Christine Frasile, en situation de handicap, a dû attendre 2019 pour avoir le droit de voter. À 54 ans, alors qu’elle n’a glissé un bulletin dans l’urne que deux fois au cours de sa vie adulte, elle entend bien réitérer dimanche, pour les municipales à Tassin-la-Demi-Lune. Mieux, elle tiendra un bureau de vote. Comme une nouvelle aventure.

Christine Frasile, dans le jardin de la résidence Plurielle à Tassin-la-Demi-Lune. Photo Emilie Faure

« Par rapport au Canada, il n’y a pas beaucoup d’accessibilité en France », s’exclame Christine Frasile. Elle vit à la résidence Plurielle, l’établissement d’accueil non médicalisé pour les personnes handicapées, de Tassin-la-Demi-Lune depuis le 29 novembre 2013. « Je suis malentendante et handicapée intellectuelle », précise-t-elle. À l’aube des élections municipales de 2026, la voici prête à se lancer dans une nouvelle aventure : devenir assesseuse. « À ma connaissance je suis la seule de la résidence à faire ça. »

 « Si ça parle du handicap ça m’intéresse »

Une envie qui vient de Jacques Blanchin, délégué proximité et handicap de la ville de Tassin-la-Demi-Lune. « Il disait qu’on pouvait devenir assesseurs, alors j’ai posé ma candidature. »

Les yeux pétillants derrière ses lunettes, la dame ne cesse de répéter à quel point elle est « contente » de participer à la vie citoyenne de la ville. Âgée de 54 ans, Christine n’a pourtant voté que deux fois aux cours de sa vie. Sous curatelle, elle a dû attendre la loi de 2019 pour obtenir le droit de vote et en 2022, elle glisse un bulletin dans l’urne pour la première fois. Dimanche, elle a évidemment prévu d’aller user de son droit. Elle n’a pas de couleur politique définie, mais un critère lui tient à cœur. « Si ça parle du handicap ça m’intéresse », lance celle qui lutte contre les discriminations dont sont victimes les personnes en situation de handicap. « On doit toujours se justifier et rien n’est adapté. »

Ce jour-là, à son éducateur, William, explique être disponible pour accompagner les résidents de l’établissement au bureau de vote, Christine répond fièrement : « J’y vais seule, moi. »

« Le samedi soir, c’est karaoké »

« Elle est passionnée par la vie citoyenne et la question de l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap », note Amélie Naudion, responsable communication de l’association Adapei, qui gère la résidence Plurielle. L’intéressée qui « aime être interviewée » confirme. Membre de la commission accessibilité au sein de l’Adapei, elle a eu l’occasion de porter leur voix à plusieurs reprises. « On a fait des interventions auprès des TCL et même auprès de l’aéroport Saint-Exupéry », qui s’est vu décerner le Label S3A, accessibilité et inclusion par cette commission. Ensuite, avec l’envie de participer à la vie de la ville, Christine a intégré le conseil de quartier. « Je n’y suis pas restée longtemps car ce n’étais pas ce à quoi je m’attendais. » Toujours prête à réunir les gens, elle pensait « discuter des loisirs du quartier » et non pas de la « voirie ».

Si les premières années de sa vie ont été ponctuées d’événements traumatisants, la future assesseuse a trouvé la paix en arrivant dans sa résidence de Tassin-la-Demi-Lune. « Je suis heureuse maintenant. » Travailleuse à mi-temps dans un établissement de services et d’aide par le travail (Esat), la quinquagénaire a trouvé son équilibre et mène une vie tranquille : « J’aime bien le théâtre et faire du shopping sur internet. J’adore aussi les mots croisés et le Scrabble. » La semaine, elle pratique l’art thérapie et participe au conseil à la vie sociale. Changement d’ambiance le week-end : « Le samedi soir, c’est karaoké. »

« J’espère que les gens seront compréhensifs » 

Dimanche prochain, si son rôle lors du scrutin n’est pas encore défini, elle annonce qu’elle sera au bureau de vote de la MJC de Tassin-la-Demi-Lune. Sa seule crainte à l’approche du jour J : « La peur de mal faire. J’espère que les gens seront compréhensifs. »

Pas de raison que les choses se passent mal. « On a fait une simulation de vote dans le 8e arrondissement, jeudi dernier, devant des élus », raconte-t-elle en lançant une vidéo sur son smartphone. La simulation, aux allures de pièces de théâtre, est pensée pour montrer ce qu’implique une sortie au bureau de vote pour une personne en situation de handicap intellectuelle. Christine, assise à sa place d’assesseuse, joue Madame Carrée. Son rôle ? Faire en sorte que tout soit fait dans les règles. À plusieurs reprises, elle répète, « la loi, c’est la loi », provoquant le rire du public. Après cinq représentations, ne reste plus qu’une formation à suivre donnée par la mairie.

En attendant, Christine ne s’empêche pas de rêver plus grand : « J’aimerais bien être candidate pour promouvoir le handicap. » Le sourire aux lèvres, elle répète sans ciller ce qui pourrait être son slogan : « Défendre le handicap, c’est mon truc. »