Lundi 27 avril, un mouvement national de blocage organisé par le syndicat Ufap Justice s’est répandu dans certaines prisons en France afin de signaler l’augmentation de la densité carcérale, d’en moyenne 139 % sur le territoire national. À la maison d’arrêt de Lyon Corbas, ce chiffre a atteint 193,4 % en avril 2026.

La maison d’arrêt Lyon-Corbas bloquée par le syndicat Ufap Justice. Photo Jade Lucas

« Pour l’instant on tient, on verra jusqu’où on va tenir. » Pour Sophie*, surveillante pénitentiaire à la maison d’arrêt de Lyon-Corbas depuis sept mois, la surpopulation carcérale impacte directement ses conditions de travail. Seule, la surveillante est chargée de s’occuper d’un étage entier. « Avant j’en avais 95 [détenus, ndlr], maintenant j’en ai 110 », décrit-elle.

Lundi 27 avril, ils étaient environ une cinquantaine à bloquer l’établissement à Saint-Priest, à l’est de Lyon. Ce mouvement national, mené par le syndicat Ufap Justice, intervient seulement trois semaines après une première mobilisation pour alerter sur les conditions de détention et de travail des agents pénitentiaires face à la surpopulation carcérale. 

Une augmentation du nombre de détenus de 50 % en 10 ans

193,4 %. C’est la densité carcérale atteinte au mois d’avril 2026 pour la maison d’arrêt de Lyon-Corbas. Pour seulement 678 places, ce sont 1311 détenus qui sont dénombrés au 1er avril de cette année, contre 872 en 2016, soit une augmentation de 50 %.

« On a 100 matelas au sol et des cellules de 9m² habitées par trois détenus », informe Florian Rousset, secrétaire général adjoint de l’unité régionale lyonnaise du syndicat Ufap Justice. Une situation qui accroît la violence et met en danger les surveillants selon lui. Vendredi 24 avril, sur la pause du déjeuner, l’une de leurs collègues a été agressée et traînée par les cheveux par l’un des détenus. « Ça fait mal quand ça touche l’équipe », ajoute Sophie, inquiète pour ses propres conditions de travail. 

L’augmentation drastique des incarcérations à Lyon-Corbas a hissé la maison d’arrêt à la 5e place du classement des prisons les plus peuplées de France, derrière Fleury-Mérogis (4 855 détenus) ou encore Fresnes (2 308 détenus). Face à ce phénomène, les mesures prévues par l’administration pénitentiaire ne sont qu’un « pansement » pour Florian Rousset. « En région Auvergne Rhône-Alpes, il manque 400 surveillants. L’administration n’en a envoyé que 16 », déplore t-il, alors qu’il plaide pour l’arrivée d’une équipe mobile de renfort. 

Les maisons d’arrêt : premières touchées par la surpopulation carcérale

Si Lyon-Corbas est aussi touchée par la surpopulation carcérale, c’est parce que c’est une maison d’arrêt, prévue pour recevoir les personnes placées en détention provisoire – qui ne sont pas encore condamnées – et les personnes condamnées dont les peines n’excédent pas deux ans. Dans ce type d’établissement, le principe d’encellulement individuel n’est pas respecté et donc, le taux d’occupation plus élevé.

Dans les dix prisons les plus surpeuplées de France, neuf sont des maisons d’arrêt. Malgré les tensions qu’engendre l’entassement des détenus, l’administration tente de pousser les murs. « Elle a même essayé de faire tenir cinq à six détenus dans une cellule de 12 m² mais ça a mal tourné », rapporte le responsable syndical. 

Selon Frédéric*, infirmier à Lyon-Corbas, la surpopulation rend le suivi et la prise en charge des détenus plus difficile. « Avant je distribuais un plateau [de médicaments, ndlr] par étage, maintenant j’en suis à 2 ou 3 », témoigne-t-il. Alors que les cellules gonflent, le soignant raconte ne pas avoir le temps de contrôler la distribution de soins, jusqu’à laisser des personnes en détresse : « Certains patients dépendants physiquement sont dans des cellules collectives alors qu’il doivent être isolés. » Frédéric fait partie de l’équipe médicale de la maison d’arrêt de Lyon-Corbas depuis 10 ans et a vu la situation s’empirer. « On a les mêmes effectifs quand il y avait 700 détenus que 1300. » Contacté, le ministère de la Justice n’a pas répondu aux questions liées au manque d’effectif.

Une problématique nationale  

En dix ans, le nombre de détenus en France est passé de 66 000 à 86 000, soit une hausse de près de 29 %, alors que les capacités opérationnelles d’accueil n’ont augmenté que de 7 000 places. « Même si on construisait une prison par mois, cela ne serait pas suffisant », juge Florian Rousset, qui dénonce une faille de l’État en matière de politique pénitentiaire.

Au 1er avril 2026, la densité carcérale en France métropolitaine et d’outre-mer est d’en moyenne 139,1 %, avec des prisons qui montent jusqu’à 300 % d’occupation comme le centre pénitentiaire de Majicavo, situé à Mayotte, où 351 personnes sont détenues dans un établissement prévu pour 114 places. 

Face à ce surnombre, l’État a établi un plan national en 2018, prévoyant la création de 15 000 places supplémentaires. Alors que moins d’un tiers des places ont été ouvertes depuis ce plan, le ministère de la Justice compte habiliter 3 000 lits dans des prisons modulaires, des établissement préfabriqués « livrables en 18 mois contre sept ans pour des établissements classiques ».

*Le prénom a été modifié. 

La méthodologie pour traiter des données publiques

Pour réaliser cet article, je me suis servie des données disponible sur le site officiel du Ministère de la Justice. Classées par années, j’ai téléchargé les PDF mensuels français le 29 avril 2026, afin de récupérer les chiffres de la maison d’arrêt de Lyon Corbas inscrit sur le tableur 16 de la Direction Régionale de Lyon depuis 2016. Durant la période du COVID (2020-2021), on observe quelques trous statistiques, donnant lieu à des estimations sur la courbe.

Pour les graphiques n°2 et n°3, j’ai seulement sélectionné les données les plus récentes au moment de l’écriture de l’article (avril 2026). J’ai trié les données et gardé les plus élevées en terme de nombres de détenus et de densité carcérale.

Enfin, pour le graphique n°4, j’ai récupéré les données directement sur la page dédiée à la surpopulation carcérale du site de l’Observatoire des disparités dans la justice pénale. Pour les calculs de pourcentage, j’ai effectué des opérations simples sur Excel.