j’ai eu 15 ans, les Jeunes Écologistes étaient la seule organisation qui acceptait mon adhésion. Je suis de gauche pour différentes raisons. Mais chez les Insoumis, la forme est parfois difficile. Le PS, je ne suis pas d’accord sur le fond. Les communistes sont pour le nucléaire. Les écologistes, c’était le bon compromis. Et puis la thématique de l’écologie est ma première raison d’engagement. »
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Vous militez sans pouvoir ni voter ni vous présenter. Frustré?
« Je suis passionné par la politique. Avant ça je suis passionné d’histoire, de sociologie, d’économie, de droit. C’est un choix décorrélé du fait de pouvoir voter à 18 ans : je milite pour mes idées. Beaucoup de partis à gauche sont pour le vote à 16 ans. J’en fais partie. L’idéal, ce serait : vote facultatif entre 16 et 18 ans, obligatoire à partir de 18 ans, vote blanc reconnu et si plus de 50 %, élection annulée. »
Pourquoi l’engagement partisan plutôt qu’associatif, par exemple au sein d’une ONG ?
« Mes parents sont très engagés associativement : mon père dans Bagage’Rue, pour garder les sacs des personnes migrantes, ma mère dans une Amap [association pour le maintien d’une agriculture paysanne, nlrd]. J’admire ça, mais je voulais un engagement plus systémique. Je suis écologiste, décroissant, j’ai envie de changer le système. »
Un futur mandat électif ?
« Devenir élu, oui. Faire de la politique mon métier, non. Si j’ai des fonctions, je les prends, mais l’idée c’est celle de mon parti, deux mandats maximum au même endroit. J’aime les thématiques de mobilité et les lycées. Les régionales de 2028 pourraient être une première occasion, j’aurai 18 ans. Première fois que je vote et première fois que je peux être candidat pour essayer de déloger Laurent Wauquiez, s’il est toujours là. »
Avez-vous croisé d’autres jeunes dans des partis pendant la campagne?
« Chez Génération Aulas, je n’ai trouvé quasiment aucun jeune. Ceux que j’ai vus étaient une immense majorité d’hommes blancs de plus de 50 ans. Sur le terrain, on se serre la main le dimanche matin : c’est républicain. »
C’est Jean-Michel Aulas que vous combattez ?
« Oui, il joue beaucoup sur son image. Sur les réseaux sociaux, il annonce tout et son contraire. La gratuité des transports en commun pour les personnes gagnant moins de 2 500 euros ? C’est discutable, mais surtout ce n’est même pas écrit comme ça dans son programme. L’échangeur autoroutier à la sortie de Perrache ? Personne ne voit comment on pourrait construire un échangeur à cet endroit. Je peux comprendre qu’on soit de droite mais j’ai plus de mal à comprendre qu’on soutienne ce candidat. »
Vous êtes autiste : est-ce un sujet ?
« Je suis diagnostiqué autiste depuis mes huit ans. Dans l’autisme, on parle parfois d’ “intérêts restreints”. Pour moi, c’est la politique. J’ai été extrêmement bien accueilli par les Jeunes Écologistes. On parle beaucoup d’anti-validisme. On prend en compte les handicaps visibles et invisibles. Je considère l’autisme comme une minorité politique, parce que ce n’est pas un handicap en soi. C’est une situation de handicap par rapport à une norme sociale. Une personne en fauteuil roulant sans rampe est handicapée. Avec, elle ne l’est plus. Nous avons aussi besoin de certaines “rampes”, d’aménagements, la mienne c’est de pouvoir m’isoler, prendre le temps de faire les choses quand c’est difficile. Je suis aussi quelqu’un d’assez émotif. »
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