ZOOM. Le 17 octobre, à l’Auditorium de Lyon, aura lieu une projection du film Le Coup de Foudre de Clarence Badger, accompagnée à l’orgue par Gabriele Agrimonti. Un mariage entre la charismatique star Clara Bow et l’imposant instrument qui donne l’occasion de revenir sur le lien méconnu entre l’orgue et le cinéma.

Les tuyaux de l’orgue de l’Auditorium de Lyon datent de l’Exposition universelle de 1878. ©Nicolas Auproux

L’image glamour de l’actrice Clara Bow, première « it-girl » de l’histoire du cinéma muet avec ses grands yeux et ses cheveux bouclés, semble de prime abord très éloignée d’un instrument comme l’orgue. L’organiste italien Gabriele Agrimonti accompagnera pourtant en improvisation la projection du film Le Coup de Foudre à l’Auditorium de Lyon le 17 octobre, dans le cadre du Festival Lumière.

Souvent associé aux liturgies et aux messes, l’instrument brille dans les salles obscures depuis les débuts du cinéma muet. Entre orgue d’église et orgue de salle, il n’y a qu’un pas : « Quand on arrive à suivre un curé ou une chorale, on arrive à accompagner n’importe quel film ! » s’exclame Claire Delamarche, conservatrice de l’orgue de l’Auditorium de Lyon. Un exercice de jongle que maîtrise bien Gabriele Agrimonti, tantôt à la console de l’orgue de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome, tantôt concertiste dans toute l’Europe. Pour le jeune musicien, il n’y a « pas beaucoup de différences entre les deux, car c’est la même source musicale, ce qui change c’est le côté spirituel, dans les films on peut s’éclater tout en respectant l’image. »

« Rendre l’orgue sexy » 

Sorti en 1927, Le Coup de Foudre est une comédie romantique réalisée par Clarence Badger qui suit Betty Lou, une vendeuse qui fait tourner les têtes, surtout celle de son patron. Si mettre en musique le magnétisme de Clara Bow peut sembler être un challenge, il n’en est rien pour l’organiste italien. Bien qu’il reconnaisse que « l’orgue est un instrument qui fait peur, il est aussi capable de toucher, avec des sonorités très fines. Rendre sexy un orgue, c’est un travail très intéressant. » Pour ce faire, il ne suffit pas de savoir manier cette « sorte de piano à vent qui fait tout », comme le décrit Claire Delamarche.

Bien que le concert soit improvisé, il fait l’objet d’une préparation rigoureuse par Gabriele Agrimonti, qui explique sa méthode : « Je regarde toujours plusieurs fois le film, d’abord pour le comprendre comme le public, puis d’un point de vue plus technique pour déterminer une palette de couleurs qui va varier selon les genres. » S’il a un faible pour le film d’horreur, l’organiste apprécie la variété qu’offre l’exercice : « ce qui est beau, c’est de pouvoir varier les registres, musicalement c’est intéressant car les films nous imposent des choix que l’on ne prendrait pas normalement. » 

Une démocratisation de l’instrument

Le ciné-concert permet ainsi de montrer la polyvalence de l’instrument, mais aussi de s’ouvrir à un autre public, comme celui des tout-petits avec une lecture de contes accompagnée à l’orgue et un ciné-concert du dessin animé La Petite Taupe prévus en novembre prochain et en janvier 2027. Cette ambition est assumée par la conservatrice de l’orgue, qui s’en félicite : « les projections sont à la croisée de deux publics : celui des mélomanes et celui des cinéphiles, c’est ce qui fait pour nous la richesse de ces représentations, on a plus de monde qu’en récital. »

L’Auditorium de Lyon ne cesse d’augmenter le nombre de projections de la sorte depuis les années 2000, sous l’impulsion de David Robertson, directeur musical de l’époque. Claire Delamarche explique que cette tendance existe à l’international : « il y a de plus en plus de blockbusters qui sont montés par les studios sans musique, comme Interstellar ou Star Wars ». Des versions coûteuses qui expliquent en partie les prix élevés de certaines séances, affichés entre 29 et 69 € pour Interstellar en mai 2027. Pour garder son attractivité, l’orgue qui date de 1878 a été restauré en 2013 pour la somme de 240 000 € avant d’être doté d’une nouvelle console en 2025. Un relooking qui permet au vieil orgue de continuer à séduire, à la manière de la plus charmante des « it-girls »…

Retrouvez le samedi 17 octobre, dans le cadre du Festival Lumière, un ciné-concert dédié à Laurel & Hardy au Pathé Bellecour à 14h30 suivi du ciné-concert du film Le Coup de Foudre à 18h à l’Auditorium de Lyon. 

  • Pur produit du Sud, elle jongle entre couverture de l’actu culturelle et rattrapage assidu des 10 saisons des Marseillais. Aussi dévouée durant son stage à La Marseillaise qu’elle l’est à son bureau de la BU, elle est sans cesse en recherche de nouveaux scoops, son iPad à la main. Passionnée de Canva, elle vous tapera sur les doigts si la DA de l’Ecornifleur n’est pas à son goût !

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