Qui se cache derrière la campagne “Jean-Michel Hélas”, ces affiches et slogans que l’on voit sur les murs de Lyon ? L’Écornifleur s’est entretenu avec le citoyen à l’initiative de ce projet participatif. Anonymat respecté.

Acceptez-vous de révéler qui se cache derrière Jean-Michel Hélas ?
« Non. Bien que l’initiative soit personnelle, c’est un objet partagé, ouvert et anonyme. Une œuvre collective qui garantit aussi une liberté de ton, une liberté éditoriale avec les participants. Le site fonctionne comme une sorte de pot commun : on laisse les gens jouer avec la règle et interpréter la partie variable de la blague. Chacun peut proposer ses propres idées progressistes et de gauche, d’où qu’il soit, pour combattre les idées conservatrices. C’est la nature même de la création, d’être ouverte au monde extérieur, aux autres et aux idées. C’est ce que théorise Gramsci avec le concept d’hégémonie culturelle (l’idée que les luttes sociales, contre l’idéologie capitaliste, se jouent en grande partie sur le « front culturel », ndlr). Il y a un combat d’idées. Le camp conservateur ou identitaire s’en empare aussi, à travers la forte influence des médias notamment. »
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Comment est venue cette initiative ?
« Je suis graphiste de formation et je fais des images depuis longtemps. Je m’intéresse à tout ce qui va être participatif. Les mécanismes je les connais, je les pratique. J’ai déjà fait d’autres opérations de ce genre, dans d’autres contextes. Jean-Michel Hélas, c’est le croisement entre un engagement personnel et politique. Une façon de promouvoir une vision plus progressiste, plus humaniste, plus écologiste, à l’opposé de ce qu’est Jean-Michel Aulas, porteur d’une autre vision du monde qui me semble archaïque et dépassée.»
Pas peur de l’attaque en justice ?
« J’ai eu très peur au départ, connaissant la propension du bonhomme à faire des procès à tout le monde, je savais que je prenais un risque de me retrouver en procès. Le jeu de mots, à travers l’humour et le détournement, permet de passer de “Aulas” à “Hélas”. Il y a une mécanique créative et verbale qui est très simple et qui dézingue le personnage en question. C’est une manière de détourner les règles juridiques de la calomnie et de l’insulte. Au final, on a un personnage fictif qui est Jean-Michel Hélas. A travers cette mécanique, il y a une protection juridique qui permet de ne pas être attaqué, du moins jusque-là. »
Une commande de Grégory Doucet ou des Écologistes ?
« C’est une initiative personnelle de la part d’un citoyen engagé. Je ne suis pas encarté dans un parti. Je l’ai fait sans aucune consultation, ni aucune demande de la part des partis, des groupes ou des organisations. Ce n’est absolument pas une mécanique de campagne officielle. »
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Saviez-vous que même Marine Tondelier reprend vos slogans ?
« Non, mais c’est fait pour. Je n’ai pas forcément de retour, d’ailleurs. Et tant mieux. En fait, ce qui est rigolo, c’est la force du collectif. Quand on maîtrise les codes de la communication, on sait quand un message fait mouche. On a une connaissance des mécanismes de création et de réception des messages, qui fait que l’humour est universel. Avec l’humour, on s’empare de sujets lourds et laborieux que sont les sujets politiques pour en proposer une vision joyeuse et colorée. L’humour est une arme formidable pour faire passer des idées. L’art, c’est un stock de munitions politiques et culturelles. »

Combien d’affiches ont été créées ? Vous êtes le seul colleur ?
« Il y en a plus de 300 ou 400, qui sont faits par des gens très différents. Mais les messages hargneux, violents, moqueurs, sont filtrés. Les messages des opposants aussi. Moi-même, j’ai dû imprimer et aller coller le dimanche soir 200 ou 300 affiches sur le 1er arrondissement seulement. Tout ce qui est ailleurs, c’est d’autres gens. Je ne sais pas combien il y en a dans l’espace public. S’il y a des affiches dans le 7e, c’est que quelqu’un a dû appuyer sur le bouton ‘’télécharger l’affiche’’, l’a imprimée puis collée. Au-delà des affiches, le slogan reste. J’ai vu sur le Quai du Dr. Gailleton (2e arrondissement), au niveau de l’arbre fleuri, ils avaient fait une grande banderole “Jean-Michel Hélas, s’en foot des pauvres”. »
