Issus d’une fratrie de six, Louis et Auguste Lumière ont inscrit le nom de leur famille dans l’histoire du 7e Art. Mais ce patronyme célèbre cache quelques anecdotes méconnues. En voici sept.

1 – Les Frères Lumière ont fait fortune dans la photographie

Antoine Lumière, le patriarche de la famille, s’est fait un nom en photographiant des notables de l’Est de la France, puis de Lyon lorsque la famille s’y installe en 1870. Il transmet sa passion à ses fils, Auguste et Louis. Au début des années 1880, Louis invente un procédé de photographie instantanée. Cette plaque sèche, vendue sous le nom « Étiquette bleue » fera la fortune de la famille.

2 – Un père visionnaire

Dans les années 1890, Auguste et Louis Lumière concentrent leurs recherches sur l’amélioration de leurs outils photographique. Tout bascule en 1894, quand leur père découvre le kinétoscope à Paris. L’appareil, inventé par Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson, donne l’illusion de visionner un film à partir d’images qui défilent. Impressionné, Antoine Lumière incite alors ses fils à se pencher sur ce type de machine. Un an plus tard naîtra le cinématographe.

Un des nombreux prix reçus par le cinématographe – © Héloïse Urvoy

3 – Leur « premier film » n’est pas le premier

Les hommes et femmes sortant du hangar dans Sortie d’usine sont les images que nous connaissons comme le premier film de l’Histoire. Pourtant, la première version, tournée le 19 mars 1895, n’existe plus. Insatisfaits de cette prise, Louis et Auguste demandent à leurs ouvriers de tourner une scène identique en été, après la messe. Voilà pourquoi ces ouvriers sortant d’un hangar après leur journée de labeur nous paraissent endimanchés : ils l’étaient.

Point de vue du cinématographe pour Sortie d’Usine, dans l’actuelle Rue du Premier-Film à Lyon – © Héloïse Urvoy

­4 – Le hangar de Sortie d’Usine leur appartenait

L’usine où était produite la fameuse « Étiquette bleue » appartenait à la Société Lumière. Bien qu’Antoine Lumière œuvra pour une meilleure protection sociale, les conditions étaient dures pour les hommes, femmes et enfants y travaillant. Après avoir concentré plusieurs usines au début du siècle, le quartier subit de plein fouet la désindustrialisation et le hangar faillit être rasé dans les années 1970. Aujourd’hui réhabilité, il est classé monument historique et accueille le public au sein du Cinéma Lumière : la boucle est bouclée.

Règlement intérieur de 1945 affiché dans l’ancien hangar
© Héloïse Urvoy

5 – Le « Château Lumière » fut inauguré en 1902

Faisant fortune grâce à l’invention de Louis, la famille acquiert le terrain sur lequel se trouve l’usine, dans le 8e arrondissement. À quelques mètres, est bâtie ce que les habitants du quartier surnommaient à l’époque le « Château Lumière ». Un signe de richesse extérieure, témoin de l’ascension sociale des parents issus de milieux modestes, Antoine et Joséphine et de leurs six enfants. Aujourd’hui, Lyonnaises et Lyonnais connaissent cette impressionnante bâtisse sous le nom de « Villa Lumière ».

Chambre d’Antoine et Joséphine Lumière au second étage de la Villa Lumière, aujourd’hui transformée en musée – © Héloïse Urvoy

6 – Les Frères Lumière maîtrisaient les photos en couleur, la 3D et les panoramas

Les frères font breveter un procédé de photo panoramique à 360° dès 1900, le photorama. Si les photos en couleur nous paraissent récentes, c’est pourtant en 1903 que Louis Lumière invente la plaque autochrome. Succès reconnu dans le milieu, son coût élevé et la longue exposition ne permettant pas une prise instantanée freinent sa diffusion. En 1920, il ajoute une autre invention à son palmarès : la photostéréosynthèse. Derrière ce mot se cache six photos superposées, donnant une impression de profondeur et de relief.

Photographies en couleur du début du XXe siècle exposées au Musée Lumière
© Héloïse Urvoy

7 – La part d’ombre des Frères Lumière

Les Frères Lumière ont soutenu le régime de Vichy. Décorés de l’ordre de la Francisque, Auguste participa au conseil municipal de Lyon, mis en place par le régime du Maréchal Pétain. Louis fut membre du Conseil national pendant l’occupation, ainsi que de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme. À la Libération ils ne sont pas inquiétés du fait de leur âge et grâce à Henri, le fils d’Auguste, médaillé pour son rôle au sein de la Résistance. Ce passé familial refera surface en 1995, lorsque la Banque de France songe aux Frères Lumière pour illustrer le nouveau billet de 200 franc. Devant la polémique, les 17 millions de coupures à leur effigie seront finalement jetées.

Héloïse Urvoy