À une semaine et demie du premier tour des municipales 2026 à Lyon, cinq candidats se sont affrontés lors d’un débat organisé à l’Auditorium par Tribune de Lyon et Lyon Décideurs. L’une des dernières occasions de convaincre l’électorat lyonnais, lors de laquelle punchlines et petites phrases ont dominé, laissant le public dubitatif.

Les cinq candidats au débat Tribune de Lyon – Lyon Décideurs, mardi 3 mars. Photo Noémie Harvat.

19h30 rue Garibaldi, une dizaine de camions de CRS accueillent le public du débat municipal organisé par Tribune de Lyon et Lyon Décideurs. Presque escortés par les CRS, les Lyonnais doivent franchir plusieurs étapes avant de rejoindre les candidats dans la petite salle Proton-de-la-Chapelle de l’Auditorium. D’abord fouillés par la sécurité à l’entrée, ils sont ensuite accompagnés jusqu’à la salle par des membres de l’organisation, présents en nombre.

Protocole classique ou renforcement de la sécurité après l’affaire Quentin Deranque et les menaces à l’encontre de La France Insoumise (LFI) ? La présence des forces de l’ordre serait-elle liée à la venue de sa tête de liste Anaïs Belouassa-Cherifi, ou bien à celle plus incertaine du candidat de la droite et des macronistes Jean-Michel Aulas ? 

« Quelle surprise… »

Si les portes lui sont restées ouvertes durant tout le débat, ce dernier brille par son absence. Jean-Michel Aulas opte ce mardi 3 mars pour la politique de la chaise vide. À l’inverse, Anaïs-Belouassa Cherifi (LFI), Grégory Doucet (maire écologiste sortant), Nathalie Perrin-Gilbert (divers gauche), ainsi que Georges Képénékian (divers gauche) et Alexandre Dupalais (Union des Droites soutenue par le Rassemblement National) sont présents, à dix jours du premier tour. Tous sans exception déplorent le refus de l’ancien président de l’Olympique Lyonnais de se prêter à l’exercice, d’autant plus qu’il est en tête dans les sondages (avec 43 % d’intentions de vote au premier tour, selon Elabe/Berger-Levrault pour BFMTV/Le Figaro).

Sentiments partagés dans le public d’où s’échappent soupirs et rires. « Quelle surprise… », déclare ironiquement une femme quarantenaire à sa voisine. Le public, composé d’environ 140 personnes, rassemble en grande majorité des personnes entre 30 et 50 ans et seulement une quinzaine de personnes de moins de 30 ans. Aucune personne racisée, principalement des CSP+. Aux quatre premières rangées siègent les équipes de campagne, prêtes à dégainer leurs téléphones lorsque leur candidat prend la parole.

Pendant plus de deux heures, les têtes de liste se répondent autour des préoccupations des Lyonnais. Réhabilitation du musée Guimet, avenir de la Fête des Lumières, déploiement de la création artistique… La culture, deuxième budget de la ville et grande oubliée de la campagne, mobilise une heure à elle seule. Les questions sociales et sécuritaires suivent, divisant les têtes de listes sur des points tels que la gratuité ou la signification même de la sécurité. Il en va « des sécurités » selon Georges Képénékian.

Certaines propositions retiennent, malgré tout, l’intérêt de la salle. Nathalie Perrin-Gilbert et son projet de réhabiliter le musée Guimet en un lieu dédié à la culture, la science et la technologie à travers des ateliers et des expositions, reçoit par exemple quelques « ça c’est intéressant je trouve ».

Passes d’armes

Mais ce qui suscite le plus de réactions dans le public ce ne sont ni le programme, ni la pertinence des candidats mais les tacles et les échanges tendus auxquels ils se sont adonnés. À deux doigts d’assister à un spectacle d’humour. Sur la question des traditions, très chères à Alexandre Dupalais, Grégory Doucet lui rétorque que la tradition, c’est aussi de s’inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs : « Si vous êtes élu maire de Lyon, vous serez à certains égards mon héritier ». Nathalie Perrin-Gilbert exhume elle les vieilles rancœurs, en rappelant que lorsqu’elle était encore l’adjointe à la culture de Grégory Doucet, on lui avait « surtout reproché d’avoir des idées ».

Quant à la palme du plus gros punchlineur, elle revient sans hésitation à Alexandre Dupalais. « Panier garni » des écologistes, projet de musée de l’histoire coloniale d’Anaïs Belouassa-Cherifi, ou encore « Doucet m’a tué »… Toutes les occasions sont bonnes pour tacler ses adversaires de la gauche. La tête de liste UDR-RN n’hésite pas à qualifier la mairie actuelle « d’extrême gauche » rappelant que certains adjoints étaient encartés LFI. Pas de soucis non plus pour faire le parallèle entre le remplacement des voitures par les piétons dans la ville et celui des antiquaires par les kébabs dans sa propre rue. On entend alors fuser « Quel rapport ? », « c’est insupportable » et même « c’est lunaire ».

Et pour le reste ? Pas vraiment de vainqueur à désigner à l’issue de la soirée. Le public ne paraît pas conquis. Même les pompiers, remontés, sont venus réclamer des comptes aux candidats. En grève pendant la fête des Lumières, ils auraient souhaité « des chiffres » et repartent insatisfaits. Malheureusement pour eux, leur prise en charge relève de la compétence métropolitaine.

De ce débat, on retiendra surtout l’absence de Jean-Michel Aulas. « Quand les Lyonnais voudront rencontrer leur maire, lui exposer des problèmes du quotidien, qu’auront-ils en face d’eux, une chaise vide ? », met en garde Nathalie Perrin-Gilbert.