Le Festival Lumière met à l’honneur Michel Audiard à l’occasion du centenaire de sa naissance. L’Ecornifleur revient sur sa carrière à travers six répliques cultes, choisies parmi les vingt films dialogués par Audiard à l’affiche du festival.

Dans le monde du cinéma, Michel Audiard a (presque) tout fait : scénariste, réalisateur, acteur, mais aussi et surtout dialoguiste. Avec plus de cent films à son actif, difficile de choisir ses meilleures répliques parmi le florilège de dialogues cultes qu’il a écrit. L’Ecornifleur s’est prêté au jeu et vous conseille six films, en six répliques. Sélection toute subjective, bien entendu.

« Je sais que la bière fait grossir et que je devrais y renoncer. Mais j’ai préféré renoncer à la coquetterie »

Lorsque la comtesse de Saint-Fiacre meurt d’une crise cardiaque à l’église, le commissaire Maigret est convaincu qu’il s’agit bel et bien d’un meurtre. Une lettre anonyme avait annoncé sa mort, peu de temps auparavant… C’est dans un huis-clos prenant que la vérité est exposée : un repas, sept personnes, sept suspects… Mais un seul coupable. Ou peut-être que « la culpabilité d’un seul n’exclut pas la responsabilité de tout le monde ». Une citation signée Michel Audiard.

Maigret et l’affaire Saint-Fiacre a été réalisé par Jean Delannoy en 1959. C’est le second volet des aventures du commissaire Maigret que le réalisateur tourne, après Maigret tend un piège en 1958. Jean Gabin y incarne pour la deuxième fois le héros créé par Georges Simenon, dans un film plus personnel puisque puisqu’on y voit le commissaire Maigret retourner pour la première fois dans le village de son enfance : Saint-Fiacre.

Un film à retrouver dimanche 11 octobre à 14h30 à l’UGC Astoria, lundi 12 à 19h30 à Ecully, vendredi 16 à 20h30 au Lumière Bellecour et dimanche 18 à 16h45 au Pathé Bellecour.

« Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche »

Vous connaissiez cette citation, sans savoir d’où elle provenait ? Ne cherchez plus : Michel Audiard l’a écrit pour le film Un taxi pour Tobrouk, réalisé en 1961 par Denys de La Patellière. Parmi les acteurs, notons Lino Ventura et le chanteur Charles Aznavour.

L’intrigue se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale. Quatre soldats français des Forces françaises libres sont perdus dans le désert libyen occupé par les allemands. Accompagnés d’un officier allemand qu’ils ont capturé, ils tentent de rejoindre les lignes anglaises à El-Alamein. Au fil de leur errance, c’est toute l’absurdité de la guerre qui se dévoile dans les dialogues bourrés d’humour et de sarcasme. C’est aussi l’antimilitarisme de Michel Audiard qui s’exprime dans l’humanité des échanges qui se tissent entre les soldats, quelle que soit leur nationalité.

Un film à retrouver samedi 10 octobre à 19h45 à la villa Lumière, lundi 12 à 10h45 au Pathé Bellecour, mercredi 14 à 17h45 au Lumière Bellecour, samedi 17 à 14h30 au Saint-Denis et dimanche 18 à 18h15 à l’UGC Confluence.

« Et dites-vous bien dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c’est favoriser la réussite des médiocres »

C’est dans Le cave se rebiffe, que Michel Audiard donne cette leçon de vie glissée dans la bouche de Jean Gabin. Le film franco-italien réalisé par Gilles Grangier en 1961 est une adaptation du deuxième roman de la trilogie Max le Menteur d’Albert Simonin. Le cave se rebiffe se situe entre Touchez pas au grisbi et les Tontons Flingueurs bien que les trois adaptations soient indépendantes. Dans ce second volet, trois malfrats se lancent dans la production de fausse monnaie. Un jeu d’enfant selon Eric, dit « le grand con », puisqu’il a pour amante la femme d’un excellent graveur, un « cave » dont il entend profiter.

