Du 10 octobre au 18 octobre 2020 a lieu le festival Lumière, et ce malgré la recrudescence de l’épidémie de coronavirus et le passage en zone rouge écarlate de la ville de Lyon. L’Ecornifleur est allé voir comment, alors que les bars et les cafés ferment, un événement si important continue d’avoir lieu. Reportage.

La salle est clairsemée, dimanche 11 octobre, pour la projection de La fille inconnue des frères Dardenne, au Pathé Bellecour. Une jauge de 50 à 60 % de la salle est respectée. Lyon © Romane Sauvage

A l’une des premières séances du Festival Lumière à laquelle L’Ecornifleur s’est rendue, dimanche soir, seule une bénévole assez âgée, qui maintient largement le mètre de distance à la validation des billets, semble s’inquiéter de la pandémie. Peut-être est-ce pour les visiteurs une confiance en la gestion sanitaire des cinémas. « Je ne sais pas si vous étiez revenus au cinéma depuis le 20 juin », demande un bénévole au micro à l’introduction de La fille inconnue des frères Dardenne. Il est suivi d’un grand « oui » de la salle. Il se montre rassurant : « le cinéma reste un lieu sur puisque toutes les mesures barrières sont respectées ». Irène Jacob, qui présente le film de ce soir-là, retirera tout de même son masque le temps de parler.  

A l’entrée des cinémas, rien de nouveau en ces temps de pandémies. Comme depuis quelques mois, on trouve du gel hydroalcoolique, l’affiche gouvernementale d’usage rappelant les bons gestes à adopter et des plaques de plexiglass devant les caisses. Seul changement, pour ceux qui collectionnent leurs places de cinéma en papier, les billets sont plus souvent dématérialisés et personne ne viendra déchirer votre place si vous l’avez obtenue en physique.

A l’Institut Lumière, les normes sont scrupuleusement respectées

Au village du festival, à l’Institut Lumière, certaines boutiques sont inaccessibles ou ont été relocalisées dans le musée Lumière, comme le célèbre marché international du film. Ces adaptions ne sont pas mentionnées sur le site internet du Festival, et laissent plus d’un visiteur perdu en entrant sur le site. Le chargé de la sécurité semble passer sa journée à rediriger vers une longue file d’attente.

La file pour entrer dans le musée de l’Institut Lumière. A gauche, le chargé de sécurité redirige vers la file et à l’entrée, les bénévoles contrôlent le flux. Lyon, 11 octobre 2020 © Romane Sauvage

Pour entrer, il faut patienter devant les par-terres où trônent, délaissés, des bains de soleil estampillés Festival Lumière. Les bénévoles chargés de la régulation de ces flux, expliquent : « nous avons des quotas de personnes à faire entrer. Donc on compte chaque personne qui entre ». Et à l’intérieur, des bénévoles sont chargés de rendre le « flux continu », d’éviter les attroupements. Des mesures qui ne sont pas toujours comprises par le public, comme cet homme âgé qui, en faisant la queue pour entrer dans le musée, s’étonne de la réduction des boutiques et café à un seul bâtiment au lieu d’au moins trois habituellement. Moqueur, il lance à sa compagne : « apparemment on ne peut pas être contaminé dans ce bâtiment ». La réalité c’est que le festival a du fermer son « village », prêts pour le public, au moment des annonces prefectorales de vendredi dernier. Les événements sous chapiteaux ont été interdits.

Quatre films par jour par salle au lieu de cinq

Dans les salles de l’Institut, où sont projetés une grande partie des films du festival, un siège sur deux est occupé. Et à l’entrée tout est « très organisé » raconte Pierre, étudiant, qui, malgré la longue attente devant l’Institut Lumière – mètre de distance respecté – n’a pas pu avoir de place pour Outrage d’Ida Lupino, samedi dernier. « Une réalisatrice plutôt confidentielle » pourtant, s’étonne-t-il.

