À une semaine des municipales, les petites mains s’activent dans l’ombre de la campagne. Parmi elles, Noah Loisy, ex co-référent des Jeunes Écologistes à Lyon, jongle entre éloignement géographique, situation professionnelle et actions de terrain pour porter la voix des candidats de l’union de la gauche.

Noah Loisy, à droite, lors du forum national des jeunes écologistes en novembre 2024, avec des membres de la délégation Rhône-Alpes. © instagram @lesecologisteslyon

À deux semaines des élections, croyez-vous à la victoire de Doucet à Lyon ?

« Les derniers sondages ne sont pas favorables à notre camp. Cela dit, je reste motivé. D’abord, je pense qu’il ne faut pas être défaitiste uniquement à cause des sondages. Ensuite, le débat qui a eu lieu la semaine dernière sur BFM a peut-être changé l’image que les gens avaient du candidat favori, Jean-Michel Aulas, qui n’a pas été convaincant. J’espère que la dynamique va revenir vers notre camp. »

Quelle est votre implication dans ces municipales ?

« Au premier semestre, j’étais en mobilité à Strasbourg. Je n’ai donc recommencé les actions de campagne que le week-end dernier : un tractage dimanche, organisé par l’équipe de campagne du 4ᵉ arrondissement à la Croix-Rousse. L’année dernière, j’étais co-référent des Jeunes Écologistes au niveau lyonnais. J’ai donc participé à la préparation de la campagne. Nous avons formé des militants sur le fonctionnement des municipales, fait un travail programmatique pour proposer des mesures à intégrer au programme avec l’objectif de faire entendre la voix des jeunes. Ce qui n’a pas toujours été facile. » 

C’est-à-dire ?

« Les Jeunes Écologistes sont une organisation indépendante, attachée à faire valoir les intérêts de la jeunesse. Il y a parfois eu des déceptions quant à l’écart entre nos propositions initiales et la réalité des arbitrages finaux. Il faut aussi reconnaître que nous manquons parfois de profils disponibles à proposer, ce qui limitait notre poids dans les négociations. » 

Est-ce votre première campagne ?

« L’année dernière, nous avons profité d’un forum des jeunes écologistes à Grenoble, pour aider la campagne de Lyes Louffok, lors des législatives partielles. J’avais fait un tractage et du porte-à-porte. J’ai aussi participé, à distance, à la campagne législative de 2024 pour le candidat écologiste, Maxime Meyer (Ain), en contribuant à de la communication en ligne. » 

Êtes-vous en contact direct avec les candidats ?

« Avec Gaël Membré, candidate dans le 9e, puisque nous avons travaillé ensemble pendant un an en tant que co-référent et que nous sommes amis. Concernant Grégory Doucet, nous avions organisé un échange avec les Jeunes Écologistes en avril 2025. Dimanche dernier, j’ai croisé Yasmine Bouagga, tête de liste du 1er. J’ai aperçu Renaud Payre sur le marché. » 

Et Grégory Doucet, comment est-il avec les petites mains ?

« J’ai le souvenir que nous avons dû insister pour obtenir des réponses précises à nos questions. Il avait une manière de parler très politique, ce qui nous a un peu surpris. Il parle beaucoup. Il est difficile de l’interrompre, ce qui rend l’échange parfois compliqué. Cela dit, sur le fond, nous sommes d’accord avec environ 90 % de ses positions, ce qui explique que nous fassions campagne pour lui, malgré quelques désaccords entre les Jeunes Écologistes et le parti. » 

Pourquoi militer chez les Jeunes Écologistes et chez les écologistes en général ?

« Mon engagement remonte à l’adolescence. Au départ, il était surtout centré sur les questions environnementales et les enjeux liés à la crise climatique. J’ai ressenti le besoin d’agir, non seulement dans ma vie quotidienne, en limitant mon impact écologique, par exemple (en mangeant moins de viande ou en réduisant certains achats). Mais aussi collectivement, car c’est une question systémique. Ce combat s’est élargi à d’autres enjeux : le féminisme, l’antiracisme, l’anticapitalisme, l’antifascisme. Je suis aussi attaché à la démocratie interne que nous avons dans nos organisations. Les jeunes sont parfois un peu plus en avance sur certaines questions. » 

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Avez-vous eu l’opportunité d’avoir une place sur une liste municipale à Lyon ?

« C’était compliqué pour moi, car je n’étais pas certain de rester à Lyon. Et aujourd’hui encore, je ne suis présent qu’à moitié. C’est d’ailleurs un problème fréquent chez les jeunes : nous sommes une catégorie assez mobile. S’engager sur une liste implique de rester six ou sept ans dans la même commune, ce qui peut être difficile. Il y avait eu un appel à candidatures pour les métropolitaines, auquel j’ai répondu via un formulaire, mais sans suivre le processus non plus. »

Pourquoi militez-vous malgré tout, sans briguer de poste ?

« Je milite avant tout pour le programme et les idées portées par la liste, même si les personnes comptent. Le programme mené à Lyon ces six dernières années va dans la bonne direction, comme la politique de transports par la Métropole. Il reste évidemment des problèmes, la question de l’hébergement d’urgence a suscité des tensions, y compris à gauche. Par contraste, je suis opposé au programme proposé à droite. Je ne serais pas à l’aise avec le projet porté par Jean-Michel Aulas, comme son idée de tunnel de huit kilomètres sous la ville sans garanties de financement réalistes. » 

Pourquoi avoir choisi l’engagement partisan plutôt qu’associatif ?

« J’ai assisté une fois à une réunion d’Extinction Rebellion à Lyon, mais cela ne me correspondait pas vraiment. Le levier politique est central : c’est aussi par les élections que les choses se jouent. Certains souhaitent que nous devenions uniquement une association de formation politique ; je ne suis pas d’accord. Il est important de garder une dimension électorale, tout en développant des liens avec le tissu associatif et des actions plus sociales. » 

Un futur mandat électif ?

« Mon projet professionnel est plutôt de travailler auprès d’élus, comme collaborateur. C’est d’ailleurs le cadre de mon stage actuel. J’essaie de garder l’idée que la politique ne devrait pas être un métier et je ne suis pas sûr de me sentir légitime à demander un poste électif. Le rôle de collaborateur me correspond davantage : il permet d’apporter des compétences techniques à une équipe municipale qui n’est pas composée uniquement de professionnels de la politique. Je reste ouvert. »

REPÈRES : Noah Loisy est membre du mouvement des jeunes écologistes depuis trois ans. Sa première manifestation remonte au lycée, à Roanne, dans le cadre des « Vendredis pour le climat ». Engagé pour la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique, son spectre s’est élargi à d’autres combats, dans une perspective intersectionnelle. À son retour de mobilité en septembre 2024, il a été élu co-référent à l’antenne de Lyon, même si son stage dans le cabinet de la sénatrice Mélanie Vogel l’a éloigné du mouvement temporairement.

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  • Emilien Scano

    Des confins du beaujolais à l’avenue Berthelot, Emilien est un pur lyonnais. D’ailleurs, en semaine, il est correspondant local pour Le Progrès, où il s’entraîne pour son grand rêve : devenir le nouveau Romain Molina. Les week-ends, il ne quitte pas les travées du Groupama Stadium : il lui est même arrivé de se glisser dans la loge du capitaine de l’OL, dont il prétend toujours être le cousin…