ZOOM. Le Festival Lumière a débuté samedi 10 octobre avec, comme à son habitude, une grande sélection de films classiques. Mais si les regards se tournent cette année vers les frères Coen, c’est tout un genre cinématographique qui peine à exister dans les salles du festival lyonnais et dans celles de la majorité des festivals internationaux. L’Écornifleur a braqué les projecteurs sur le court métrage, le grand oublié des festivals.

Une personne se saisit du programme du Festival Lumière devant le cinéma Lumière Bellecour. Photo Clément Bonnefis

Sur son site internet, le Festival Lumière se présente comme un « rendez-vous mondial dédié au cinéma classique». Pourtant, lorsque l’on jette un œil à la programmation de cette année, pas besoin d’être cinéphile pour comprendre que l’immense majorité des films proposés sont des longs métrages. Sur les 163 films projetés, sept sont officiellement présentés comme des courts métrages, auxquels il faut ajouter neuf autres œuvres selon le règlement du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) disant que tout film de moins de 59 minutes est un court métrage. Cela fait donc un total de seize œuvres réparties sur dix séances, contre 389 séances dédiées aux longs métrages, soit seulement 2,5 % des séances du festival.

Or, depuis le premier long métrage français sorti en 1907, L’Enfant prodigue de Michel Carré, le court métrage et le cinéma ne font qu’un.

« Le court et le long sont deux galaxies qui se touchent à peine »

« Le rôle principal d’un festival, c’est de révéler les talents au public », déclare Arnaud Mizzon, réalisateur de courts métrages et directeur du « court » au Biarritz Film Festival Nouvelles Vagues. Pour le cinéaste, le court est « la pépinière de demain », là où se concentrent tous les talents. Il explique que, dans le milieu du long métrage, le court n’est pas vu comme un « sous-genre », mais comme quelque chose de fondamentalement différent : « Le court et le long sont deux galaxies qui se touchent à peine », résume-t-il.

La marginalisation du court métrage est une problématique constante des grands festivals internationaux. Lors de l’édition 2026 du Festival de Cannes, seulement dix films de moins de quinze minutes, conformément au règlement du festival, ont été retenus pour se disputer la « Palme d’or du court », prix remis indépendamment des autres récompenses du festival. À la Mostra de Venise, le court est écarté, avec un festival à part se déroulant sur deux jours, le Premio Orizzonti, dont le jury est différent de celui des longs métrages.

Difficile donc pour un festival d’inclure abondamment des courts métrages dans sa programmation et d’attirer du public sur un seul court sans faire de séances spéciales, comme c’est le cas au Festival Lumière, qui organisait ce dimanche un ciné-concert Chaplin regroupant trois courts métrages.

« Je ne sais pas pourquoi Lumière prend cette décision »

Concernant la mise au second plan des courts métrages au sein du Festival Lumière, Arnaud Mizzon, également fondateur du festival de court métrage Filmoramax, assure : « Je ne sais pas pourquoi Lumière prend cette décision. »

Il précise tout de même que le festival a sûrement de bonnes raisons, étant donné que Nouvelles Vagues prend des risques à valoriser le court. Le parti pris du festival de Biarritz a été d’inclure les courts métrages sélectionnés en première partie des longs métrages, et le résultat est sans appel. « Mettre des courts avant des longs, ça fait tout », insiste-t-il. Le public est comblé, et les moins jeunes se remémorent les séances de cinéma jusque dans les années 90, où de petits courts métrages étaient diffusés avant les films.

Il ne faut pas oublier non plus les festivals entièrement dédiés au court métrage, comme le célèbre Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, qui a revu ses chiffres à la hausse en 2026 après une édition 2025 marquée par le record d’affluence du festival avec 173 000 entrées.

  • Clément Bonnefis

    Passionné de sport depuis l'enfance, il rejoint SciencesPo Lyon et son BDS et naît alors son envie de combiner sport et défense des valeurs qui lui tiennent à cœur. Il se voit devenir journaliste sportif, sans mettre de côté sa curiosité et sa soif de découverte, bien souvent hors des sentiers battus.

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