Dans un entretien accordé à l’Écornifleur, Sylvine Bouffaron revient sur la grande marche antiraciste et antifasciste qu’elle organise avec le collectif Action Justice Climat Lyon. Un évènement citoyen que l’activiste assure être nécessaire, en réaction au climat politique lyonnais.

La marche a lieu le 14 mars, à la veille du premier tour des municipales. N’avez-vous pas peur que d’éventuels débordements puissent desservir la cause ?
« La question des municipales ou des débordements ne change rien à l’urgence impérieuse à être collectivement dans la rue, pour montrer notre solidarité face à ce qu’il se passe et afficher les responsabilités politiques. L’aune du premier tour me paraît être au contraire un très bon moment parce que c’est un moment politique important. Les Lyonnais sont en colère de ce qu’il s’est passé le 21 février et ont besoin et envie de l’exprimer. [Durant la marche en hommage au militant d’extrême droite Quentin Deranque, des propos racistes et des saluts nazis ont été signalés à la préfecture du Rhône, ndlr]. Il y en a énormément qui ne sont pas d’accord avec tout le récit politique, médiatique qui s’est mis en place. J’ai confiance pour que samedi prochain soit une belle preuve de démonstration de solidarité. »
Le 14 mars, quel signal souhaitez-vous envoyer à ceux que vous accusez de diffuser les idées d’extrême droite ?
« Il y a une responsabilité politique, d’avoir laissé prospérer les groupuscules fascistes jusqu’à très récemment. Ça devrait toutes et tous nous préoccuper. Il faut que ce soit un sujet et il faut continuer à lutter contre ça collectivement. De manière générale, c’est aussi toute une vision de société qu’on ne veut pas. On refuse une société sécuritaire. Il y a un certain nombre de choses qu’on refuse dans les programmes électoraux qui sont présentés pour les municipales. »
Prévoyez-vous de donner des consignes de vote pendant la marche ?
« Non, personne ne donne de consignes de vote. Néanmoins, on dénonce certaines postures et prises de positions politiques. Jean-Michel Aulas [candidat sans étiquette soutenu par la droite et le centre, ndlr] demande à ce que soit affiché sur la mairie le portrait d’un militant d’extrême droite [Quentin Deranque, mort le 14 février des suites d’un traumatisme crânien après un affrontement avec des militants antifascistes, ndlr]. Ce n’est pas possible, et ce n’est certainement pas digne d’un futur maire de Lyon. Ça, on continuera de le dire jusqu’au bout. C’est comme ce qu’a fait Laurent Wauquiez sur l’hôtel de Région. Ça dit quelque chose de ce camp politique. Notre ville mérite mieux que ça. »
Vous dénoncez la violence d’extrême droite à Lyon, est-ce que le jour de la marche vous allez donner des consignes pour appeler à la non-violence ?
« On n’est personne pour appeler à la non-violence. C’est une marche citoyenne, avec un très large public et une très grande diversité d’organisations et de collectifs. On a confiance dans le fait que les gens soient responsables dans cette période. Il faut rappeler d’où vient la violence, et elle est du côté de l’extrême droite. »
Le NPA et LFI font partie des nombreuses organisations et collectifs signataires. Est-ce une marche politique ?
« Il y a quelques partis qui ont signé, il va y en avoir d’autres. Il y a aussi des signatures de personnalités publiques. Mais ce n’est pas parce qu’il y a des partis que c’est une marche politique politicienne. Après, bien évidemment que c’est politique, puisque c’est une réponse au fait d’avoir laissé marcher des néonazis dans nos rues. »
Le 3 mars, une marche avait déjà été organisée par l’intersyndicale. Pourquoi renouveler l’opération le 14 ?
« Vu ce que les syndicats ont subi, c’était normal qu’il y ait une réponse et une mobilisation des syndicats eux-mêmes. Nous y étions en soutien. Le 14, c’est un front citoyen plus large. Ce sont des habitants, collectifs, partis et organisations qui travaillent toute l’année sur l’antiracisme, sur l’environnement, sur le féminisme et sur les droits humains. C’est aussi une marche avec beaucoup d’artistes. Il va y avoir du chant, des démonstrations artistiques, des prises de parole. Ça va être un temps intéressant, festif. Qui nous ressemble. »
Le jour de la marche en hommage à Quentin Deranque, vous aviez déployé une banderole à Fourvière, où était inscrit « L’amour plus fort que la haine ». La marche du 14 s’inscrit-elle dans cette continuité ?
« Moi je préfère parler de marche d’extrême droite ou de marche fasciste. Il faut être précis dans les termes. En réalité, dès l’annonce de cette marche du 21 février, il y a eu toute la semaine des actions dont on a assez peu parlé : des opérations de tractage, d’affichage. Des gens sont allés prévenir sur le tracé de la manif’ et sur ce qui allait se passer, notamment dans le 7e à la Guillotière. Cette action citoyenne a été faite le samedi 21, au moment de cette marche d’extrême droite, pour prendre de l’espace et dire qu’on n’était pas d’accord. Il y a effectivement une continuité en termes de résistance, mais le 14 ça va au-delà parce qu’on essaie d’être beaucoup plus nombreux. »
Qu’attendez-vous de cette marche pour pouvoir la considérer comme une réussite ?
« C’est déjà une réussite, vu le nombre de personnes qu’on arrive à mobiliser. L’appel a été lancé il y a une semaine sur les réseaux et on a eu de nombreux retours. J’ai eu beaucoup de soutiens et de témoignages qui disaient que ça faisait du bien, que les gens avaient envie d’être dans la rue, de montrer leur désaccord. Je crois qu’il n’y a rien de pire que la résignation, l’enfermement et de dire qu’on est tout seul. Le collectif, c’est ce qui nous sauve et ce qui nous élève dans les moments de difficulté et de bascule. C’est pour ça que j’ai envie de dire qu’en vérité, on a déjà gagné. »
