REPORTAGE. Présent dans une vingtaine de communes de la métropole lyonnaise, le Festival Lumière cherche à dépasser les frontières de Lyon. À Vénissieux, pourtant, son implantation semble difficile.

Le cinéma Gérard-Philipe de Vénissieux, où une séance du Festival Lumière est programmée le 13 octobre 2026. Photo Jasmine Hammoudi.

 

À quelques pas de l’arrêt du T4 Vénissy – Frida Kahlo, sur le plateau des Minguettes, derrière une imposante façade métallique se dresse le cinéma Gérard-Philipe. Il accueillera, le mardi 13 octobre 2026 à 19h00, la projection du film Nous sommes tant aimés d’Ettore Scola (1974), à l’occasion du Festival Lumière. Ce cinéma, composé de trois salles, a rouvert en 2009 après sa rénovation. Il accueille le Festival Lumière depuis sa première édition, la même année. Mais le choix du film ne lui appartient pas entièrement.

« On accueille une seule séance de film, on voulait en faire deux mais ce n’était pas possible, on est très guidés », explique Clémence, agente au cinéma Gérard-Philipe de Vénissieux depuis trois ans. « Eux gèrent tout de A à Z », précise-t-elle. Les tarifs du festival s’appliquent aussi à cette séance : 8,50 euros en plein tarif et 6,50 euros pour les personnes accréditées, contre 6,90 euros en plein tarif habituellement au cinéma Gérard-Philipe.

Clémence détaille les coulisses de ce partenariat et la faible marge de manœuvre laissée aux salles partenaires. Une vingtaine de villes de la banlieue et de la périphérie lyonnaise sont partenaires du festival, qui s’étend à Vaulx-en-Velin, Écully ou encore Vénissieux. Une liste de films leur est proposée ; les salles en retiennent trois. À la fin, c’est le festival, et non le cinéma qui choisit celui qui est projeté. « En fait, on accueille, on n’est pas du tout organisateurs », résume Clémence. L’an dernier, le choix s’était porté sur Le Sixième Sens de Michael Mann (1986).

Pour accompagner cette séance, le festival fournit au cinéma une grande affiche, une plus petite ainsi qu’une bande-annonce diffusée dans les salles. Mais en dehors du cinéma, les traces du Festival Lumière sont rares : les affiches sont absentes dans les rues alentour.

Un festival qui peine à toucher la périphérie

À 19 ans, Alma a grandi dans le quartier de la Borel, à Vénissieux. Étudiante en sciences de l’éducation et habituée du cinéma, elle n’a pourtant jamais entendu parler du Festival Lumière qui est présent dans sa ville : « Je vais tout le temps au cinéma mais je ne suis pas certaine d’avoir déjà vu des affiches sur le festival », explique-t-elle. Pour ses sorties au cinéma, elle privilégie le Pathé Carré de Soie, situé à Vaulx-en-Velin, pour des raisons d’accessibilité : « À Lyon, les cinémas ne proposent pas de parkings gratuits donc on n’y va pas », constate Alma.

Youssef, étudiant en deuxième année de médecine, vit à Vénissieux depuis deux ans. Interrogé sur le festival, il le confond  d’abord, comme la majorité des personnes interrogées, avec la Fête des Lumières. Du Festival Lumière, il ne connaît rien. Pourtant, il se rend au cinéma UGC Part-Dieu de Lyon au moins deux fois par mois. À l’instar d’Alma, il pointe la problématique des transports : « Ce festival peut être accessible en banlieue lyonnaise, mais tout dépend si la population a un abonnement TCL, car à Lyon, il n’y a pas de places de parking gratuites pour ceux qui sont véhiculés. »

Olivier vit aussi dans la commune depuis trois ans sans connaître l’existence du festival de cinéma, et estime que celui-ci reste avant tout associé à Lyon. « Généralement, c’est concentré dans Lyon, et je le dis, des fois c’est compliqué de faire en banlieue car c’est vaste », déclare-t-il. 

À la recherche de son public

Si la promotion du festival reste peu visible à Vénissieux et que les habitant.es ignorent ce partenariat, qui vient finalement assister à cette projection ?

Pascale, qui travaille dans ce cinéma depuis 42 ans, constate la présence de nouveaux visages : « Il y a des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir, qui découvrent la salle. » Reste à savoir qui sont ces nouveaux spectateurs.rices : des Vénissian.es, des Lyonnais.es ou des festivalier.ères de passage à Vénissieux ? Pascale n’en sait pas plus. Pour le savoir, il faudra assister à la projection. 

Le 13 octobre prochain, une séance du Festival Lumière aura bien lieu à Vénissieux… Reste à voir si les habitant.es de la ville seront au rendez-vous.

Mardi 13 octobre 2026 à 19 h – Projection de Nous sommes tant aimés, d’Ettore Scola, au cinéma Gérard-Philipe à Vénissieux.