En cette fin de festival, l’Ecornifleur s’est intéressé au programme du Festival Lumière sous l’angle du genre. Et ce qui saute aux yeux, c’est que les hommes occupent la grande majorité des affiches. Pour être précis, ils ont réalisé 81,25 % des films programmés à l’édition 2020.

La rareté du travail des réalisatrices a déjà été reprochée à Thierry Frémeaux à propos du Festival de Cannes. En effet, en plus d’organiser le Festival Lumière, ce dernier est aussi délégué général du festival cannois depuis 2007. Le festival en question avait en 2012 une sélection officielle composé de 22 films, tous réalisés par des hommes. Un fait dénoncé dans une tribune paru dans Le Monde, lancée par le collectif féministe « La barbe ».

Le Festival de Cannes ne sélectionnera « jamais un film qui ne le mérite pas simplement parce qu’il est réalisé par une femme » avait déclaré en 2012 Thierry Frémeaux. Il avait ajouté : « nul doute que la place faite aux femmes doit être augmentée ».

Voyons ce qu’il en est 8 ans plus tard, dans la programmation du Festival Lumière. Celle-ci est particulière : le festival est présenté sur son site comme « une visite contemporaine aux œuvres du passé (films restaurés, rétrospectives, invités, hommages…) » Différent du festival de Cannes donc : l’Institut Lumière met en avant les films qu’il considère comme classique, puisés dans l’immense vivier d’un peu plus de cent ans d’histoire du cinéma.

Deux films de réalisatrice en 2010, 27 en 2020

Source : base de donnée réalisé à partir des programmes du Festival Lumière.

En dix ans, une place minoritaire a été accordée aux réalisatrices au Festival Lumière. En 2010, seulement deux réalisatrices voyaient un de leur unique film programmé, pour 80 films réalisés par des hommes. Dix ans plus tard, 27 films réalisés par 24 réalisatrices sont à l’affiche, ce qui ne représente que 18,75% des films programmés.

Une augmentation qui suit la création en 2012 d’une catégorie « une histoire permanente des femmes au cinéma » dont la première était une séance consacrée à Alice Guy, cinéaste des débuts de l’art. La catégorie s’est étendue en 2020. Elle a été renommée « Histoire permanente des réalisatrices » , et est consacré cette année à Joan Micklin Silver.

Plus d’invités que d’invitées d’honneur

Quand on s’intéresse aux invités et invitées d’honneur, là encore les hommes sont plus nombreux. Ces invitations adressées à des personnalités du cinéma ont commencé en 2012, lors de la quatrième édition du Festival Lumière. Depuis se sont 21 femmes et 33 hommes qui ont été invités et invitées d’honneur, répartis de la manière suivante :

L’infographie est animée, il faut cliquer sur « play » pour faire défiler les différentes années. Source : base de donnée réalisé par l’Ecornifleur à partir des programmes du Festival Lumière.

Des disparités qui reflètent aussi la répartition genrée des métiers dans le cinéma actuel. Une étude commandée par le CNC à propos de « La place des femmes dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle » portant sur la période 2008 – 2017 met en lumière que seul 23,3 % des longs métrages agréés par le CNC sont réalisés par des femmes. Et ces dernières établissent des devis pour le budget de leurs films d’en moyenne 3,47 millions d’euros, 37% de moins que la moyenne des budgets établis pour des réalisateurs. A contrario, d’autres rôles sont occupés presque exclusivement par des femmes, comme scripte, costumière et coiffeuse.