REPORTAGE. Le cinéma Lumière Bellecour est situé à une centaine de mètres de la place Bellecour où ont eu lieu la plupart des affrontements et des dégradations en marge de la journée de mobilisation du samedi 17 octobre. L’Écornifleur s’est rendu sur place le lendemain.
Brisant le silence du hall d’entrée vide, un client s’approche de la caisse et demande si la séance prévue à 20 h le samedi (La Renarde de Michael Powell et Émeric Pressburger) sera reprogrammée. Fanny et Franck, les deux agent.es d’accueil et responsables de la billetterie, lui indiquent qu’ils ne savent pas pour l’instant et le redirigent vers le village du festival où il pourra obtenir de meilleurs renseignements.
« On s’est dit pourquoi pas nous ? » raconte Fanny aux côtés de Franck au sujet des dégradations subies par des enseignes de la rue dont le Citadium en face du cinéma. Les deux qui étaient présent.es samedi afin de garantir le bon déroulement de la dernière séance du festival font part de leur inquiétude d’être la cible des casseurs. Le petit cinéma de quartier qui comporte trois salles entre 61 et 75 places n’était pas au cœur du festival, mais les deux employés ont recueilli dans leur cinéma Christophe Honoré, du gaz lacrymogène plein les yeux, venu se mettre à l’abri, ainsi que d’autres passant.es. Elle enchaîne : « Quelques personnes se sont réfugiées dans le cinéma. Pour nous, c’était la sécurité avant tout. »

Situé au 12 rue de la Barre à quelques dizaines de mètres de la place Bellecour, les deux collègues ont constaté le dimanche matin, comme les passant.es, les dégâts de la veille dans les rues voisines. « C’était le pire endroit », déclare la réceptionniste, assurant qu’elle « ne réalisait pas à quel point c’était le chaos hier soir ».
Le client revient une demi-heure plus tard, signalant que son billet lui a été remboursé, aucune reprogrammation du film n’étant prévue à ce jour.

« Ça aurait pu être pire »
« On a reçu beaucoup d’appels dans la journée », explique Fanny, afin de savoir si le cinéma était ouvert le lendemain et si les séances prévues étaient maintenues, ce qui est le cas malgré l’ambiance pesante qui règne sur la Presqu’île.
Le Pathé Bellecour, situé à 200 mètres, a quant à lui fermé ses portes à 14 h, les affrontements ayant commencé en fin de matinée près du pont de la Guillotière et aux environs de la place Bellecour. « On trouve qu’on a fermé tard », constate par comparaison Franck qui a verrouillé les portes de l’établissement à 19 h, dans l’espoir que la séance soit maintenue en attendant les indications de l’Institut Lumière.
Toutefois, « ça aurait pu être pire », analyse Fanny, expliquant que l’évacuation des trois dernières personnes s’est déroulée sans accroc et que le cinéma n’a subi aucun dégât.
Un bilan positif du festival malgré un dernier week-end difficile
« C’est vraiment le gros événement de l’année », déclare Fanny. Elle et Franck s’accordent pour tirer un bilan positif du festival, malgré la journée délicate de samedi. Même si le cinéma n’a accueilli qu’une séance par jour dans le cadre du festival dans sa plus grande salle de 75 places, les deux agent.es d’accueil ont tenu à souligner les aspects positifs de cette édition 2026. « Ça fait un peu un mini Cannes », résument les deux collègues qui achèvent ce festival avec le sourire, garantissant que « le Festival Lumière lance vraiment la saison ». « Aussi parce qu’il recommence à faire froid et moche », ajoute l’agente d’accueil.
Après cet épisode marquant, le cinéma devrait reprendre un train de vie plus classique en attendant les petits festivals de janvier et février. Il propose toujours ses rendez-vous documentaires les mardis soir et sa sélection de films aux prix habituels : 9,80 € pour le plein tarif et 7,80 € pour le tarif préférentiel.
