Après avoir mouillé le maillot ce 5 mars après-midi dans le 6e arrondissement, Grégory Doucet, appuyé par François Ruffin et des figures locales de la gauche et des écologistes, a troqué la pelouse pour un baby foot dans un food court. Un vrai mélange des genres entre pintes, coups de gueule citoyens et tacles appuyés contre Jean-Michel Aulas. Une manière revendiquée de faire campagne autrement.

Intérieur des Halles de la Martinière. Photo Antoine Orand

L’odeur des frites embaume la salle, des personnes au comptoir partagent une bière, tandis qu’une partie de clients du bar patiente à l’extérieur en fumant. Un mercredi soir banal aux Halles de la Martinière (Lyon 1er). Banal, du moins si l’on omet les politiciens habillés sur leur 31 et le kakémono violet de deux mètres de haut disposé au centre de la pièce, non loin du baby-foot, où il est inscrit : « L’Union de la Gauche et des Écologistes ».

Au programme ce soir : un discours de Grégory Doucet, maire sortant et tête d’affiche locale, et de François Ruffin, venu « supporter ses amis ». Une irruption politique qui surprend certains habitués, à l’image de Malik, étudiant de 24 ans accoudé en terrasse : « Je n’étais pas au courant qu’il y avait ça ce soir, je voulais juste passer une soirée tranquille. »

« C’est moderne, bonne ambiance » 

À J-10 des municipales, l’ambiance est décontractée. Les politiciens sont souriants, le public motivé. Boris Tavernier, député de Lyon, est adossé à un poteau tandis que ses collègues galvanisent le public. « On a fait des crêpes anti-nazis lors de la marche pour la mort de Quentin », raconte Yasmine Bouagga, maire sortante du 1er arrondissement et candidate à sa réélection. « On a envoyé des cartes postales aux grands-mères isolées et on est allé toquer à plus de 700 portes la veille », précise-t-elle sous les applaudissements.

L’équipe n’hésite pas à utiliser l’humour et la convivialité comme forme de résistance politique. « Cette campagne, on la veut joyeuse et de proximité », affirme Doucet avec la volonté assumée de « faire aimer ses idées ». Il en profite pour faire le bilan : « On a déjà réalisé 96 % de nos engagements de mandat », selon le baromètre qu’il a élaboré avec les services de la Ville.

Boris Tavernier, député du Rhône. Photo : Antoine Orand

Ces moments de convivialité ne sont pas un hasard, c’est une arme revendiquée par l’équipe de campagne. Interrogé sur la question en marge des discours, Boris Tavernier explique : « Ce matin on était à La Mesa1 en train de faire du pain, cet après-midi on était dans le 6e au foot, et là on va jouer au baby-foot. On ne cherche pas à faire du travail de fond. On le fait suffisamment toute l’année à travers différents meetings. Ça fait du bien de faire quelque chose d’un peu plus léger, de voir du monde et de sortir la tête des bureaux de Paris ».

Une démarche peu conventionnelle qui se démarque dans un paysage politique classique, souvent perçu comme éloigné de la réalité des électeurs. « C’est moderne, bonne ambiance, et ça brise la glace », précise Pascal, syndicaliste SUD (Solidaires Unitaires Démocratiques), venu pour l’occasion. Il apprécie « l’accessibilité des politiciens présents ».

Loula, venue d’une commune à trente minutes de Lyon, confirme : « Ce format est accessible, c’est bien pour les personnes pas trop politiques, même si des efforts sont toujours à faire ». Chloé, en colocation avec Loula, avoue « avoir eu du mal à trouver la soirée », finalement repérée via une story de Boris Tavernier. Si la communication peut parfois encore tâtonner, le contact direct reste un atout majeur.

Ce mélange des genres prépare le terrain pour un événement XXL prévu ce samedi 7 mars, de 16h30 à 20h30, sur les berges du Rhône. Baptisé « Mes élues, mon choix » (un détournement osé du slogan « Mon Corps Mon choix » à la veille de la journée du 8 mars), ce rassemblement aux allures de guinguette mêlera foodtrucks, musique et discours. Fanny Dubot, directrice de campagne de Grégory Doucet, revendique cette approche : « C’est une très grosse action militante que l’on veut ouverte sur la ville. Notre mobilisation est joyeuse, festive, à l’image de l’ambiance que nous voulons pour Lyon. »

Tacler l’adversaire entre deux blagues

Bien que l’ambiance soit détendue, l’actuel maire n’hésite pas à envoyer des tacles appuyés à son adversaire, Jean-Michel Aulas. Déplorant une attitude « pas digne pour une élection », il lâche : « plus il prend la parole, plus il perd des points », fustigeant au passage son refus de répondre aux journalistes. « On veut des élus qui échangent, qui vont à la rencontre des citoyens, à l’inverse d’Aulas ». Les huées du public rappellent l’arène politique, malgré la convivialité des lieux. François Ruffin, derrière un air léger, est sûr du message qu’il porte. Face au spectre de l’extrême droite, il défend la nécessité de « faire ensemble » plutôt que de simplement « vivre ensemble », avant de scander sa phrase coup de poing, reprise en chœur par la salle : « Et à la fin, c’est nous qu’on va gagner ! »

François Ruffin au micro, soutenu par Boris Tavernier. Photo : Antoine Orand

La communication politique face à la réalité

Il n’empêche. Derrière la soirée aux allures décontractées se heurte la réalité du quotidien des Lyonnais. Si le temps d’échange est compté (seulement trois questions pourront être posées), ces interpellations suffisent à ramener les élus dans le sérieux de leur mandat.

Une dame, s’appuyant sur sa canne, interpelle directement le maire pour se plaindre du manque d’accessibilité de la rue de la République, et de l’emplacement inadapté de certains arrêts de bus. Plus loin, Loula questionne la responsabilité des politiques face au désintérêt citoyen : « Comment rassembler quand la gauche semble ne s’adresser qu’aux jeunes des grandes villes et délaisse les autres ? », question–t-elle. François Ruffin lui donne raison : « Si on ne parle qu’à la moitié des gens, on ne peut pas gagner. C’est une bagarre constante. »

Échange du public avec les politiciens. Photo : Orand Antoine

1 Tiers-lieu associatif et solidaire qu’il a notamment co-fondé à travers son association Vrac

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  • Antoine Orand

    Intéressé par la politique depuis l’enfance - en 2010, je croyais entendre « le peuple au ratapo » dans les slogans des manifs contre la réforme des retraites. Curieux et indigné, j'aime rencontrer les gens et écouter leurs histoires, tout en cherchant à comprendre comment fonctionne ce monde.