Beauregard s’est faite une place de choix sur la scène du drag lyonnais. Ses multiples identités, ses expériences et sa liberté font la pluralité de son art.

« Ça commence bien. » Brandon Scerri-Stapley entre dans le café vêtu d’un pull en laine floqué « Hors-Piste ». Déjà, l’alarme incendie retentit. D’habitude, c’est maquillé, perruqué, partiellement dénudé ou complètement pailleté que l’artiste drag met le feu à la scène. Celui que l’on connaît sous le nom de Beauregard raconte : « J’ai eu un gig comme ça, à Paris. L’alarme s’est déclenchée pendant que je performais. »
Un gig, c’est une prestation. Pour lui, le passage du français à l’anglais est un jeu d’enfant : « Ma mère est britannique. » À 25 ans, Brandon n’a jamais cherché à obtenir la double-nationalité : « L’Angleterre c’est très conservative… Conservateur ? » Il s’est bien établi à Lyon, à la Confluence, en presqu’île.
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Brandon est assigné complètement-il à sa naissance, à Grenoble. Aujourd’hui, il navigue sur le spectre du genre : « Moi, c’est très simple. C’est il, elle ou iel. Je m’en moque un petit peu, mais je n’aimerais pas dire aux gens “appelez-moi juste il”. »
À 4 ans, il déménage en bord de Manche : « J’avais 4 ans quand on a déménagé en Normandie, pour faire l’entre-deux. » Ces années seront le théâtre d’un drame en deux actes : « J’ai perdu ma mère quand j’avais 9 ans, et mon père, j’en avais 16. » Tout de suite, il tempère : « C’est mon enfance, c’est tout. Je ne vais pas dire que c’était horrible. C’était moi mineur. Donc moi majeur, fallait que je me casse. » De ces années, il garde des « bons souvenirs » et un nom d’artiste : « Mes potes du lycée m’avaient emmené au festival Beauregard. On avait mis un peu de paillettes et une perruque. Ce n’était pas du drag, juste un déguisement. »
« Le drag, ce ne sont pas que des collants pour cacher des poils »
Le bilingue s’imagine professeur de français en Angleterre : « Ça m’a vite refroidi quand j’ai vu que les universités coûtaient 12 000 balles à l’année ! » Diplômé d’un bac littéraire, il retourne à Grenoble, pour étudier les sciences du langage : « J’ai raté ma première année. J’ai redoublé et le covid est arrivé. Ça m’a vite saoulé. »
Entre temps, il découvre le drag « grâce ou à cause » de la télé-réalité RuPaul’s Drag Race : « À l’époque, je me dis “un concours de tapettes à la télé ? C’est génial !” » Il performe pour la première fois dans sa ville natale, lors d’une scène ouverte. Puis, Beauregard se spécialise dans l’organisation et l’animation de soirée : « Je ne sais pas forcément danser mieux que les autres. Je ne sais pas chanter. Je suis plus une comedy queen mais j’essaie de ne pas avoir un label. »
Son art déjoue les codes, évoluant entre queen, king et queer : « Le drag, ce ne sont pas que des collants pour cacher des poils. Pour que mes jambes soient belles, je ne mets pas de collants, sinon, on ne voit pas mes muscles. » Elle regrette : « Maintenant si tu n’es pas belle comme chez RuPaul tu n’es pas une drag queen. Il a créé un stéréotype. » Barbu quand ça lui plaît, le poil du pinceau reste sa spécialité : « Pendant le confinement, j’ai trouvé une école à Lyon qui proposait une formation en maquillage. »
Beauregard, une référence régionale
Tout juste diplômé, le drag devient son métier : « On me proposait des gigs défrayés par un ticket de métro pour faire maquilleur en théâtre, alors que le même soir, je pouvais être payé un cachet en tant que drag. »
En quelques années, l’artiste est devenue une référence : « Beauregard c’est le plus beau sourire de France », assure Miss Andrie sur Instagram. En mai 2023, la drag lyonnaise a lancé son propre concours, Drag Factor : « Je suis rentrée dans une era où je mets beaucoup les autres en avant. » À titre personnel, elle n’exclut pas de participer à Drag Race France : « C’est surtout pour la tournée. Je sais très bien que je ne vais pas gagner. » Brandon a tout à gagner à la visibilité : « À Grenoble, la personne avec qui je fais des events m’appelle Brendon et ma prof d’art plastique m’appelait Bryan. » Beauregard, elle, est déjà parvenue à se faire un nom : « Quand je suis arrivée dans le drag, tout le monde m’appelait Beau. »
