Du scénario à la projection (3/12). À l’occasion du Festival Lumière, L’Écornifleur s’est glissé dans les coulisses du cinéma, pour un tour d’horizon de ses métiers. Au milieu des mannequins et des machines à coudre, Lola Pacini nous raconte les débuts de sa carrière de costumière, sur les grands et petits tournages du septième art.

Dans l’atelier de costumes de l’Ensatt, les projets des autres promos sont conservés et archivés. Photo Jade Lucas.

C’est dans l’atelier de costume de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt) niché dans le quartier Saint-Just, sur les hauteurs de Lyon, que nous accueille Lola Pacini, où elle a passé les trois dernières années de sa vie. À 24 ans, elle est à présent diplômée d’un master en réalisation de costumes.  

Mais si elle est arrivée là, ce n’est pas par hasard : Lola a grandi en région parisienne bercée par le spectacle vivant. Son père a passé trente ans de sa vie à gérer le Théâtre de l’Athénée, près de l’Opéra Garnier. « Petite, je foulais les salles de spectacle vides et j’allais dans les loges, confie Lola. On avait un peu le théâtre à nous. »

C’est au lycée d’arts appliqués qu’elle a mis pour la première fois les mains dans le textile. Si la haute couture n’était pas faite pour elle, elle s’est éprise du costume. « Dans le costume, tu vois le vêtement sur un corps pour une discipline particulière, tu réfléchis à comment ne pas entraver les mouvements », raconte-t-elle.

Les petites mains qu’on ne voit pas

Après un diplôme national des métiers d’art et du design (DNMADE) à Paris en trois ans, Lola a dû faire un choix pour entrer à l’Ensatt. En effet, le métier de costumier se divise en deux : entre ceux qui conçoivent et imaginent l’habit, et ceux qui le réalisent. La jeune costumière ne s’est pas posé de question : « Je ne veux pas travailler dans la conception car je ne sais pas prendre de décisions. Je suis plus apte à apporter des solutions techniques. »

Après avoir obtenu son diplôme l’année dernière, Lola reste ouverte à d’autres genres que le cinéma. Photo Jade Lucas

Travailler la matière avec les mains, Lola sait faire. « J’aime quand il y a des difficultés au niveau du tissu, de la coupe ou de la discipline », détaille-t-elle. « Au cirque par exemple, il faut trouver des techniques pour que les costumes n’entravent pas les mouvements. » Celle qui assure faire un métier « passion » refuse de se cantonner à un genre. Mais c’est sur des tournages de film qu’elle a commencé sa carrière. 

Sa première expérience en réalisation de costume sur le film Robuste de Constance Meyer lui a permis de mettre les pieds dans le métier et, surtout, de remplir son carnet d’adresses. « Le spectacle vivant, comme le cinéma, ça marche beaucoup par réseau », confie l’artisane. C’est en faisant marcher ses contacts qu’elle a pu décrocher un stage sur le tournage des Trois Mousquetaires, où elle a entraperçu Louis Garrel. Lors de ce projet, la professionnelle souligne le travail fourmilier d’un atelier regroupant 15 à 20 personnes : « On est les petites mains qu’on ne voit pas car on est soit au début, soit à la fin du tournage. »

Costumière tout le temps même côté spectatrice

 Son métier l’accompagne partout dans son quotidien, jusque dans les salles de cinéma. « Quand je regarde un film avec ma sœur elle me dit “ça n’a aucun sens de bugger sur des costumes”, moi je lui réponds “tu comprends pas” », dit-elle en riant. Soucieuse du détail, Lola ne perd pas une miette de ce que les autres ne remarquent pas : une veste mal taillée, un ruban détaché, des couleurs inappropriées… Fascinée depuis son enfance par l’artisanat costumier dans Game of Thrones, la costumière s’autorise aussi à émettre des critiques. « Dans la série Netflix sur Catherine de Médicis, les matières des costumes étaient tape-à-l’œil avec des formes trop appuyées qui ne correspondent pas au personnage. C’était too much. »

« Une des plus grandes difficultés pour moi, c’est d’attraper les costumes du haut de mes un mètre cinquante ». Photo Jade Lucas

Si elle semble déjà bien aguerrie, la costumière de 24 ans cherche en ce moment du travail après avoir terminé ses études en juillet. « J’attends les réponses, y compris dans le cinéma, même si je sais que cette année a été très compliquée pour les professionnels du milieu », rapporte Lola, qui confirme la réalité précaire du métier. En sortant de l’école, beaucoup des jeunes diplômés occupent des postes de renfort sur les tournages. 

Il faut attendre de réaliser 507 heures de travail pour s’inscrire au régime de l’intermittence du spectacle permettant aux travailleurs de toucher le chômage lors des pauses entre les projets. Lola, elle, n’est pas inquiète et avoue même être « très optimiste » pour la suite. De passage à Lyon, elle prévoit de retourner vivre à Paris car, selon elle, la capitale regroupe une grande partie des offres de travail. Lola ne manque pas d’ajouter, avec un large sourire : « On n’est jamais vraiment chez nous, mais moi c’est quelque chose que j’adore. »