Mais les trois comparses se rendent vite compte de leur incompétence et font appel au « Dabe », joué par Gabin, un ancien trafiquant de fausse monnaie retiré en Amérique latine et qui accepte de revenir à Paris pour les aider. De plus en plus abasourdi par la bêtise des trois médiocres truands, il finit par se lier d’amitié avec le graveur, pas si « cave » que prévu… 

Un film à retrouver le dimanche 11 octobre à 10h45 au Pathé Bellecour, le mardi 13 octobre à 15h15 au Cinéma Comœdia, le jeudi 15 octobre à 20h30 au Méliès Caluire, le dimanche 18 octobre à 14 à l’Institut Lumière.

« Les cons ça ose tout et c’est même à ça qu’on les reconnaît »

Cette réplique est sans doute la plus célèbre de Michel Audiard et révèle à merveille une fascination pour les « cons » qui inspire toute son œuvre. Réalisé par Georges Lautner en 1963, le cultissime Les Tontons Flingueurs est une adaptation de Grisby or not Grisby du dernier roman de la trilogie Max le Menteur. Fernand Naudin, joué par Lino Ventura, qui s’occupe d’une tranquille entreprise de tracteurs en campagne, est appelé à Paris par un ami d’enfance, Le Mexicain. Sur son lit de mort, il lui fait promettre de s’occuper de sa fille ainsi que de ses affaires plus ou moins mafieuses.

Mais alors que les anciens associés du Mexicain s’entretuent pour récupérer l’entreprise, tonton Fernand va devoir taper du poing sur la table et distribuer les « bourre pifs » à tire larigot. Même avec la fille du Mexicain, il n’est pas au bout de ses peines et doit se résigner à voir Antoine lui faire la cour, un jeune homme de bonne famille mais qui l’insupporte.

Un film à retrouver le lundi 12 octobre à 20h à Mions, le mercredi 14 octobre à 21h au Pathé Bellecour, le jeudi 15 octobre à 20h30 à Tassin la Demi-Lune, le vendredi 16 octobre à UGC Confluence, le samedi 17 octobre à 20h30 au CinéDuchère.

« – J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse. – Ça c’est chouette comme métaphore. – Ce n’est pas une métaphore c’est une périphrase. – Ah fais pas chier ! – Ça c’est une métaphore »

En 1968, Michel Audiard sort son premier film en tant que réalisateur, défiant les codes commerciaux avec un titre volontairement très long : Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Ce premier long métrage fera plus de deux millions d’entrées après que le Général de Gaulle l’ait cité en conférence de presse.

Une affaire de lingots d’or et de trahisons. Jacky braque un chargement d’or avant que Fred l’élégant l’élimine et récupère le magot. Mais sa petite ami Rita veut sa part et tente de doubler son amant en informant Charles le téméraire qui dépouille Fred et trahit Rita. Cette dernière va alors demander l’aide de sa tante Léontine, terreur du milieu en retraite sur la côte d’Azur.

Un film à retrouver lundi 12 octobre à 17h30 au Pathé Bellecour, mardi 13 octobre à 20h au Cinéma Opéra, le samedi 17 octobre à 18h à Sainte-Foy-lès-Lyon.

« – Vous l’avez vendu ? – Non, pas vendu, donné. Par raison… C’est gratuit la raison d’Etat »

Y a-t-il remarque plus juste et plus terrible que cette citation ? Le Professionnel, c’est l’histoire d’une trahison et d’une vengeance. Dans ce film de Georges Lautner, réalisé en 1981, Jean-Paul Belmondo incarne un agent des services secrets français, envoyé en Afrique pour assassiner un dictateur. Mais la situation politique change et ses supérieurs le dénoncent aux autorités du pays. Après deux ans de travaux forcés, il s’évade et rentre à Paris avec une seule idée en tête : mener sa mission à bien et éliminer le président à vie N’Jala pour se venger de son ancienne hiérarchie.

Énorme succès commercial, Le Professionnel doit beaucoup aux dialogues de Michel Audiard et à la musique d’Ennio Morricone. L’ensemble du film prend place dans le contexte trouble des relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. 

Un film à retrouver mercredi 14 octobre à 16h30 à l’UGC Confluence, jeudi 15 à 20h à Saint-Priest et samedi 17 à 20h45 au Cinéma Opéra.