La scénariste et réalisatrice Danièle Thompson, cinq fois nominée aux Oscars ou aux César, était de passage au Festival Lumière 2019. Pour L’Écornifleur, elle se prête avec grâce au questionnaire des frères Lumière, et répond même à d’autres questions qu’on rêvait de lui poser.

Elle a fait jouer les plus grands : Jean Reno, Juliette Binoche, Guillaume Canet pour ne citer qu’eux. On lui doit le scénario des Aventures de Rabbi Jacob, de La Grande Vadrouille ou de La Boum. Alors, obtenir quelques minutes d’entretien pour L’Écornifleur avec cette grande dame du cinéma français, qui reste à peine entre 24 et 48h dans la capitale des Gaules, ça paraît tout simplement tenir du miracle.

Sa petite-fille est la clef

« Ma petite-fille vient juste de rentrer à Sciences Po », lance-t-elle en guise d’introduction, un sourire chaleureux accroché au visage. Là, tout s’éclaire. Dans le petit salon VIP confortable où nous avons pris place, j’adresse silencieusement toute ma reconnaissance à la « petite-fille-tout-juste-entrée-à-Sciences-Po » qui a vraisemblablement boosté ma demande d’interview sans même le savoir. Non seulement grâce à elle sans doute, je rencontre sa grand-mère, mais je perçois par la même occasion ce qui semble animer la crinière blonde et conquérante de Danièle Thompson : la famille.

Primo, la réalisatrice est « une fille de ». Au Festival Lumière 2019, elle présente Le miroir à deux faces, dont le scénario a été réalisé par Gérard Oury, son père. Entre pudeur et humilité, elle ne le cite pas comme film culte du festival mais évoque juste avec tendresse l’homme qui fait battre un peu plus fort le sang dans ses veines.

Secundo, le Festival Lumière est son « préféré » parce qu’il est familial. « Quand on parle de la ‘grande famille’ du cinéma, le mot n’est pas toujours vrai, raconte la scénariste, lucide. Mais à Lyon, si. Là, pas d’enjeu puisqu’on ne présente pas ses propres films. Pas de bataille d’ego. On est là pour être ensemble et partager autour du cinéma. »

Avec indulgence et générosité, elle accepte de prendre la pose devant mon vieux Canon, un peu comme si elle autorisait Tonton René à saisir sur argentique le souvenir d’une réunion de famille sans chichis. Pour finir, elle livre son propre questionnaire des frères Lumière. On en redemande !

Quel film faut-il avoir vu à 25 ans ?

Danièle Thompson : Le Parrain de Francis Ford Coppola, qui est à l’honneur au festival cette année, par exemple. Ok, ça fait trois films, donc je triche. L’idée c’est surtout d’apprendre à aimer le cinéma, comme on apprend à lire et à écrire. Allez voir des films qui vous passionnent et vous donnent envie !

Quel film auriez-vous aimé réaliser ?

DT : Le Guépard de Luchino Visconti, si on reste dans les films de patrimoine. Ce portrait d’une époque qui s’éteint, d’une autre qui s’allume est d’une beauté extraordinaire. Ça respire l’Italie, l’amour de la sophistication, du détail, du jeu. Un bonheur de chaque plan.

Dans quel film auriez-vous aimé jouer ?

DT : Aucun. Je n’aurais pas aimé jouer. Au moins, je n’ai aucun regret !

Votre film préféré du Festival Lumière 2019?

DT : Sacrée question ! Je pense à celui que j’ai vu dimanche : La Règle du jeu de Jean Renoir. Il m’a beaucoup intéressée car c’est un film difficile et étrange, mais qui a tellement influencé Gosford Park, ou la série Downton Abbey, en évoquant ce parallèle entre la vie des domestiques et celle des maîtres. Les personnages sont tous mal en point mais jouent avec tellement d’humour, de folie, d’enthousiasme ! Voilà le genre de film, un peu oublié, que le festival permet de s’approprier.

Pourquoi si peu de prix Lumière féminins selon vous ?

DT : Quand on regarde le cinéma de patrimoine, la mise en scène est peu accessible aux femmes à l’époque. Heureusement, c’est en train de changer… même si ce n’est pas encore gagné. Dans quelques années, les prix Lumière compteront sûrement davantage de visages féminins.

Emmanuelle Ollivry