Les bénévoles expliquent : « les salles sont ouvertes en avance, pour que les gens ne s’agglutinent pas et la jauge a été réduite de moitié. Entre chaque séance, les salles sont aérées. » D’ailleurs, fait remarquer l’un des employés, c’est pour respecter les mesures sanitaires qu’il y a « quatre films par salle par jour à l’Institut au lieu de cinq les années précédentes ». Et de conclure, fier de la première journée du festival, samedi : « les gens font la queue pour voir des célébrités, parfois pour rien, mais comprennent. Pour l’instant, on a plutôt bien réussi à gérer ». C’est le cas par exemple de ce festivalier qui, selon ses amis a passé la journée à « chasser Oliver Stone » avant de se replier sur sa biographie, « à 23 € quand même ».  Une alternative un peu plus covid !

A la cérémonie d’ouverture, les mesures sanitaires sont respectées…

À la suite des annonces du préfet du Rhône, vendredi dernier, les débits de boisson ont été fermés pour quinze jours, les « les foires, salons, expos, casinos, salle de jeux, salle des fêtes et salles polyvalentes » aussi. Mais le respect de la jauge de 1000 personnes pour les événements culturels et sportifs est restée la même. Les événements du festival Lumière prévus à la Halle Tony Garnier, comme la cérémonie d’ouverture, ont donc pu se maintenir, même Lyon passée en zone rouge écarlate.

A la cérémonie d’ouverture, samedi dernier, la jauge était scrupuleusement respectée. Laissant sur le carreau de nombreux déçus. C’est le cas de cette étudiante en cinéma : « j’étais sensée aller à l’ouverture samedi mais ils ont encore réduit le nombre de personnes qui pouvaient y aller. Cela s’est fait par ordre chronologique, une partie des personnes ayant pris leurs en dernier ont vu leur entrée annulée. »

Lucie, étudiante en communication, a pu avoir une place. Elle raconte : « il y avait des mesures mises en place comme pour toutes les manifestations. Une place à gauche, une place à droite. On a moins attendu dans la queue ce qui était plutôt pas mal, cela permettait d’éviter qu’il y ait trop de monde. (…) Il n’y avait pas un mètre exactement dans la queue, ce n’est pas plus choquant qu’ailleurs. Une fois dedans, on était placé un par un par les bénévoles, qui avait tous leurs masques. » Et à la fin de la cérémonie, de même : « ce n’était pas du tout une foule en sortant, je ne me suis pas sentie gênée. Même dans la salle, la plupart des gens le portaient bien le masque ».

Satisfaite de son expérience, elle conclue : « Je n’ai pas trouvé ça anxiogène du tout, je ne serai pas restée si c’était le cas, tout le monde a joué le jeu ».

… sauf par le président du Festival

« Les invités retiraient le masque pour les photos mais le remettait pour s’assoir près de nous, globalement ça s’est très bien passé », raconte Lucie. « Il y a un truc qui s’est passé : au lancement de la cérémonie, tous les invités montent sur la scène et disent une phrase pour le lancer le Festival. Comme on n’entendais pas très bien les invités, Thierry Frémaux leur a proposé de retirer leurs masques, il y avait bien une trentaines de personnes sur la scène ». Finalement, peu d’invités ont retiré leur masque. « C’était bizarre, en plus on savait bien qu’il y avait le maire dans la salle ».

Dans un entretien à La Croix daté du 7 octobre, Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière et organisateur du festival Lumière, se montrait pourtant rassurant : « La salle est aujourd’hui le lieu le plus sain et le plus sûr. Masque en permanence, gel, un fauteuil sur deux occupé. Aucun cluster. » 

Toutes les photos de la communication rodée du festival évitent de montrer ce moment, à l’exception de cette vidéo de la cérémonie d’ouverture publiée sur Facebook, qui laisse entrevoir les convives sans masque. D’un point de vue sanitaire, c’est tout le festival qui se jouait samedi soir.