À une semaine du premier tour des municipales, les candidats continuent les opérations de porte-à-porte pour distribuer leurs tracts et convaincre d’aller voter. Reportage avec les Écologistes au cours d’une soirée, dans le quartier de La Duchère (Lyon 9e).
« Bonsoir, on est là pour les municipales. » J-12 avant le premier tour. Il est presque 19h et une équipe de quatre militants pour l’Union de la Gauche et des Écologistes se rejoignent à La Duchère (Lyon 9e) pour aller frapper à la porte des habitants. En passant devant les immeubles, Karine, habituée de l’exercice, fait le compte : « Ce bâtiment on l’a déjà fait, et celui-là aussi. »
« Les municipales, ça vous parle ? »
Faire du porte-à-porte, c’est tout un apprentissage. Première étape : entrer dans l’immeuble. « Il y a des digicodes à l’entrée, et des codes secrets même dans les ascenseurs », explique Karine. Pour les contourner, les bénévoles profitent de l’entrée d’un résident ou tentent de sonner. En faisant défiler la liste sur l’interphone, Karine croit reconnaître un nom. « Je tente », dit-elle en appuyant sur la sonnette.
C’est aussi une question de temps. Sonner le soir, pour que les Lyonnais soient chez eux, et pouvoir les convaincre en quelques secondes de prendre au moins un des trois tracts. « Une fois, ça a duré trois-quarts d’heure », assure Karine avant d’ajouter : « C’est pour ça que c’est important d’être nombreux. » Une fois rentrés, il faut savoir à qui l’on s’adresse. « On ne distribue pas de tracts aux mineurs, pour des raisons de propagande électorale », explique Gaëlle, 23 ans, engagée chez les Jeunes Écologistes et candidate dans le 9e arrondissement. Le discours varie aussi en fonction des immeubles. En entrant dans un logement social, les militants se mettent d’accord. Avant de se présenter, il s’agit de savoir si les habitants iront voter ou non. Ils interrogent : « Vous avez entendu parler des municipales ? »
« Ça dépend des quartiers »
Devant l’immeuble, Gaëlle déplie le programme. Dans le 9e arrondissement, c’est Emmanuel Giraud qui dirige la liste Pour vivre Lyon 9. Pour être sûre de ne pas se tromper, elle révise les mesures. Parmi elles, de nouveaux logements à La Sauvegarde, le réaménagement de la crèche de La Duchère et l’amélioration de la ligne 06 du tramway.
« Moi je ramasse tous les mégots, alors les écolos ça me parle », sourit une octogénaire en leur ouvrant la porte. Pour la plupart, les habitants de La Duchère se montrent accueillants. Aux dernières municipales, en 2020, les écologistes avaient récolté 63,23 % des voix dans l’arrondissement. Gaëlle confie tout de même que l’accueil « dépend des quartiers. » Depuis la mort de Quentin Deranque, les militants de gauche font campagne à Lyon dans une atmosphère tendue. Les règles sont strictes : pas d’action de nuit, et la journée, il faut constituer des équipes d’au moins cinq personnes. « Le jour de la marche, on a eu pour consigne de ne pas sortir », affirme Gaëlle. Il arrive que les habitants interrogent la jeune femme au sujet de la Jeune Garde, organisation militante antifasciste dissoute en juin dernier, et accusée d’être à l’origine de la mort de Quentin Deranque. « Nous, on attend de voir ce que donne l’enquête judiciaire », assure-t-elle.
Avoir réponse à tout
Une nouvelle porte s’ouvre. « A force de se faire harceler, on ne va plus aller voter ! » proteste un habitant face aux écologistes qui se tiennent devant lui mais ne sont pas les seuls à frapper aux portes depuis plusieurs semaines. Dans le 9e arrondissement, la liste d’Emmanuel Giraud doit notamment faire face à celle de Laïla Khallouk (Cœur Lyonnais), Grégory Dayme (liste citoyenne, divers gauche) et Bruno Magnin (LFI). “Mais ce n’était pas nous”, lui rétorquent les militants avec sang-froid. L’homme finit par céder et prend le programme en les remerciant. « Nous aussi on est motivés », glisse Karine avant de descendre les escaliers.
À l’étage du dessus, un voisin leur claque la porte au nez : « Ça ne m’intéresse pas du tout .» Un autre décline : « Non merci. » Sans flancher, les militants se dirigent vers un autre appartement. Maude, 33 ans, a rejoint le groupe dans la soirée pour donner un coup de main. « Au moins c’était rapide », ironise-t-elle.
À quelques mètres, une mère de famille s’impatiente: « Je vous avoue qu’on est en plein repas .» Karine garde son calme et se montre compréhensive. L’heure du dîner, c’est aussi l’occasion idéale pour la liste de rappeler que le lendemain, au Centre social de La Duchère, se tiendra une conférence suivie d’un buffet pour la rupture du jeûne. « À La Duchère, beaucoup de gens sont concernés par le Ramadan », explique Karine. Moins de dix secondes plus tard, la mère de famille referme la porte un tract à la main. Mission réussie.
Dernier immeuble, il se fait tard et il faut être efficace. Les militants se répartissent les tâches. « Quand on est quatre, on fait des équipes de deux », indique Victor. Le premier binôme prend l’ascenseur et descend à partir du haut de l’immeuble, et le second part du bas à pied. « C’est très sportif ! Le soir, ça m’arrive de faire 10 kilomètres », plaisante Karine en grimpant les étages. Quelques minutes plus tard, les deux équipes se sont rejointes au milieu de l’immeuble et font le compte. Sur 32 portes, neuf se sont ouvertes.

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