Chaque mois, un étudiant doit aujourd’hui payer en moyenne 1226 euros pour vivre, contre 838 euros en 2018. Derrière ces chiffres de l’UNEF, des arbitrages quotidiens, des privations invisibles et des inégalités qui se creusent.

Le coût de la CVEC a augmenté de 15 euros entre 2018 et 2025 © Ludovic Godard

« J’ai 870 euros fixe par mois : 250 euros d’APL, 200 euros de pension de mon père, 320 euros de bourse et 100 euros d’aide exceptionnelle de ma mère », décompose Louane, étudiante en Master 1 à Sciences Po Lyon. Passée de l’échelon 5 à l’échelon 3 des bourses cette année, son cas illustre les calculs permanents auxquels se livrent des milliers d’étudiants. Une réalité qui tient au modèle français souligne Élise Tenret, sociologue et chercheuse à l’Observatoire de la Vie Étudiante : « On est sur un modèle familialiste : on prend les étudiants pour des grands enfants, on calcule les aides sur les revenus des parents. » Une logique qui invisibilise ceux qui ne peuvent compter sur aucun soutien familial. Le coût de la vie étudiante, lui, n’a cessé d’augmenter, de près de 30 % entre 2018 et 2025, selon les rapports annuels de l’UNEF.

Un reste à charge moyen de 1 226 euros en 2025

Le reste à charge mensuel moyen, la somme qu’un étudiant doit payer chaque mois après les aides perçues, s’élevait à 838 euros en 2018. En 2025, il dépasse 1 226 euros, soit +46 % en sept ans. La courbe décroche nettement à partir de 2024, sous l’effet « des dépenses primaires qui augmentent elles aussi et pèsent fortement sur le budget des étudiants comme c’est le cas notamment des prix de l’énergie dont l’inflation atteint les 4,8% cette année », rapporte l’UNEF en 2018.

Chez les principaux concernés, les stratégies d’adaptation se multiplient. Mathis a souscrit un prêt étudiant de 9 000 euros par an. « Grâce au prêt, je ne me demande pas si je suis à découvert. » Mais le remboursement de 800 euros mensuels dès 2027 a déjà réorienté ses choix : « J’aime bien la recherche. Mais quand tu dois rembourser 800 euros et que tu gagnes 1 000 euros, c’est compliqué. » Louane, elle, a souscrit un contrat électrique à tarifs variables pour réduire sa facture et ne pas payer les jours de forte consommation nationale. « En janvier, il faisait 13 degrés chez moi en pleine semaine de partiels. Ça ne met pas dans de bonnes conditions pour réviser. » D’autres étudiants optent pour le salariat. « Paradoxalement les étudiants qui ont les statuts professionnels les plus stables (CDI) qui vont être les plus vulnérables en termes de précarité studieuse. Ils ont moins de capacité à adapter le temps studieux à l’activité professionnelle », constate Élise Tenret.

Le coût de la vie étudiante, supérieur à l’inflation

Le syndicat étudiant dresse un constat sans appel : le coût de la vie étudiante reste constamment supérieur à l’inflation générale. En juillet 2022, au pic de la crise inflationniste, l’inflation atteignait 6,1 % tandis que le coût de la vie étudiante bondissait de 6,49 %. En 2023, l’inflation retombe à 4,3 % mais les dépenses étudiantes progressent encore à 6,47 %. Même en 2025, avec une inflation stabilisée à 1 %, elles repartent à +4,12 %. Le logement, premier poste de dépense, concentre l’essentiel de cette pression. Mathis, étudiant à Lyon, l’a mesuré au retour d’une année en Espagne : « Mon loyer a doublé. Je payais 350 euros là-bas, je paye 520 euros ici sans les charges. »

 

De fortes inégalités entre catégories d’étudiants

Derrière la moyenne nationale se cachent des réalités très disparates. Les inégalités de genre, notamment, sont particulièrement saillantes. En 2025, les étudiantes déboursent 848 € de plus par an que les étudiants (1 320 € contre 472 €) pour les dépenses dites “spécifiques”, c’est à dire proprement féminines. Alors que les dépenses des hommes oscillent entre 446 € et 472 € entre 2019 et 2025, celles des femmes passent de 976 € en 2019 à 1320 € en 2025. Un écart qui s’est fortement creusé à partir de 2022. L’UNEF explique ce décrochage par le fait que « l’impact de l’inflation [de 6% en juillet 2022, ndlr] est plus important pour les femmes que pour les hommes. Alors même que les prix explosent, les inégalités persistent. »

Injonctions sociales, « taxe rose » [écarts de prix injustifiés pour des produits identiques selon leur ciblage genré, ndlr] ou encore précarité menstruelle et frais médicaux spécifiques gonflent la facture. « En 2025, le surcoût annuel lié à la menstruation s’élève à 294,31€. Cette progression s’inscrit dans un contexte national préoccupant où le nombre de personnes confrontées à la précarité menstruelle a doublé en trois ans, passant de 2 millions en 2021 à 4 millions en 2023 », alerte le syndicat étudiant.

Ces arbitrages financiers permanents ont un coût invisibles « On est passé de 20 % à 30 % d’étudiants en détresse psychologique, rappelle Élise Tenret. Ce sont des chiffres très marquants, et ça n’est jamais redescendu. »


Précisions méthodologiques

Toutes les données quantitatives sur les conditions de vie étudiante sont issues des enquêtes annuelles de l’UNEF, syndicat étudiant. Vous pourrez retrouver tous les rapports, de 2018 à 2025, en ligne. Les taux d’inflation ont été collectés directement sur le site de l’Insee.

L’ensemble des données a été téléchargé en mai 2025 et comparé dans des tableaux Excel avant d’être mis en perspective à partir de graphiques.