Ce mardi, L’Ecornifleur s’est rendu à la séance réservée aux scolaires du Festival Lumière, la projection en avant première de la version restaurée du Journal d’Anne Frank de George Stevens, sorti initialement en 1959. L’occasion de discuter de l’accueil des collégiens et lycéens et de recueillir leurs impressions. Reportage.

Deux groupes scolaires assistent à la présentation du film de George Stevens avant de le visionner. Cinéma Lumière Terreaux, 13 octobre 2020 © Romane Sauvage

« J’ai vraiment bien aimé mais c’était triste » explique Lucie, du haut de ses 16 ans, en sortant de la projection en avant-première de la version restaurée du Journal d’Anne Frank de George Stevens, ce mardi 13 octobre. Elle s’est trouvée très émue par l’histoire, notamment « la fin », dit-elle. La mort d’Anne Frank y rend compte de la tragédie de la déportation, l’horreur de la Shoah. Elle est illustrée dès le début du film par le retour du père, Otto Frank, rescapé des camps de concentration, dans la cachette familiale. Il y retrouve le journal de sa fille, tuée au camp de Bergen-Belsen. Quotidiens, ses écrits recouvrent les deux années passées confinées. Devenue symbole, Anne Frank et son journal ont connu plusieurs adaptations. Plus de 75 ans après, son histoire touche encore les spectateurs, du Festival Lumière et d’ailleurs.

Le film, en noir et blanc, adapte le journal de la jeune fille réfugiée à Amsterdam, dans un tout petit appartement avec sa famille. C’est aussi l’adaptation d’une pièce de théâtre qui avait fait grand bruit à Broadway. Le film, dramatique par son sujet, ne se défait pas pour autant de passages comiques ou romantiques. L’amourette que vit Anne Frank en est un exemple. Deux élèves du lycée Lumière, le relèvent : « C’était bien, et finalement il y avait de l’humour ». Luna, en regardant son amie, ajoute :  « j’avais lu le livre, et il y a juste une intrigue amoureuse qui a été ajoutée ».

Capture d’image du film Le journal d’Anne Frank. On y voit la jeune actrice d’Anne Frank écrire dans un journal, sur fond de l’appartement où elle est réfugiée.

« Ce n’était vraiment pas ennuyant »

Le festival Lumière propose l’avant-première de la restauration en 4K de ce film de 1959, seulement aux groupes scolaires. Il sortira sur grand écran à la fin de l’année 2020. Ce mardi, deux classes, dont des lycéens de l’option cinéma du lycée Lumière ont pu apprécier le film. Milan raconte : « j’ai beaucoup aimé ce film. Je connaissais vaguement l’histoire d’Anne Frank, comme tout le monde. J’étais bien surpris car le film durait trois heures et était vraiment passionnant. Alors même que c’est un huis-clos, ce n’était vraiment pas ennuyant ».

La jeune juive, en plus d’être la victime universelle d’un régime ayant perdu toute humanité, est adolescente. C’est peut-être là que son témoignage, mis en scène par le grand réalisateur George Stevens, est majeur et particulièrement adapté à un public scolaire. Les scènes explicitement violentes, dans les camps de concentration, sont laissées de côté pour reconstituer, dans un hyperréalisme, l’atmosphère claustrophobe de la cachette, les relations entre les différents personnages, l’angoisse au moindre bruit de la guerre.

« L’idée est de les emmener voir un maximum de films dans des genres différents.»

Avant d’entrer, les élèves ont du valider leur billets un à un. « Vous mettez bien les masques sur le nez », leur a rappelé monsieur Jamin, professeur de Lettres et de l’option cinéma du lycée Lumière. Il explique : « Ce sont des films que l’on vient voir spontanément, avec l’idée de la découverte. On ne les a pas forcément travaillés mais ils pourront faire l’objet d’un retour en classe ». Et de continuer : « les élèves de l’option cinéma sont plutôt un public averti. L’idée est de les emmener voir un maximum de films dans des genres différents. »

Toutes les séances du Festival Lumière sont précédées d’un mot introductif. Parfois prononcé par des célébrités ou professionnels du cinéma, sinon par des bénévoles ou des employés de l’Institut Lumière.  Cette fois-ci, c’est l’un des intervenants pédagogiques de l’Institut qui, devant les deux classes d’élèves, présente Le journal d’Anne Frank.

Et la présentation est l’occasion de discussions : « pour ma curiosité personnelle, vous connaissez James Dean ? » s’enquiert le présentateur, en évoquant le dernier film dans lequel l’acteur joua, une œuvre de George Stevens. L’intervenant poursuit, présentant la restauration, et parle de la 4K. Un élève lève la main, connaisseur : « mais monsieur maintenant il y a de la 8K, même de la 12K ? ». Le référent prévient, au début du film il y a quelques minutes de noir avec de la musique. A la fin aussi. « Pour pas que vous vous inquiétiez. »

« Toutes les séances sont susceptibles d’être visionnées par les scolaires »

Laissant les élèves profiter de leur séance, Marion Thivin, responsable de la médiation scolaire à l’Institut Lumière raconte : « la séance Anne Frank est un peu particulière, faite exclusivement pour des scolaires, parce qu’on avait accès à la restauration. » Et d’expliquer : « mais toutes les séances du festival sont susceptibles d’intéresser des scolaires. Moi, je coordonne le tout, en fonction du nombre de places et de la pertinence du film, par rapport à l’âge et ce que veut le professeur. »

« On veut vraiment que ce soit un festival qui soit accessible à tous puisque, à l’année, l’Institut est un lieu tourné vers la pédagogie et le film classique ». Et bien qu’ils puissent être parfois un peu plus bruyants que les autres festivaliers, ce ne sont pas eux qui posent le plus de problèmes en pleine épidémie. Marion Thivin raconte comment les bénévoles doivent sans cesse répéter aux festivaliers de repositionner leurs masques. Les adolescents, eux, le portent bien. « Ils sont contents de participer au festival. Il y a aussi un argument Covid qui fait que c’est très sympa pour eux de venir, d’avoir des sorties scolaires ».

Gilles, bénévole, tient à raconter cette anecdote, qui représente combien les scolaires sont appréciables dans les salles de cinéma. « Il y a quelques années,  Guillaume Canet arrive, et je lui dis « il y a des places réservées » ». L’acteur refuse pour éviter les caméras et les photos. « En voyant un groupe de lycéens, il dit « je vais me mettre au milieu d’eux » ».  Et à la fin, de revenir vers Gilles, très fier, « ils ne m’ont pas reconnu ».

Après la projection du Journal d’Anne Frank, les lycéens du Lycée Lumière filent vite se restaurer : encore deux films de la programmation du Festival Lumière les attendent dans la journée.