Du scénario à la projection (5/12). À l’occasion du Festival Lumière, L’Écornifleur s’est glissé dans les coulisses du cinéma, pour un tour d’horizon de ses métiers. Rencontre avec Gilbert Brun, photographe-réalisateur qui retrace les contours de sa carrière et ses essais cinématographiques, ethnographiques et humanistes.

Gilbert Brun, caméra à la main, dans les bureaux de sa société de production Carré-Suchet-Films. Photo Uma Chuzeville

« J’arrêtais pas de bidouiller, quoi, et j’étais déjà très passionné par la photo. » Gilbert Brun fabrique son premier agrandisseur pour projeter un négatif dans le grenier de ses parents, avec l’aide de son frère, à partir d’un simple objectif et de quelques planches de bois, débusqués par son père qui travaillait dans une usine.

« Non, ce n’est pas un rêve d’enfant, c’est une suite logique de choses » 


Gilbert Brun confie son admiration pour l’ethnographe-cinéaste Jean Rouch dont il s’inspire de la vision d’une ethnographie cinématographique. Il passe par les bancs de l’École normale supérieure de Cachan, à la manière de son idole, lui-même diplômé de l’École des Ponts ParisTech, avec une spécialisation en génie civil. Il décrit la réalisation comme un travail d’enquête ethnographique, vision imprégnée de la trajectoire de Jean Rouch : « Non, ce n’est pas un rêve d’enfant, c’est une suite logique de choses. »

Il témoigne avoir pris goût tardivement à la littérature française : à 24 ans, il dévore l’intégralité de l’œuvre de Victor Hugo en deux ans, son second « compagnon de route ». Le premier demeure néanmoins Michel de Montaigne et son illustre formule : « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » Le réalisateur précise : « La condition humaine est la résultante de l’assemblage des hommes. » Gilbert Brun souhaite retranscrire la condition humaine dans son ensemble par le biais d’essais cinématographiques : « J’assemble des témoignages pour en faire, non pas une fiction, mais un discours, pour en tirer une leçon. » 

Dans Comme un paysage, l’accent est mis sur les déterminismes familiaux et la pluralité des existences. À la mort de son père en 2003, il retrace l’origine de son regard sur le monde. Cet essai cinématographique est né d’un voyage au Niger. Là-bas, il se lie à une famille nomade dont il retrace la vie quotidienne afin de mettre en lumière l’identité unique des hommes. Cette rencontre lui inspire le long-métrage Comme un paysage. L’artiste pose la focale sur les déterminismes familiaux et la pluralité des existences. Les personnes interrogées jouent leur propre rôle. Comme un paysage est : « une histoire d’histoires de familles. » Gilbert Brun affirme : « On se détache de là où on vient mais on finit toujours par y revenir. » 

« C’est comme ça que je me suis donné les moyens de faire ce que j’avais à faire »

Gilbert Brun voyage de l’Afrique à l’Europe : « Et tout ça fait que je suis devenu enseignant, et j’ai continué à me balader, à faire des films et des photos. » 

De retour d’Afrique, le réalisateur confectionne le système d’information en ligne Ciné-Zap en 1997, toujours en vigueur chez les distributeurs actuels, rachetée plus tard par la société Nielsen. Ce logiciel permet aux professionnels du cinéma de recenser les entrées en salles des films et d’analyser le marché du cinéma en temps réel.

En 1998, il quitte l’Éducation nationale pour monter une structure de production à Lyon, Gimage Production, avant de lever les voiles de nouveau pour le Mali. À Bamako, il produit un film-documentaire sur l’inauguration de l’Institut Marchoux pour la Fondation Raoul Follereau intitulé La Réinsertion sociale des lépreux au Mali, qui promeut la visibilisation des malades de la lèpre au Mali.

La même année, il réalise un film documentaire sur l’histoire du cinéma chinois dans les années 1980, qui obtient l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1987. « Je me suis donné les moyens de faire ce que j’avais à faire », se souvient-il. Il parle de son projet à Jean-François Le Petit, patron de la société de production Flashs Films. De leur collaboration naît Cinéma en Chine, diffusé sur Canal+. 

Il crée une seconde société de production en 2021 : Carré-Suchet-Film. Le réalisateur présentera bientôt le deuxième acte de son essai cinématographique Lyon Chicago donnant la parole à 45 artistes basés dans la Ville des Lumières.