Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Lyon en solidarité avec les victimes de harcèlement sexuel et de harcèlement de rue suite aux nombreux témoignages publiés sur les réseaux sociaux ces dernières semaines avec le hashtag #MeToo. Une majorité de femmes était présente mais de nombreux hommes ont pris part à ce rassemblement mixte organisé par le collectif « MeToo dans la vraie vie ».

« Qui a déjà été harcelée dans la rue ? » Place Bellecour, une soixantaine de mains se lèvent d’un seul geste. Tous partagent leur expérience du harcèlement de rue. Ils sont plus de deux cents à avoir répondu à l’appel de la journaliste Carol Galand pour rendre les hashtags #metoo et #balancetonporc visibles dans la réalité.

Ces deux hashtags sont devenus le cri de ralliement des femmes qui brisent le silence sur le harcèlement dont elles ont été victimes. Les témoignages se multiplient depuis le début du mois d’octobre suivant les révélations autour du producteur hollywoodien, Harvey Weinstein, accusé de harcèlement sexuel et de viol par plusieurs actrices.

A Lyon, une quinzaine de bénévoles a investi le sud de la plus célèbre place de la ville pour y installer quatre chapiteaux blancs. Des barrières grises délimitent aussi la zone d’accès au rassemblement.

A quatorze heures passées, une cinquantaine de visiteurs attendent déjà l’ouverture de l’espace sous un panneau en carton barré de l’inscription « accueil ». De nombreux journalistes ont fait le déplacement et commencent à interviewer bénévoles et participants.

Sous un ciel gris menaçant, les bénévoles ouvrent finalement l’espace MeToo. Ils sont venus échanger autour de ce sujet qui occupe la une de l’actualité médiatique depuis deux mois.

Les visiteurs ont pu découvrir des affiches présentant les chiffres-clés du harcèlement sexuel et du harcèlement de rue en France, collées sur les sorties de la station de métro Bellecour. Un panneau scande : « 100% des utilisatrices des transports en commun en France ont été victimes au moins une fois de harcèlement ou d’agression ».

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A l’entrée de l’espace #metoo, des chiffres glaçants sur le harcèlement

De l’autre côté des barrières, Clémentine Ledieu observe le rassemblement d’un œil curieux. « Les hommes ont un grand rôle à jouer. Les femmes sont victimes de harcèlement de rue mais les hommes souffrent aussi des clichés qu’on peut leur imposer traditionnellement comme la virilité » explique la jeune femme au bras de son copain qu’elle est venue rejoindre depuis Roubaix.

A quelques mètres de la foule, Alaa Zeidan, vêtu d’une veste bleue et de lunettes carrées, vient d’entrer dans l’espace MeToo. « Je suis venu témoigner mon soutien à toutes les victimes de harcèlement. J’ai moi aussi été harcelé quand j’étais au lycée ou à la fac » explique le jeune homme d’une voix pressée.

Cependant, d’autres participants appellent à la prudence. Il ne faut pas que les hommes captent la parole qui doit revenir aux victimes. Le débat a été relancé par Le Parisien qui dédiait sa une du 25 octobre à 16 personnalités masculines s’engageant contre le harcèlement.

« C’est aux femmes de parler du harcèlement, les hommes peuvent faire en sorte qu’elles se sentent en capacité de parler » met en garde Roland Jacquet, élu expérimenté du troisième arrondissement lyonnais et en charge de la délégation aux droits, à l’égalité et la lutte contre les discriminations.

Sur le panneau d’expression, un visiteur a écrit : « ne pas rire aux blagues salaces ». « Les hommes doivent prendre conscience de cela, et réagir quand ils sont témoins de scènes de harcèlement de rue » explique Manon, qui est venue au rassemblement avec un ami. Celui-ci se tient en retrait et refuse catégoriquement de participer à l’échange.

En plus du chapiteau dédié à l’accueil des visiteurs et celui occupé par les associations, deux autres, barrés de l’inscription « safe zone », sont placés près de la station de métro Bellecour. Ces tentes sont dédiées aux victimes de harcèlement sexuel ou de harcèlement de rue. Elles peuvent échanger avec des professionnels de l’écoute. « Elles » et non « ils » car ces deux tentes représentent le seul espace non-mixte du rassemblement.

La non-mixité générale a été abordée en amont par le collectif MeToo lyonnais. Ses membres ont décidé d’y renoncer. « Je pensais que le non-mixte allait rebuter les gens. Nous avons fait cette zone pour les personnes qui veulent parler. On ne veut pas imposer une mixité qui ferait que certaines personnes n’aient pas envie de témoigner » justifie une bénévole.

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Sous les tentes blanches, la safe zone de l’espace #metoo

Mais Alaa Zeidan regrette de n’avoir pas pu bénéficier de la « safe zone » : « c’est très bien de faire une zone d’expression mais j’aurai aimé que ce soit pour tout le monde, pour les hommes et pour les femmes ». La non-mixité dans des événements associatifs a beaucoup fait débat en mai dernier quand le collectif Mwasi voulait organiser trois espaces non-mixtes pour le festival « afroféministe » Nyansapo à Paris.

Umar, membre du collectif Déraciné.e.s explique l’intérêt de cet espace spécifique d’expression. « La non-mixité a été utilisée contre le racisme et dans les luttes LGBT. Il faut la voir comme un moyen de trouver un lieu où discuter et s’organiser avant de retomber dans un espace non-mixte » explique le jeune homme qui se protège du froid avec un keffieh.

Si le sujet de la non-mixité est polémique, la safe zone du rassemblement MeToo fait consensus. « La non-mixité a du sens ici : il s’agit de parler de situation où les femmes se retrouvent en infériorité pour des raisons de genre » explique Paul Jean. Le jeune homme, coiffé d’une crête brune, observe les deux chapiteaux d’un œil intrigué.

Au-delà de ces solutions, la sensibilisation était le mot d’ordre des organisateurs. L’opération semble réussie : près du mur d’expression, un couple a amené ses trois enfants. Accroupis, ils dessinent ensemble des cœurs en hommage aux victimes du harcèlement de rue.

Sami SADIK