Chaque année, le Festival Lumière diffuse des dizaines de films, des œuvres récentes ou plus anciennes, célébrissimes ou peu connues. Longs-métrages, courts ou documentaires, de 1926 à 2020, la rédaction a passé en revue tous les films de cette 12e édition pour découvrir les pays les plus représentés et les continents oubliés.

La 12e édition du Festival Lumière commence demain ! Parmi les stars de cette année, beaucoup d’Européens ou d’Américains. Mais d’où viennent les œuvres diffusées par le festival ? Petit tour du monde, ou presque, des films proposés pendant les 10 prochains jours.

Sur le podium des pays les plus représentés, la France d’abord, avec 80 films à son actif, puis les Etats-Unis (32) et l’Italie (25). Et en quatrième position, la Belgique, qui profite d’une belle exposition grâce aux frères Dardenne*, les principaux invités du festival. 18 de leurs films sont présentés, tous financés par au moins un producteur belge.

Cette carte montre que l’Amérique latine et l’Afrique n’existent pas – ou presque – sur l’atlas du Festival Lumière 2020. © Blanche Marès / L’Ecornifleur, septembre 2020

Pas de grande différence si l’on regarde du côté de la nationalité des réalisateurs, au nombre de 171 – certains films étant réalisés par plusieurs personnes. Sur les 158 films de la programmation, 61 ont été tournés par des Français, 26 par des Américains et 11 par des Italiens.

Ces chiffres restent à relativiser, sachant que certains réalisateurs ont dirigé plusieurs films. Ainsi, pour l’Italie, trois des films sont en fait issus de la même cinéaste : Alice Rohrwacher, invitée d’honneur. Encore une fois, les films réalisés par des Belges sont presque tous des productions des frères Dardenne, à l’exception de Des Hommes, de Lucas Belvaux. Les autres nationalités hors podium ne sont jamais représentées plus de trois ou quatre fois.

Si l’on ne compte qu’une fois chaque réalisateur, la représentation n’est plus la même. Une différence qui fait disparaître la Belgique, puisque la plupart des films sont réalisés par les frères Dardenne. © Blanche Marès / L’Ecornifleur, septembre 2020

Cette année, avec l’annulation du Festival de Cannes, les salles lyonnaises accueillent de nombreuses avant-premières qui auraient dû avoir lieu sur la Croisette. Si bien que 33 des 158 films présentés à cette 12e édition du Festival Lumière datent de 2020. Si l’on se concentre donc sur cette année, on fait le même constat. Les principales nationalités des films sont très peu différentes par rapport aux tendances observées pour la programmation générale. La France se retrouve très largement en tête, puis suivent la Belgique et les Etats-Unis, avec seulement cinq films à leur actif.

« La cinéphilie s’est vraiment développée autour du bipôle Europe/États-Unis »

Le Festival Lumière est donc avant tout un festival du cinéma français. L’occasion de promouvoir les artistes nationaux, mais également le risque de ne pas assez mettre en avant la diversité du cinéma mondial. Mais la domination des films occidentaux est une tendance générale. Christophe Pradeau, professeur de cinéma à la Sorbonne – Faculté de Lettres, revient sur ce phénomène. Il explique notamment pourquoi la quasi-totalité des films classiques sont des productions européennes ou hollywoodiennes.

« La cinéphilie s’est vraiment développée autour du bipôle Europe/États-Unis. Au niveau mondial, quand on regarde les listes proposées par les cinémathèques, il y a une très grosse domination du cinéma américain, pour des raisons économiques. Au niveau européen, ce sont surtout des films français et italiens. Mais il y a toujours eu une place un peu prestigieuse faite, non pas au cinéma asiatique dans sa totalité, mais au cinéma japonais », précise-t-il. « La cinématographique japonaise a d’emblée joué son rôle dans le processus de structuration de la culture cinématographique mondiale. Ces dernières années, Voyage à Tokyo de Ozu est presque systématiquement cité dans les listes des films les plus importants de tous les temps par exemple. Le cinéma asiatique n’a certainement pas la place qu’il pourrait prétendre avoir dans le panthéon international des films classiques, mais il faut quand même considérer cette exception japonaise.

Il y aussi un phénomène plus récent qui date d’une trentaine d’années », ajoute-t-il. « D’autres cinématographies se sont développées, comme en Iran ou en Corée. Mais comme les classiques sont liés à l’histoire, il faut du temps pour les films non-occidentaux prennent leur place dans ce panthéon. Il y a un effet retard. D’ici 20 ans, il y aura sans doute un rééquilibrage en direction de l’Asie. In the Mood for Love est un exemple de ce moment de la cinéphilie où on découvre des cinématographies asiatiques qui ne sont pas japonaises. »

Nationalité des films : c’est quoi ?

La manière de définir la nationalité d’un film ne fait pas l’unanimité. Mais elle est souvent déterminée en fonction de la provenance des financements. Ainsi, un film est considéré comme français lorsqu’au moins 50% des fonds sont français. Autrement dit, la nationalité du film est celle de son principal producteur. Dans de nombreux festivals, comme les Oscars, c’est ce critère qui est retenu. En revanche, au Festival de Cannes, c’est plutôt la nationalité du réalisateur qui prime sur celle du financement.

Certains films ayant plusieurs pays d’origine, c’est-à-dire plusieurs producteurs de nationalités différentes, nous avons fait le choix de tous les prendre en compte. Ainsi, pour un film issu de France, d’Allemagne et d’Italie, comme Les Tontons Flingueurs, les trois pays sont comptabilisés. S’il y a bien 158 films programmés, il y a donc plus de nationalités de films représentées (220 au total).

*Les frères Dardenne sont comptabilisés comme une seule et même personne.