CHRONIQUE. À l’occasion de la rétrospective consacrée à Ettore Scola pour la 18e édition du Festival Lumière, un journaliste de la rédaction de l’Écornifleur a décidé de découvrir sa filmographie en la comparant à celle d’un autre cinéaste italien, Sergio Leone.

Le père, joué par Marcello Mastroianni, en pleine discussion, visionnage de Quelle heure est-il (Ettore Scola). Photo: Clément Klessiek

Avant d’avoir ouvert la programmation, j’avais entendu le nom d’Ettore Scola une fois. Primé à Cannes en 1976 et en 1980, récompensé aux Césars à trois reprises, il est une grande figure du cinéma italien des années 1960 à 2000. Pourtant, il ne faisait pas partie de mon Letterboxd. En fouillant dans les listes des meilleurs films italiens sur SensCritique, Ettore Scola apparaît mais ses films restent discrets. Le haut de la liste est dominé par un autre, le maître du western et figure des années 1960 à 1980, Sergio Leone. Je me suis demandé : le maître du revolver est-il à la hauteur pour un duel contre le maître de la comédie italienne ?  

Me voilà plongé dans la filmographie d’Ettore Scola avec Affreux, sales et méchants (1976), Nous nous sommes tant aimés (1974) et Quelle heure est-il (1989) pour enchaîner sur Pour une poignée de dollars (1964), Et pour quelques dollars de plus (1965) et Le Bon, la Brute et le Truand (1966) de Sergio Leone. Pour le spécialiste des westerns, un proche m’a dit : « cette trilogie est mythique », j’ai alors décidé de me tourner vers la trilogie du dollar. Pour l’autre cinéaste, je voulais voir des incontournables et une de ses dernières réalisations moins citée. 

1er round : les personnages

Ce qui est saisissant à travers les films d’Ettore Scola, ce sont ses personnages attachants. Un exemple, Michele, joué par Massimo Troisi dans Quelle heure est-il, incarne un trentenaire qui passe l’après-midi avec son père, un avocat de renom. Lui a tout réussi, hormis comprendre son fils qui refuse la voie qu’il lui trace. Il aspire à plus simple. Je me suis pris d’affection pour Michele qui attend passivement face aux monologues de son père sur l’ambition et la réussite. Plus le film avance, plus la situation adopte des allures comiques, un père têtu et un fils apathique qui patiente le temps que ça finisse. 

De l’autre côté du ring, Sergio Leone et Clint Eastwood, qui interprète le « Manchot » dans Et pour quelques dollars de plus. Un chasseur de primes viril transpirant, n’ayant ni foi ni loi quand il s’agit d’abattre sa cible à coups de revolver. Il est charismatique et peu bavard. Son duel de tir sur chapeau avec son rival en est la preuve. Honnêtement, je n’ai pas accroché. Au bout des trente premières minutes du film, on saisit à qui on a affaire, un personnage qui aura le dernier tir et qui repartira avec le pactole. 

Verdict : je donne le point à Ettore Scola et ses personnages qui transpirent moins.  

2e round : le scénario 

Un point qui m’a frappé en finissant la trilogie, c’est une certaine répétition chez Sergio Leone. Il met en scène un tireur flairant le pactole. Entre traque et jeux d’alliances, il va retrouver le bandit pour le duel final. Ettore Scola, lui, va filmer des parcours de vie qui composent l’Italie de son époque sur une temporalité modulable allant d’une après-midi à des années. Sergio Leone joue sur les regards pour exprimer des émotions et minimise les conversations. Ettore Scola offre plus de dialogues avec des mots francs comme dans Affreux, sales et méchants, quand Giacinto Mazzatella  interprété par Nino Manfredi dit « la famille, c’est comme la merde, plus c’est proche  plus ça pue. » Ce qui les rapproche, c’est un tempo lent qui imprègne le hors-champ dans l’ambiance.  

Verdict : des scénarios allant du mythe à la trajectoire de vie avec un même rythme,  je donne un point aux deux.        

3e round : les décors 

Sillonnant la région du Latium en passant de Rome à la ville portuaire de Civitavecchia, Ettore Scola la présente sous différents angles. Avec son fidèle destrier, l’autre cinéaste nous emmène en Andalousie dans le désert de Tabernas pour montrer l’immensité de son lieu de tournage. Ce qui m’a interpellé, c’est l’enfermement présent dans Affreux, sales et méchants qui sort de l’écran. L’impression d’être coincé avec les personnages dans le bidonville avec de rares scènes à l’extérieur de celui-ci et Rome très souvent mise en arrière-plan. Ce ressenti d’être un oiseau en cage sert le message du film, des habitant.es qui vivent dans un espace marginalisé et exclu de la ville qui les rejette.

Verdict : pour cette dernière manche, même si le choix est difficile, je donne un point à Ettore Scola que je déclare vainqueur.

Où regarder les films ?

Vous pouvez visionner ces trois  films d’Ettore Scola sur la plateforme de la médiathèque numérique de Sciences Po Lyon en suivant ce lien.

Ou bien aller les voir durant le Festival Lumière sur les séances suivantes : 

  • Affreux, sales et méchants, à l’Institut Lumière (Hangar) à 11h30, le dimanche 11 octobre
  • Nous nous sommes tant aimés, à l’Institut Lumière (Villa) à 11 h ou 11 h 15, le lundi 12 octobre
  • Quelle heure est-il, à l’Institut Lumière (Villa) à 19 h 30 ou 19 h 45, le lundi 12 octobre

Pour la trilogie du dollar, deux de ces films sont disponibles sur Youtube et le troisième sur le site Odysee : 

  • Et pour quelques dollars de plus (lien)
  • Le Bon, la Brute et le Truand (lien)
  • Pour une poignée de dollars (lien)