L’analyse des profils des 58 maires élus en 2026 dans la Métropole de Lyon révèle une standardisation sociologique par rapport à 2020. Malgré un nouveau cadre législatif contraignant les listes à présenter autant de femmes que d’hommes, les résultats montrent une concentration du pouvoir entre les mains des cadres, un recul de la part des femmes et une éviction des plus jeunes.

« Homme blanc, cinquantenaire, bien inséré… Je suis en plein dans les clichés ! », s’amuse Cédric Van Styvendael. Le maire de Villeurbanne, étiqueté Parti Socialiste (PS), a été réélu avec 42,6 % des suffrages exprimés le 22 mars dernier. À 52 ans, il incarne parfaitement le profil type du maire qui domine l’agglomération lyonnaise. Et pour cause : l’évolution des données entre 2020 et 2026 souligne que, loin de s’ouvrir à la diversité, le profil des maires élus se resserre autour de critères sociaux et professionnels de plus en plus restreints.

Une parité de liste qui bute sur le fauteuil de maire

Depuis la loi du 21 mai 2025, la parité est une obligation pour la constitution des listes électorales dans toutes les communes de France. Si cette règle garantit une égalité numérique au sein des conseils municipaux, elle ne s’applique pas à l’élection du maire. Résultat : en 2026, la part des femmes élues maires dans la Métropole de Lyon chute à 24 %, alors qu’elle était de 32 % lors des précédentes élections, en 2020.

Cédric Van Styvendael décrit l’insertion des femmes en politique comme « un travail de longue haleine ». Bien qu’il affirme avoir formulé – auprès du PS – une exigence de représentativité pour sa propre liste, il l’admet : « ce n’est pas encore suffisant ». Villeurbanne n’a d’ailleurs toujours pas élu de femme à sa tête. Ce plafond de verre illustre la limite du cadre légal actuel : la parité des listes a été atteinte. Pas celle des postes clefs.

Arlette Baillot, maire de Collonges-au-Mont-d’Or, est l’une des 14 femmes maires de la Métropole, et l’une des 16 représentantes de la tranche des plus de 60 ans. Pour elle, « les femmes se sentent souvent moins légitimes ». L’élue de 66 ans considère que le fauteuil de maire impose une omniprésence qui entre en collision frontale avec la gestion de la vie privée de la plupart des femmes.

👁 L’œil de la Maire
Arlette Baillot
Maire de Collonges-au-Mont-d’Or
« Les femmes ont beaucoup d’occupations et moins de temps à consacrer au poste de maire. C’est un choix de vie d’exercer ce mandat, qui est quand même chronophage. On peut vous appeler nuit et jour, vous demander de gérer cinq à six dossiers urgents en une journée… Toutes n’ont pas envie de faire ce sacrifice-là. »

Arlette Baillot, maire de Collonges-au-Mont-d’Or. © Bernard Tassard (auteur extérieur)

Technocratisation : le monopole des 40 – 60 ans sur l’exécutif

Le second enseignement concerne la profession des maires. Près d’un sur deux dans la Métropole exerce désormais une activité de cadre ou profession intellectuelle supérieure (47 %, contre 42 % en 2020). À l’inverse, la faible représentation des agriculteurs (2 % en 2020) disparaît complètement en 2026, rejoignant celle des ouvriers, dont le compteur reste bloqué à zéro. La part des maires artisans et commerçants chute également de moitié, passant de 10 % à 5 %.

👁 L’œil du Maire
Cédric Van Styvendael
Maire de Villeurbanne
« Il y a un vrai risque de technocratisation, qui renvoie directement aux appareils des partis. Ces derniers s’apparentent plus à des écuries qu’à des lieux d’engagement militant ; je m’en désole, même au sein de mon propre parti. Un parti est désormais un appareil qui vise à faire de la sélection interne de compétences. »

Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne. © Etienne Maury (auteur extérieur)

Ce processus de sélection par compétence s’accompagne d’une disparition progressive des extrêmes d’âge. Si 55 % des maires de la Métropole avaient entre 40 et 60 ans en 2020, leur proportion a augmenté de près de 10 points, atteignant 64 % en 2026. À l’inverse, la part des maires de moins de 40 ans s’érode (de 14 % à 9 %), et celle des 60 ans et plus recule tout autant (de 32 % à 27 %). « On peut craindre que la politique devienne un métier après 20 ou 25 ans à avoir gravi les échelons », analyse Cédric Van Styvendael.

L’édile estime qu’avoir de l’expérience n’est pas « insensé » pour gérer une commune, mais appelle à un juste équilibre. Pour lui, si « être à la retraite pour faire de la politique, n’est pas inintéressant » au regard du temps et de l’expérience disponibles, la composition d’une liste doit être mise en balance avec la réalité du terrain. Dans une ville comme Villeurbanne, où 46 % de la population a moins de 30 ans, Cédric Van Styvendael insiste : les élus doivent aussi représenter « par le vécu » les enjeux de leurs administrés.

Jules Guillemot, nouveau maire de Saint-Genis-Laval, est le plus jeune maire de la Métropole. Élu à 27 ans sans obtenir le soutien des partis, il a dû affronter le préjugé liant jeunesse et incompétence. S’il concède, que le « réseau politique » est un prérequis indispensable pour arriver aux responsabilités, il a dû redoubler d’efforts pour asseoir sa propre légitimité.

👁 L’œil du Maire
Jules Guillemot
Maire de Saint-Genis-Laval
« L’âge est un frein : qui dit jeune dit “soi-disant” peu d’expérience. C’est une image simpliste. Pour dépasser ce cadre, il a fallu intégrer des colistiers plus expérimentés pour rassurer et acquérir cette légitimité. Mais au final, les gens se disent surtout que ça fait du bien d’avoir une tête de liste jeune. »

Jules Guillemot, maire de Saint-Genis-Laval. © Albin Bonnard (auteur extérieur)

Pour Arlette Baillot aussi, « ce n’est pas tant l’âge qui compte, mais le fait d’avoir déjà exercé des mandats locaux ». Pour elle, ce cursus obligatoire peut expliquer l’effacement des seniors : « Ceux qui arrivent à la retraite aujourd’hui veulent peut-être plus profiter de la vie que d’avoir des contraintes ».


Méthodologie : Comment ces données ont-elles été construites ?

L’ensemble des données de cette enquête provient du portail open data data.gouv.fr, consultées le 23 avril 2026.

  • Pour le scrutin de 2020 : Les données sont issues du jeu « Maires de la métropole de Lyon – Mandature 2020-2026 ». Ce fichier recensant les édiles en poste juste avant le scrutin de 2026, il incluait des maires ayant remplacé un élu en cours de mandat. Afin d’étudier spécifiquement le profil des maires initialement élus par les citoyens, j’ai identifié manuellement chaque maire remplacé pour retrouver son profil sociologique (genre, âge, PCS) d’origine.
  • Pour le scrutin de 2026 : Les données ont été extraites du Répertoire National des Élus (RNE) le jour de sa publication officielle. Un filtre a été appliqué pour isoler les communes appartenant au territoire de la Métropole de Lyon.

L’analyse comparative de ces deux bases a permis d’établir les évolutions de genre, de catégories socioprofessionnelles et de classes d’âge présentées dans les graphiques de cet article.