Deux stars du cinéma sinophone seront les invitées du Festival Lumière dimanche 11 octobre : l’actrice Zhang Ziyi et le réalisateur Tsui Hark. Si l’une est une grande figure des films de sabre chinois très appréciés en France, le travail de l’autre vient d’une scène moins internationalisée. Une occasion de réfléchir à la place du cinéma chinois en Occident.
Dimanche à 15 heures, Zhang Ziyi sera l’invitée du Festival Lumière à l’occasion d’une projection de la version remasterisée de Tigre et Dragon, film culte de Ang Lee. Plus de vingt ans après sa sortie, le long métrage est une référence du cinéma chinois, dont les rares réalisations ayant franchi les frontières occupent le devant de la scène cinématographique. Dans la journée, le festival recevra également le réalisateur Tsui Hark, moins connu du grand public et comptant peu de productions internationales. Figure de la Nouvelle Vague hongkongaise, il a réalisé de nombreux films de Wu Xia, genre de films de sabre chinois dont Tigre et Dragon fait également parti.
Son cinéma est « un type de Wu Xia très classique, avec des mouvements de caméra rapides, utilisant jusqu’à dix plans pour une même action » explique Olivia, couvreuse de script pour des coproductions franco-taïwanaise. « C’est très différent de Tigre et Dragon, qui a eu grand succès en Chine : c’était la toute première fois qu’un cinéaste filmait les combats avec des plans longs ».
Une popularité sur fond d’orientalisme ?
« Le Wu Xia est adoré en Chine car il véhicule une histoire commune plaisante pour les Chinois. En France on l’aime car ces films narrent une idée qui nous plait de la Chine » explique Jeanne, jeune chercheuse en cinéma à l’École normale supérieure. L’étudiante s’intéresse aux réalisateurs chinois censurés qui se tournent vers des financements européens. « Parce qu’ils sont financés par la France ou des pays occidentaux, on va leur demander de correspondre à des clichés ». Mais le cas de Zhang Ziyi est différent : « Elle a joué dans des grosses productions extrêmement connues. Même lorsqu’il s’agit de films internationaux, les financeurs n’ont pas forcément imposé une lecture particulière ».
Cependant il est clair que les producteur.ice.s se soucient du public occidental. « Lorsque le budget est grand, on a toujours des contraintes » nuance Olivia. « Si un producteur veut qu’une chose change pour que les spectateurs américains puissent comprendre, on modifie le scénario pour des représentations plus stéréotypées ». Par exemple, Zhang Ziyi, bien que chinoise, aurait été choisie pour incarner une japonaise dans le film Mémoires d’une geisha car elle est une figure connue en Occident. Selon Olivia, il est clair que Tigre et Dragon véhicule un imaginaire stéréotypé et orientaliste très caractéristique du Wu Xia. « Mais la vraie question est : comment on traite ce sujet très oriental de façon plus nouvelle ? Ang Lee a réussi à faire ça et c’est à saluer ».

« On a toujours les mêmes références »
Jeanne rappelle que nous ne connaissons que « une certaine sélection du cinéma chinois en France ». Bien qu’elle soit une figure majeure de celle-ci, Zhang Ziyi a incarné des rôles moins célèbres dans des productions internationales comme La Triade du Papillon (Lou Ye) ou 2046 (Wong Kar-Wai). Ses productions des dernières années sont d’ailleurs uniquement chinoises et bien moins connues ici.
Mais cette méconnaissance du cinéma sinophone ne vient pas d’un manque d’intérêt du public français. « On n’ose pas traduire des choses trop nouvelles. On a des préjugés type “made in China” donc pour le petit festival c’est ok, mais pour le grand festival, c’est difficile » déplore Olivia. Le « petit » festival, c’est le festival du film taïwanais qui a lieu tous les ans à la Filmothèque du quartier latin à Paris, valorisant ce cinéma encore peu connu en France. « A Taiwan, on préfère des films plutôt quotidiens, des histoires d’étudiants, de lycéens, de familles ».
Ce manque d’occasions de découverte est d’autant plus fort depuis la fin du Festival du film asiatique de Deauville, arrêté en 2015. Mais ces grands classiques sont aussi une porte d’entrée pour le public novice qui aura sans doute envie d’en découvrir plus après avoir vu Tigre et Dragon en 4K à la Halle Tony Garnier. Rendez-vous alors le lendemain pour la présentation du film My Country, My Parents, où l’actrice Zhang Ziyi passe cette fois-ci derrière la caméra dans une production 100% chinoise.
