Cinq enfants scolarisés à l’école maternelle et élémentaire Alix, dans le deuxième arrondissement de Lyon, sont aujourd’hui à la rue. En ce début d’année scolaire, un collectif de parents d’élèves se mobilise pour leur venir en aide. L’Ecornifleur a rencontré Laura Guillon, porte-parole d’Alix Solidarité.

Banderole du collectif Alix Solidarité
Banderoles installées par le collectif Alix Solidarité devant l’école du deuxième arrondissement de Lyon. 10/10/2021. ©Arthur Bamas.

Depuis quelques jours, des banderoles ont été installées par votre collectif sur la devanture du groupe scolaire Alix. Pourquoi cette action ?

Parce que notre école est dans une situation alarmante. Lors de cette rentrée de septembre 2021, nous avons réalisé que cinq enfants scolarisés ici dorment chaque jour dans la rue. De plus, douze autres familles d’élèves vivent dans des hôtels de fortune souvent insalubres. Toutes sont dans une situation de grande précarité.

Cela nuit gravement à la scolarité des enfants mais aussi à la santé de ces familles. Par exemple, une des mères a fait une fausse couche il y a quelques mois. Elle a été hospitalisée à plusieurs reprises. Mais puisqu’elle n’a pas de toit, son état de santé ne tient qu’à un fil.  

L’objectif de notre action est donc d’alerter sur ces conditions de vie inhumaines. Par ces banderoles, nous interpellons tous les parents d’élèves du groupe scolaire Alix, mais aussi et surtout les pouvoirs publics.

Au-delà de ces interpellations, votre collectif dispose-t-il d’autres moyens d’actions ?

Tout à fait. Depuis sa création en 2012, Alix Solidarités n’a cessé de grandir pour réunir aujourd’hui environ 70 parents d’élèves. Nous voulons toutes et tous venir en aide aux enfants sans-abris ou précaires.

Pour cela, nous organisons régulièrement des événements tels que notre petit déjeuner solidaire. Le dernier a eu lieu devant l’école le 1er octobre dernier. Cela permet de s’adresser à tous les parents d’élèves afin de relayer notre action et de récolter des dons. Mais c’est aussi un moyen de s’assurer que ces enfants sans-abris ne commencent par leur journée le ventre vide.

Tous les dons alimentent ensuite notre cagnotte en ligne. N’importe qui est libre d’y participer et l’argent récolté est utilisé pour payer des médicaments, de la nourriture, ou même des nuits d’hôtels. Le problème, c’est qu’une chambre coûte quarante à cinquante euros par jour. Avec plus de quinze familles précaires, nos moyens sont très insuffisants.

Malheureusement, pour l’instant, ces actions restent confidentielles et limitées au cadre de l’école. Face à l’urgence à laquelle nous sommes confrontés, nous réfléchissons à d’autres modes de mobilisation. L’occupation de locaux afin de loger quelques enfants pourrait être une solution si seulement nous n’en avions pas autant à prendre en charge.

La situation de votre école du deuxième arrondissement de Lyon est-elle exceptionnelle ?

Oui et non. Alix Solidarités est en contact régulier avec le collectif Jamais Sans Toit qui regroupe plusieurs écoles de la métropole où la situation est similaire. Mais dans la plupart des cas, pour chaque groupe scolaire, ce sont environ deux ou trois familles qui vivent sous des tentes ou dans des foyers. Ici, dans notre école de la Presqu’île de Lyon, elles sont 17.

Nous ne pouvons pas nous substituer éternellement aux pouvoirs publics.

Je pense que c’est surtout dû au fait que l’école Alix propose des classes dédiées à l’apprentissage du français. Plusieurs familles de demandeurs d’asile scolarisent donc leurs enfants ici car elles n’ont pas d’autres choix si elles veulent leur garantir un bon parcours élémentaire. Et, comme nous le constatons, certaines d’entre elles n’ont pas accès aux moyens et aides de trouver un logement.

Qu’attendez-vous des différents pouvoirs publics que vous interpellez régulièrement ?

Qu’ils remplissent enfin leur mission. Aujourd’hui la vie de ces enfants dépend uniquement de la générosité gratuite de certaines personnes. Mais notre aide ne peut pas être une solution au long terme. Nous ne pouvons pas nous substituer éternellement aux pouvoirs publics. L’Etat doit dédier bien plus de moyens à l’ouverture de nouveaux foyers qui permettraient d’accueillir dignement les nombreux sans-abris de notre territoire.

Avec ses parents, l’un des enfants de l’école Alix passe régulièrement ses nuits dans cette tente. 26/09/2021. ©Collectif Alix Solidarité

En 2020, la métropole a décidé d’héberger en urgence de nombreuses personnes suivies par Alix Solidarité. Cette action était alors justifiée par la crise du Covid. Mais maintenant que la situation sanitaire s’améliore, il existe un risque que cette aide prenne fin. Une telle décision serait catastrophique. Cela reviendrait à remettre une quinzaine de familles à la rue sans aucune alternative. Le 26 septembre nous avons donc adressé une lettre ouverte à la mairie, la métropole et la préfecture. Notre message est simple : il y a urgence.