Lutte Ouvrière, le NPA-R et Lyon pour les Travailleurs sont habitués au bas du classement aux élections. Pourtant ils ne baissent pas les bras et préparent le scrutin municipal lyonnais du 15 mars avec enthousiasme.

Delphine Briday et Romane lors d’une distribution de tracts de Lutte Ouvrière à Gorge de Loup le 3 mars. Photo Anna Boulinguiez

« Allez les camarades, on y va », lance Delphine Briday, 32 ans, candidate aux élections municipales pour Lutte Ouvrière. Ce mardi 3 mars, à moins de deux semaines du scrutin, une dizaine de personnes s’élancent dans l’effervescence de fin d’après-midi, à la sortie du métro Gorge de Loup. Ils distribuent des tracts, discutent, tentent de convaincre. Pourtant, le parti est loin d’être parmi les favoris. Aux élections de 2020, il avait présenté des candidats dans six arrondissements de Lyon et accusait un score moyen dépassant à peine les 1%, se plaçant souvent à la dernière place. Les sondages ne présagent pas d’un avenir plus radieux pour Lutte Ouvrière en 2026 et ça, Delphine Briday le sait : « On pense qu’on va faire 1%. »

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Tout comme Lutte Ouvrière, Lyon pour les Travailleurs et le NPA-R présentent aussi un candidat à la mairie centrale lyonnaise. Outre leur habituel faible score aux élections, ces partis sont tous d’extrême gauche et se caractérisent par leur présence militante. « On est là toute l’année, la campagne municipale c’est une action parmi d’autres », explique la tête de liste de Lutte Ouvrière. Un sentiment partagé par Ivanka, une jeune militante du NPA-R : « La campagne c’est juste une intensification de l’action militante. » Malgré leurs points communs, ces trois partis d’extrême gauche ont choisi de ne pas s’unir, car selon Delphine Briday, « on n’a pas de politique de l’alliance à tout prix ». Ivanka nuance en confiant tout de même que le NPA-R a proposé une alliance, refusée par Lutte Ouvrière. 

« La campagne c’est 100% un prétexte »

Romane, 27 ans, a le sourire aux lèvres lorsqu’elle distribue les tracts de Lutte Ouvrière à Gorge de Loup. Le résultat des urnes, ce n’est pas vraiment important pour elle : « La campagne c’est une super plateforme, c’est 100% un prétexte pour multiplier les actions et se faire connaître. » Lutte Ouvrière, Le Parti des Travailleurs et le NPA-R voient tous les élections comme un moyen de se compter, d’évaluer combien de personnes les soutiennent et surtout de mobiliser. « On rencontre plein de nouvelles personnes, c’est très enthousiasmant », confie Delphine Briday. Son parti a pu mobiliser suffisamment de personnes pour monter des listes dans sept arrondissements, avec beaucoup de nouveaux membres : « Par exemple, Marius et Romane [présents lors de l’opération de tractage, ndlr] font leur première campagne. »

« Constituer une liste c’est déjà un défi »

Michaël Jouteux, candidat de Lyon pour les Travailleurs ne présente pas de liste dans les arrondissements, il se réjouit déjà d’avoir pu présenter une candidature à la mairie centrale. « Il fallait réunir 73 personnes pour constituer la liste et ça c’était un défi. La liste s’est constituée avec des habitants, seulement un tiers des personnes étaient déjà des adhérents ou dans notre entourage », poursuit le candidat, professeur de physique chimie dans un lycée à la Duchère (Lyon 9e). Ce jeudi 5 mars, il avait prévu une opération de tractage devant le restaurant universitaire des Quais (Lyon 7e) avec un autre militant qui s’est finalement désisté car « il avait un impératif professionnel ».

Michael Jouteux déplore le manque de moyens humains et financiers auquel il est confronté. Comme le NPA-R et Lutte Ouvrière, Lyon pour les Travailleurs ne pourra probablement pas bénéficier du remboursement des frais de campagne, conditionné à l’obtention de 5% des suffrages exprimés. Le professeur raconte avoir renoncé à certaines traditions de la campagne municipale par manque de moyens : « On se finance par les dons des militants, on ne pouvait pas dépenser 7000 euros dans des professions de foi. »

Une tribune médiatique

Même si les élections représentent un investissement en temps et en argent pour ces petits partis, « c’est important car c’est une vraie tribune pour nos idées. Médiatiquement, on a plus de visibilité », témoigne la militante du NPA-R. Pourtant ils semblent parfois mis sur la touche. Le sondage Ipsos-BVA-Cesi pour Ebra, publié mercredi 4 février, a choisi de ne pas présenter les intentions de vote pour les trois partis d’extrême gauche. Aucun n’a été invité au débat entre candidats organisé par BFM Lyon et actu Lyon le 24 février ou à celui de Tribune de Lyon et Lyon Décideurs le 3 mars. « On est habitués mais c’est dégueulasse vis-à-vis des gens », réagit Delphine Briday.

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Face à l’exclusion de certaines zones médiatiques, le NPA-R mise sur son propre journal et sur ses réseaux sociaux : « On est très actifs sur les réseaux et on voit une certaine sympathie pour nos idées même si on sait que ça ne se traduit pas forcément dans les urnes. »