Membre de la Convention citoyenne pour le climat depuis septembre 2019, Grégoire Fraty assume avec passion le mandat qui lui a été confié. Rencontre, par écrans interposés, avec ce Caennais que le hasard a transformé en militant. 

Grégoire Fraty en séance à la Convention ; © Katrin Baumann

Interview sur Brut, tweets interpellant des députés, lettres ouvertes adressées au Président… depuis plusieurs semaines, Grégoire Fraty fait parler de lui. Pourtant, le néo-normand de 32 ans le reconnaît lui-même, rien ne le destinait à cette exposition si soudaine. En septembre 2019, alors que son monde est encore chamboulé par la récente naissance de sa fille, Grégoire reçoit un message inattendu : il est tiré au sort pour participer à la Convention citoyenne pour le climat. Le début d’un engagement dont il est le premier surpris…

« Je n’en avais jamais entendu parler. » Dans sa chaise de gamer, Grégoire Fraty se souvient très bien de son incrédulité de l’époque. Agacé par l’actualité, il n’était pas encore intéressé par les questions environnementales : « On me disait de faire mon tri, je faisais mon tri. On me disait de consommer mieux, j’essayais d’acheter bio. Mais je n’y connaissais rien. » Travaillant dans le milieu de l’aide au retour à l’emploi, il était alors plutôt féru d’histoire et de sociologie : « J’étais bien plus attaché à la fin du mois qu’à la fin du monde. » Pourtant, autant par curiosité que par civisme, il a accepté de participer à ce qui ne devait être que six weekends de concertation. 

« C’était bien plus qu’un énième colloque sur le climat »

« J’ai eu de la chance. » Lorsqu’il revient sur son expérience à la Convention, Grégoire est enthousiaste. Il faut dire que la succession de rencontres et d’échanges avec autant d’experts, élus et professionnels a comblé sa curiosité. « Je suis arrivé en mode éponge » confie-t-il avec humour. Absorbé par cet univers, il passe finalement neuf mois à enchaîner les réunions et éplucher des rapports. A quelques semaines de la présentation du projet de loi hérité de leur travail, Grégoire est déjà convaincu : « Si c’était à refaire, je le referais avec plaisir. »

Chez lui, à Epron près de Caen, sa famille prend son mal en patience et l’accompagne dans cet engagement qui les concerne tous. Au fil des semaines, Grégoire reste présent pour sa femme et sa fille, mais délaisse ses amis et sa console. Sa nouvelle passion agace parfois et surprend beaucoup. Le jeune homme lisse qui « regardait les choses se passer devant lui » se transforme peu à peu. « C’est bien, tu t’affirmes » lui répète-t-on avec surprise.

A ses yeux, le déclic ne vient pas de toutes ces séances officielles mais des discussions informelles que les “150” (comme ils se surnomment) improvisent entre eux au bar ou à l’hôtel : « On a pu échanger avec des gens à qui on n’adressait jamais la parole » affirme-t-il. « Voir un Picard de 82 ans débattre de la 5G avec une étudiante réunionnaise de 16 ans… c’est lunaire mais c’est tout l’intérêt de cette Convention ! » De ces échanges ressortent 149 propositions et une ambition commune : les défendre jusqu’au bout. 

« La transmission « sans filtre » on peut s’asseoir dessus »

Aujourd’hui, Grégoire l’assume, il n’est plus un citoyen tiré au sort mais un militant. Il connaît les 149 propositions par cœur, critique leur récupération par certains élus, et envisage de les défendre politiquement dans le futur. Aussi, il a créé l’association Les 150 pour permettre à ses homologues de porter leur voix et « rappeler au Président que c’est lui qui nous a institués. » S’il n’a jamais cru à la transmission “sans filtre”, Grégoire assume son mandat et refuse de boycotter les réunions avec les ministres : « Je suis prêt à tout faire pour que les ambitions de la Convention restent intactes face aux affres de la vie politique ».

Mais en attendant de reprendre son « lobbying citoyen » lors du débat parlementaire prévu pour le mois de mars, Grégoire Fraty est en retrait. Il partage son temps entre sa famille, le dernier Assassin’s Creed et l’écriture d’un livre sur cette année pas comme les autres. L’occasion pour lui d’évoquer avec sincérité les enseignements qu’il en retire : « Je ne croyais pas du tout en l’intelligence collective » avoue-t-il. « Pourtant, c’est une manière d’impliquer les citoyens qui fonctionne. Nous en sommes la preuve ». Très fier de son bilan, il appelle à généraliser l’expérience : « Plutôt que de décider des choses d’en haut, demandez l’avis du bas. »