ZOOM. Vendredi 16 octobre 2026, Joel et Ethan Coen recevront le prix Lumière à l’amphithéâtre du Centre de congrès de Lyon pour l’ensemble de leur carrière. Après avoir (re)visionné une partie de leur filmographie, l’Écornifleur dresse la liste de ce qui ressort de leur cinéma.  

Les deux frères génies de l’absurde ont réalisé la plupart de leurs films en duo. 30 avril 2016 ©Shelly Prevost

Joel et Ethan Coen signent leur premier film ensemble, Blood Simple, en 1984. Les récompenses suivent : Palme d’or à Cannes pour Barton Fink en 1991, Oscars pour Fargo puis No Country for Old Men. Pendant des décennies, les deux frères originaires du Minnesota ont tout réalisé à quatre mains, O’Brother, Burn After Reading et bien d’autres, avant de s’essayer chacun en solo. Et c’est peut-être cette écriture à deux qui leur permet de proposer des scénarios aussi fins, quel que soit le genre. 

Maîtres du décalage, les frères Coen trouvent le moyen de rire de tout à travers des histoires excentriques comme celle de The Big Lebowski, où toute l’intrigue repose sur une erreur d’identité.

Des ratés qui font du bien

Si vous avez passé une mauvaise journée et que vous vous sentez nul.les, regardez un film des frères Coen et vous vous sentirez tout de suite mieux. Ou en tout cas moins pire que les personnages que vous verrez à l’écran. Toujours fourrés dans des situations improbables et périlleuses, ils enchaînent les mauvaises décisions, au grand plaisir du public. Dans Fargo, Jerry Lundegaard, vendeur de voitures qui croule sous les dettes, organise le kidnapping de sa propre femme pour extorquer une rançon à son beau-père. Mais son plan, désespéré et mal ficelé, va l’entraîner dans une spirale de violence qu’il ne maîtrise plus. 

Des « pauvres types », des « losers », des « mecs fauchés » : leurs personnages sont grotesques et déroutants. Le Dude, avec son peignoir élimé et sa coupe loufoque dans The Big Lebowski, Linda Litzke qui ne pense qu’à la chirurgie esthétique pour plaire aux hommes dans Burn After Reading… Autant de personnages victimes de la société, qui essaient de tricher avec le système. Les frères Coen adorent les bons idiots un peu perdus, ces personnages qu’on méprise un peu, voire beaucoup, mais dans lesquels on peut, malheureusement, se retrouver.

Des interprètes qui reviennent 

Côté acteurs, les deux frères ont leurs petits chouchous. Frances McDormand apparaît ainsi dans huit de leurs films, incarnant avec brio chacun de ses rôles. 

Il faut dire que les témoignages de sympathie envers les deux réalisateurs ne manquent pas. « Je ne connais aucun acteur à qui les frères Coen viendraient dire : « Hé, j’ai un film pour toi si tu veux le faire », et qui répondrait « Non ». C’est la stricte vérité. », disait George Clooney au micro de Variety  en 2016 après avoir tourné dans quatre de leurs films. Chez les Coen, Clooney n’est jamais tout à fait le héros glamour auquel Hollywood nous a habitués : il devient un évadé vaniteux obsédé par sa coiffure, un avocat dépassé ou une star de cinéma terriblement maladroite. 

Des dialogues habilement travaillés 

« — L’Étranger : Il y a juste une chose, Duc.

— Le Duc : Qu’est-ce qu’il y a ?

— L’Étranger : T’es obligé d’employer autant de jurons ?

— Le Duc : De quoi tu parles, bordel ?

— L’Étranger : D’accord, Duc. Fais comme tu le sens. Reste cool, Duc. »

The Big Lebowski

Subtilement maladroits et complètement décalés, leurs dialogues, eux aussi, sont iconiques. Les personnages ne sont jamais sur la même longueur d’onde et ça en est risible. Certains ont un vocabulaire limité : dans The Big Lebowski, par exemple, le mot « fuck » et ses variations reviennent plus de 250 fois. D’autres sont plutôt très mutiques, comme Gaear Grimsrud dans Fargo. 

Les dialogues sont si réussis que des années après le tournage, l’acteur principal de The Big Lebowski, Jeff Bridges, raconte : « Je ne regarde pas beaucoup mes propres films à la télévision, mais dès que je zappe et que je tombe sur Lebowski, je me dis « Oh, je vais juste regarder quelques scènes » et je me fais aspirer, parce que les répliques sont tellement drôles. » 

Une esthétique soignée 

Côté image, rien n’est laissé au hasard chez les frères Coen. Dans Fargo, le blanc immaculé de la neige, les ciels gris et les routes désertes composent un décor glacial, où les personnages semblent perdus au milieu de nulle part. Une esthétique épurée, presque austère, qui contraste avec la violence absurde de l’intrigue. Derrière cette apparente simplicité se cache un travail minutieux sur les cadrages et la lumière, auquel leur fidèle chef opérateur Roger Deakins a contribué sur de nombreux films. Car chez les Coen, l’image ne fait pas qu’habiller l’histoire : elle en prolonge l’étrangeté.

Vendredi soir, à Lyon, ce sont donc deux fins observateurs de l’échec qui seront célébrés pour leur réussite. De quoi rire un bon coup.