Chaque année, le Festival Lumière sort des murs des salles de cinéma et pousse la porte de l’hôpital. Pour cette édition, trois courts métrages de Charlie Chaplin ont été projetés pour les enfants de l’Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique de Lyon. Reportage.
Le Festival Lumière organise chaque année une séance à l’IHOpe mais aussi à l’Hôpital Femme Mère Enfant (Bron), à la clinique Saint-Vincent-de-Paul et la Résidence de la tête d’or. Le 16 octobre 2024. Lyon. © Léocadie Petillot

Juliana n’avait pas prévu d’assister à la projection, elle n’en a entendu parler que la veille, après la radiothérapie de son fils, Enrique, 8 ans. « J’ai pas envie d’y aller ! », trépigne le garçon, en s’agrippant à sa mère devant la salle du réfectoire de l’Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique (IHOpe) de Lyon.

Presque comme au cinéma

La salle du réfectoire a été transformée en salle de cinéma et, le temps d’une journée, devient une annexe du Festival Lumière où les enfants pourront découvrir Charlie Chaplin. Les tables ont été alignées contre les murs, les plafonniers et les fenêtres calfeutrés à coup de tissu noir et de chatterton. À peine deux heures plus tôt, le réfectoire accueillait les enfants pour manger.

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Il était important d’arriver à transformer cette salle, « tout en étant au plus proche et respectueux des patients », explique Sandrine, responsable projection de l’association Rêve de Cinéma, partenaire du festival Lumière pour les séances dans les hôpitaux. Avec Alexandre, bénévole du festival, ils ont passé la matinée à tout installer. « Les enfants étaient très intrigués et impressionnés », raconte-t-il en se tenant devant l’énorme projecteur qui trône à l’extérieur de la salle.

Dans les étages, Marion Beaufront, coordinatrice association de l’IHOpe, arpente une dernière fois les couloirs pour prévenir parents et enfants que la séance va bientôt commencer. « C’est normal, ce n’est pas comme au cinéma où la séance commence même si tout le monde n’est pas arrivé ! », lance souriante Sandrine à l’adresse d’Enrique et sa grande sœur, Luciana, 9 ans, qui s’impatientent. « On va pouvoir y aller », souffle finalement Marion Beaufront qui revient en trottinant.

Un rendez-vous annuel

Hélène Dussard, coordinatrice de l’Institut Lumière, et le réalisateur Régis Wargnier (La Femme de ma vie, Indochine, Est-Ouest) assurent la présentation des courts métrages. Pour eux, regarder un Charlot est la meilleure manière de découvrir le cinéma. Et c’est ce qui va se passer pour Anouck, 2 ans, la benjamine du groupe. « C’est la première fois qu’elle va au cinéma », confirme son papa. Installée de l’autre côté de la salle, la machine arrimée au pied à perfusion de Farah, 12 ans, ponctue les paroles des intervenants de bip stridents et l’alerte « Alarme perfusion » clignote dans la pénombre.

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Si Charlot est à l’honneur cette année, les enfants ont pu voir Moonrise Kingdom de Wes Anderson, invité d’honneur du festival en 2023 et l’Étrange Noël de Monsieur Jack de Tim Burton en 2022. Le 16 octobre 2024. Lyon. © Léocadie Petillot

15h30. Les lumières s’éteignent, le premier film commence. Tous les enfants sont attentifs. Anouck, installée sur les genoux de son papa, remue les épaules au rythme de la musique d’Alan Roper qui accompagne Charlot fait une cure. Ses mouvements font doucement bouger les tubes qui lient son bras à son pied à perfusion, installé à côté de celui de Flavio, 4 ans, assis avec sa maman. Au fond de la salle, Enrique est enfoncé dans son fauteuil roulant. Jambes croisées, il mange des bonbons en regardant Charlot fuir le bâton d’un gendarme. Des bonbecs dans le noir et la magie du cinéma opère.

Une séance écourtée par les soins

Pendant que Charlot s’agite à l’écran, derrière la porte close du réfectoire, la vie de l’IHOpe continue. Enrique qui au bout de vingt minutes avait quitté son fauteuil roulant pour les bras de sa maman lui murmure « j’ai mal à la tête ». Ils s’éclipsent tous les deux rejoints par Luciana. Farah a dû partir avant le début de la projection, soins obligent.

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Flavio et sa maman aussi finissent par sortir, la machine du petit garçon clignotant de manière répétée. Ne reste qu’Anouck et son papa. Quelques minutes plus tard, deux soignantes se faufilent dans la salle pour le prévenir que c’est bientôt l’heure des soins. Aucun des enfants n’aura pu rester jusqu’à la fin. Mais avec « trois courts métrages de vingt minutes chacun, ils peuvent assister à au moins un film », souligne Marion Beaufront. Alors pour le dernier film, Charlot s’évade, il ne reste que les parents d’Antoine. Peu importe, pour trois enfants, cent ou aucun, « on laisse le film tourner jusqu’au bout », rappelle Sandrine.

Léocadie Petillot