Depuis la dissolution de 2024, les députés du Rassemblement National confirment, par leurs votes, leur position d’opposition à l’Assemblée nationale. Mais lorsqu’il ne s’agit pas de sécurité, le parti d’extrême droite est toujours en quête d’identité.

Les députés RN à l’Assemblée nationale, lundi 10 octobre 2022. © Jeanne Accorsini / SPA

Lundi 20 avril, quelques jours après le dîner entre Marine Le Pen et plusieurs chefs d’entreprise du CAC 40, le Mouvement des entreprises de France (Medef) organisait un déjeuner avec Jordan Bardella. Marque d’une reconnaissance de l’importance électorale du parti d’extrême droite, cette rencontre signe aussi un tournant dans sa politique communicationnelle.

Le parti qui cherche à incarner les classes populaires semble désormais soucieux d’avoir le soutien du patronat pour 2027. Une ambiguïté entre discours et réalité qui ne s’observe pas seulement dans les copinages. À l’Assemblée nationale, le comportement législatif du RN révèle aussi les tensions entre ambitions politiques supposées et pratique parlementaire.

Un ADN sécuritaire assumé

Sur les questions d’ordre public, le parti d’extrême droite fait preuve d’une forte cohérence idéologique. Durant la XVIIe législature, qui marque le renouvellement de l’Assemblée nationale suite aux législatives anticipées de 2024, les députés RN se sont montrés favorables à la quasi-totalité des textes relatifs à la sécurité. Le vote sur les propositions de loi concernant le maintien en rétention des condamnés à haut risque de récidive ou sur la lutte contre le narcotrafic mobilisent notamment un nombre important de députés du parti. 

Seule exception : la proposition de loi visant à protéger les personnes ciblées par les réseaux de criminalité, déposée en décembre dernier par la député écologiste Sandra Regol. Les 65 députés RN présents lors de la première lecture du texte se sont abstenus.

Cette discipline législative en matière de sécurité s’explique par l’histoire du parti, qui s’est d’abord structuré autour d’un discours strictement sécuritaire. Dès les élections régionales de 1992, Jean-Marie Le Pen avait pour slogan : « La première des libertés, c’est la sécurité. »

L’autorité, la responsabilité individuelle et la sanction des comportements déviants sont l’ADN politique du parti, qui a dû se construire a posteriori une crédibilité sur les volets économique et social. Avec l’arrivée de Marine Le Pen, ces questions passent au premier plan. Le Front National doit « marcher sur ses deux jambes », déclare-t-elle en 2011.

Santé et social : un cap encore flou

Si la ligne du Rassemblement National est nettement moins claire sur les volets de la santé et du social, les députés votent le plus souvent en faveur de leur adoption. C’est le cas des textes concernant la reconnaissance des personnes condamnées pour homosexualité, ou pour avoir eu recours à l’IVG par exemple, même si les députés n’étaient pas plus de dix à s’exprimer.

Cependant, alors que le programme du parti souligne vouloir « agir contre les déserts médicaux », les députés se sont abstenus de voter lors de la première lecture de la proposition de loi sur le sujet. De la même façon, sur la préservation des droits des victimes dont la plainte est classée sans suite, ou l’instauration d’un nombre minimum de soignants par patients hospitalisés, le RN choisit l’abstention.

Le parti d’extrême droite s’est également opposé à un certain nombre de propositions de loi symboliques. Entre autres, la protection des mineurs isolés et la lutte contre le sans-abrisme, l’égalité des chances d’accès à certaines écoles public, la modification de la définition pénale du viol, ou encore contre le renouvellement automatique des titres de séjour longue durée.

Une ligne d’opposition

Concernant les grandes orientations économiques et sociales, le Rassemblement National suit une stratégie législative d’opposition frontale. En décembre dernier, le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) a par exemple été unanimement rejeté par l’ensemble des députés RN.

Le parti vote contre l’ensemble des textes parlementaires structurant, en particulier le budget de l’État et le financement de la sécurité sociale. Cette opposition s’étend également aux grandes lois de finances et à de nombreux amendements gouvernementaux. Traduisant un refus global des orientations économiques portées par l’exécutif, le parti d’extrême droite se place dans une posture d’alternative, refusant de cautionner des textes qu’il juge mal calibrés ou insuffisamment protecteurs. « Un gouvernement dont les choix font souffrir le peuple français », déclarait Jordan Bardella alors que le RN s’opposait à voter la confiance du gouvernement de François Bayrou.

« Il faut être cohérent  »

Si l’on s’intéresse aux détails des votes, le RN ne se limite pas à une opposition systématique. Dans l’objectif d’infléchir certaines mesures, le groupe peut voter pour certains amendements techniques, notamment au sein des textes budgétaires. En décembre dernier, lors du débat sur le PLFFS, le parti s’est majoritairement exprimé en faveur des articles et des amendements proposés par le gouvernement.

Collecte et traitement des données

Les données utilisées ont été tirées du site de l’Assemblée nationale et couvrent l’ensemble des votes de la XVIIe législature jusqu’au 30 avril 2026. Le jeu de données a été récupéré puis filtré pour ne conserver que les votes des députés du Rassemblement National.

Pour le premier graphique, seuls les votes « finaux » sur les textes ont été retenus, en excluant les votes sur les amendements et les articles. A partir de leur intitulé, les textes ont ensuite été classés par thématiques (sécurité, économie, social, etc.). Si l’intitulé n’était pas explicite sur la nature du texte, celui-ci a été classé dans « autre ». Finalement, les votes ont été agrégés et convertis en pourcentages selon les positions exprimées (pour, contre, abstention).

Le second graphique porte sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026. Cette fois, seuls les votes sur les amendements et articles du texte ont été pris en compte afin de les comparer au vote final. Les résultats ont été agrégés puis exprimés en pourcentages.

Pourtant lors du vote final, le RN s’est finalement opposé au texte. Le député Jean-Philippe Tanguy (RN) affirmait : « On votera forcément contre, avant d’ajouter, il faut être cohérent. »

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