DÉCRYPTAGE. À Lyon, chaque automne, se tient un marché de films que l’on croyait disparus. Niché au cœur du Festival Lumière, le Marché international du film classique (MIFC) met en relation ceux qui font renaître les vieux films, de la restauration à la sortie en salle. Plongée dans une sous-industrie méconnue qui décide de ce que l’on reverra demain sur grand écran.

Professionnels du cinéma de patrimoine lors d’une édition du Marché international du film classique, à Lyon. © Sandrine Thesillat / Jean-Luc Mège Photographies

 

En 1962, Louis Malle réunit Brigitte Bardot et Marcello Mastroianni dans Vie privée, un drame sur l’ascension d’une jeune femme de la bourgeoisie genevoise devenue star de cinéma, traquée par les paparazzis jusqu’à la mort.

À sa sortie, le film attire 1,9 million de spectateur.ices, loin derrière La Guerre des boutons ou West Side Story, les grands succès de l’année. Un résultat sans éclat pour une actrice à son apogée. Il s’efface ensuite doucement des mémoires, ne refaisant surface qu’à l’occasion de quelques passages télé et d’une cassette VHS. En 2007, la Warner l’édite brièvement en DVD, puis stoppe la production. Il disparaît alors de la circulation.

Il y a quelques années, il réapparaît pourtant en salles. Restauré en 4K au laboratoire Éclair Classics, avec le soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), le film ressort en 2023, distribué par Malavida. C’est au MIFC, selon Gaumont, que les droits ont été débloqués et les partenaires réunis. Un film mort commercialement redevient un actif économique, et part chercher un nouveau public.

Un marché pas comme les autres

Créé en 2013 par le Festival Lumière, le MIFC se présente comme le seul marché au monde consacré au film de patrimoine. Il réunit cet octobre 663 accrédité.es venu.es de 37 pays.

Ressortir un film vieux de 60 ans suppose d’aligner des métiers qui ne se croisent jamais : ayants droit, distributeur.ices, fondations, cinémathèques, plateformes, laboratoires, studios, etc. Tous sont invités au MIFC. « Vous avez une représentation de tout l’écosystème, parce que celui du cinéma de patrimoine est large : il va de la salle de cinéma jusqu’à la diffusion sur les plateformes », explique Gérald Duchaussoy, co-directeur du MIFC et responsable de la section Cannes Classics au Festival de Cannes.

Et les rendez-vous se prennent avant même l’ouverture ! Quelques jours plus tôt, Shivendra Singh Dungarpur, qui dirige la Film Heritage Foundation indienne, confiait aux organisateurs que des professionnel.les qu’il n’avait jamais croisés voulaient déjà le rencontrer.

Le cinéma de patrimoine n’est bien sûr pas une exception lyonnaise : Bologne a Il Cinema Ritrovato, Cannes sa sélection « Classics ». On y fait des affaires entre deux projections. « À Cannes Classics, c’est une sélection avec une programmation, donc il y a un aspect beaucoup plus vitrine », explique Gérald Duchaussoy. Le MIFC, lui, est le seul espace où le commerce est le moyen assumé de faire circuler les films : Pathé, Gaumont ou Studiocanal y déroulent leurs catalogues devant les acheteur.euses, des porteur.euses de projets viennent pitcher des restaurations à financer, et des rendez-vous individuels les mettent face aux professionnel.les en quête d’opportunités.

Autre ingrédient : quatre jours durant, tout se passe sous un même toit. Cafés, cocktails et déjeuners sont compris dans l’accréditation. « Le but, c’était de créer un lieu où les professionnels puissent se rencontrer, créer du lien, et après que ça débouche sur des affaires, et sur la circulation des films », résume-t-il.

Longtemps voisins mais séparés, le marché et le festival se retrouvent cette année dans un même village, au Grand Hôtel-Dieu. Un vieux rêve de Thierry Frémaux, qui dirige l’Institut Lumière. Les deux entités se répondent déjà : la Grèce est à l’honneur au marché… pendant que huit de ses films restaurés passent au festival.

Renaître a un coût

Restaurer un film n’est pas gratuit : « 80 000 € ou plus », selon le CNC. Une fois remis à neuf, il peut repartir en salles, rejoindre une plateforme ou passer à la télévision. « Le coût d’une restauration peut être amorti uniquement avec une diffusion télé », détaille Gérald Duchaussoy.

Reste que le marché ne sauve pas tout. « Il y a des films plus difficiles à vendre, parce que ce sont des films qui ont disparu d’une certaine histoire du cinéma. Tous les films ne sont pas Shining de Stanley Kubrick », reconnaît-il.

Chaque année, pourtant, des films que l’on croyait perdus retrouvent une salle et un public. Et le secteur mise sur les jeunes, assure le responsable du MIFC : « Il y a un intérêt pour la jeunesse qui est extrêmement fort. Beaucoup de professionnels partent à la rencontre des jeunes, parce qu’il faut prêcher pour que les films continuent à vivre. C’est capital. »

  • Elian Paloc

    De Paris à la province, et bientôt peut-être à Londres ou New York, il ne semble pas près de poser ses valises. À 14 ans déjà, il écrivait pour des journaux étudiants. Depuis, il n’a pas vraiment lâché le stylo, et quand il le repose c’est pour prendre sa guitare, de quoi préparer bientôt la sortie d’un album.

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